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Culture - Ouvrage

Sur les traces de Sindbad, une escale littéraire, visuelle et musicale à Oman

Samedi 5 novembre, l’Institut du monde arabe reçoit Barroux et Lionel Rabin pour une performance pluridisciplinaire autour de leur ouvrage dans le sillon des pérégrinations du célèbre marin des « Mille et une nuits ».

Sur les traces de Sindbad, une escale littéraire, visuelle et musicale à Oman

Lionel Rabin et Barroux, les co-auteurs de l'ouvrage, « Oman : sur les traces de Sindbad le marin » (Akinomé, 2025). Photo avec l'aimable autorisation des artistes/montage L'OLJ

« Après tant de peines et de périls, je connus enfin que le véritable trésor est la tranquillité. » (Voyage VII, Sindbad le marin).

L’apaisement de cette ultime phrase vient clore les sept voyages périlleux du héros, inspirés par la tradition indienne, la littérature persane de l’époque abbasside et les récits maritimes arabes et persans de ceux qui parcouraient l’océan Indien entre les IXᵉ et XIᵉ siècles.

C’est en 1701 qu’Antoine Galand traduit Les mille et une nuits, offrant ainsi aux lecteurs occidentaux les aventures de Sindbad : ses affrontements avec l’oiseau géant Rokh, l’île-poisson, les anthropophages, ses traversées de vallées emplies de pierres précieuses et de mers capricieuses. Chaque périple se conclut par un retour à Bagdad, où le marin rapporte ses richesses et ses récits, avant de reconnaître la vanité de ses désirs.

La trajectoire narrative de Sindbad, mêlant merveille et réalisme, morale et aventure, n’est pas sans rappeler celle des contes philosophiques de Voltaire : celle d’un homme en quête de fortune et de sagesse, découvrant que le plus grand voyage est intérieur.

C’est dans cette lignée symbolique et foisonnante que s’inscrit la démarche de Barroux et Lionel Rabin, auteurs de Oman : sur les traces de Sindbad (Akinomé, 2025), sensibles à la profondeur d’un récit de voyage universel que la culture omanaise revendique comme sien. Le port de Sohar, historiquement un carrefour commercial majeur de l’océan Indien, est souvent présenté comme le lieu de naissance du héros.

Les clins d’œil à Sindbad jalonnent d’ailleurs tout le territoire omanais : sculptures de poissons le long du port de Mascate, noms de plages ou de sentiers dans les monts Hajar, sans oublier la grande figure du marin et de son bateau en Lego à l’aéroport de la capitale. Le ministère omanais du Patrimoine, surfant sur la vague touristique et culturelle, a même fait construire la réplique d’un navire inspiré de la légende, qui aurait accompli un voyage jusqu’à Canton en 1981 !

Oman : sur les traces de Sindbad est une histoire d’amitié. « Barroux et moi sommes amis de longue date. S’il a l’habitude de beaucoup voyager, il n’était jamais venu à Oman, que je connais depuis plus de vingt ans, et où je réside depuis 8 ans. Je pensais que ce serait intéressant qu’il réalise un carnet de voyage, comme il l’a fait pour le Brésil », précise Lionel Rabin, fondateur d’une société de conseil et d’intervention sur les énergies renouvelables à Mascate. « Je l’ai mis en contact avec l’ambassade de France, qui a volontiers soutenu la réalisation matérielle du road-trip et qui a permis la création du livre. J’ai aidé à en constituer l’itinéraire », ajoute le co-auteur, qui a choisi Oman comme pays d’adoption après de nombreux voyages.

La couverture de l'ouvrage "Oman : sur les traces de Sindbad le marin" (Akinomé, 2025). Photo fournie par l'artiste
La couverture de l'ouvrage "Oman : sur les traces de Sindbad le marin" (Akinomé, 2025). Photo fournie par l'artiste

« Le dessin doit être plus émouvant que juste »

Auteur et illustrateur de livres pour la jeunesse, Barroux est familier des voyages qui nourrissent son travail. « Comme Sindbad, on a découpé l’ouvrage en plusieurs voyages, le premier est plutôt minéral, le second est centré sur l’eau et le dernier sur le sable. Pendant un mois, j’ai sillonné Oman seul, en commençant par longer la côte, avec Sour, puis l’île de Masirah, Duqm, puis Salalah, pour revenir par l’intérieur des terres, en reprenant la route 31, à travers le désert et les roches. J’ai terminé par les montagnes, du côté de Misfat, en visitant notamment plusieurs forts », explique Barroux avec enthousiasme. Tout en croquant la pluralité des sites et des scènes, il écrit au fil de ses découvertes, proposant un écho sensible et poétique à son périple, une voix saisie sur le vif, retranscrite de manière manuscrite dans le carnet de voyage. « Sindbad est le fil conducteur de ma démarche, il me raccroche au monde d’où je viens, celui de la littérature de jeunesse », explique-t-il.

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Les couleurs choisies sont douces, le trait des scènes croquées est juste et suggestif, laissant une place pour l’imaginaire dans les interstices des contours. «Certes il faut aimer dessiner les cailloux, ou plutôt la roche, mais elle a une certaine poésie ! » lance-t-il avec humour. « Ce qui est spectaculaire, ce sont les montagnes, ces espèces de grands canyons. Pour avoir vécu au Maroc et en Algérie, j’ai trouvé les paysages omanais plus secs, plus découpés, plus arides et plus grandioses ! » poursuit l’artiste, qui a tenté dans ses dessins de trouver un équilibre entre l’humain et le désert. «Il a fallu que j’aille vers les autres, j’ai eu des difficultés à dessiner des femmes, peu présentes dans l’espace public et voilées de la tête aux pieds le plus souvent, surtout en dehors de la capitale. J’ai aussi constaté qu’on voit très peu les enfants. Lionel m’a rejoint quelques jours dans le désert et m’a présenté une famille bédouine», ajoute celui qui mise sur des moyens simples dans sa pratique du dessin. « Je suis parti avec une plume et quelques écolines, ainsi qu’une trousse de feutres pour enfants. J’avais prévu surtout du bleu pour le ciel et du brun pour les canyons et les roches. Le dessin doit être plus émouvant que juste : ce n’est pas la technique qui prime, sinon on reste dans son atelier ! Je dessinais debout près de gens », précise Barroux, qui a été séduit par la beauté du pays. « Il est en plein changement, entre tradition et modernité, avec un sujet important autour de la pollution. Sur l’île de Masirah, j’ai vu des cadavres de tortues avec du plastique à l’intérieur… Ce voyage ma inspiré, car j’ai écrit dans la foulée une histoire pour enfants inspirée par Shérérazade », poursuit le dessinateur, qui prépare également une BD pour adultes et un ouvrage pour la jeunesse autour du thème du harcèlement scolaire.

Sindbad, Anthony Quinn et le joueur de oud

« Enfant, j’avais vu le film Sindbad le marin, avec Anthony Quinn et les décors exotiques et grandioses m’avaient fait rêver, je nourrissais le souhait de visiter et pourquoi pas d’habiter dans de tels espaces ! » confie Lionel Rabin avec humour. « Ayant grandi dans une famille de marins, ce héros me fascine, certains avancent qu’il est né à Bagdad et qu’il a descendu le golfe Persique pour entamer ses voyages, d’autres affirment qu’il est né dans la région d’al-Batina. J’ai même rencontré des gens qui affirmaient être ses descendants directs ! » ajoute le co-auteur.

Après le road-trip de mars 2024, Barroux et Lionel Rabin échangent beaucoup autour des dessins, des écrits et des impressions de voyage. « Devant les trois carnets de croquis magnifiques, deux regards se croisaient, celui de la découverte immédiate et ma connaissance d’un pays depuis plus de vingt ans, avec différents éléments que je ne voyais plus. Barroux m’a proposé de faire entendre dans l’ouvrage une autre voix, plus factuelle, pour assurer le cadrage historique, sociétal et culturel des espaces dessinés. J’aime écrire et j’apprécie le format du carnet de voyage, à la fois informatif, informel et créatif », explique le spécialiste des énergies renouvelables.

Les textes de Lionel Rabin proposent un cadrage qui invite à un regard pluriel. « Barroux m’a proposé d’écrire non pas avec l’émotion mais avec la mémoire, de manière plus descriptive, en expliquant les fondements de la culture omanaise. En écrivant sur Sour, je fermais les yeux et je voyais Sour, Duqm, les villages du nord de Dhofar, leurs habitants, puis j’ouvrais les yeux et j’écrivais », poursuit-il. Au fil des pages, on peut aussi lire quelques extraits du récit de Sindbad le marin, dont la fécondité artistique est saisissante. « Il y a quinze jours, le premier opéra produit dans le monde arabe avec des artistes de la région, à l’opéra royal de Mascate, c’était Sindbad le marin, qui incarne à la fois la beauté, le courage et l’esprit d’initiative. La question aujourd’hui est de savoir ce que cette légende représente pour les Omanais», indique Lionel Rabin, dont l’ouvrage a déjà été présenté à Mascate, au Salon du livre et au Centre franco-omanais.

Le 5 novembre à 16h, l’IMA accueillera les deux auteurs pour une performance pluridisciplinaire : Barroux réalisera en direct une fresque de six mètres, tandis que Lionel Rabin lira ses textes, accompagné du musicien Qaïs Saadi au oud et au naï. L’événement sera suivi d’une séance de dédicace, illustrée en direct par Barroux.

« La lumière passe légère

Caresse le désert

Les pierres craquent

Dans le silence surpris

La frontière se dérobe au loin

Fragile mirage orphelin

Dans la chaleur du jour

Le paysage ondule. » (Barroux)

« Après tant de peines et de périls, je connus enfin que le véritable trésor est la tranquillité. » (Voyage VII, Sindbad le marin).L’apaisement de cette ultime phrase vient clore les sept voyages périlleux du héros, inspirés par la tradition indienne, la littérature persane de l’époque abbasside et les récits maritimes arabes et persans de ceux qui parcouraient l’océan Indien entre les IXᵉ et XIᵉ siècles.C’est en 1701 qu’Antoine Galand traduit Les mille et une nuits, offrant ainsi aux lecteurs occidentaux les aventures de Sindbad : ses affrontements avec l’oiseau géant Rokh, l’île-poisson, les anthropophages, ses traversées de vallées emplies de pierres précieuses et de mers capricieuses. Chaque périple se conclut par un retour à Bagdad, où le marin rapporte ses richesses et ses récits, avant de...
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