Le président Trump, présent sur tous les fronts, a avancé il y a quelques jours des affirmations concernant l’autisme. Il a parlé d’une fréquence galopante du trouble, d’une étiologie désormais retrouvée, le Tylenol, un paracétamol prescrit pour les douleurs des femmes durant leur grossesse et des vaccins administrés aux nouveau-nés, ainsi que d’un traitement curatif du trouble, un dérivé de l’acide folique, la leucovorine.
Si la fréquence est bel et bien dans une insolente progression, les deux autres affirmations concernant les causes possibles et le traitement éventuel du trouble sont néanmoins largement décriées dans le monde médical.
Voici la réaction de l’Association américaine de psychiatrie à la suite de ces allégations : « Il est essentiel que le gouvernement accorde la priorité à un soutien fondé sur des données probantes pour les personnes atteintes du spectre autistique et investisse dans des recherches approfondies et à long terme sur ce trouble. Les vaccins ne provoquent pas l’autisme. Les allégations d’un tel lien ont été maintes fois discréditées par des études évaluées par des pairs. L’autisme est un trouble complexe et il est inexact de prétendre qu’une poignée d’études ont établi un lien de causalité. De solides données probantes montrent que le paracétamol, pris conformément aux instructions, peut être utilisé sans danger pendant la grossesse. Toute décision concernant le traitement doit être prise par la patiente et son médecin. La leucovorine (acide folinique) n’est pas un traitement recommandé pour l’autisme. Il faudra encore de nombreuses années de recherche avant de savoir si la leucovorine est un traitement approprié pour les personnes atteintes d’autisme. Les troubles du spectre autistique s’inscrivent dans un spectre de neurodiversité. Le pays doit concentrer ses ressources sur l’élargissement de l’accès aux soins et sur la constitution d’une base de données probantes pour les futurs traitements. »
Des inepties concernant l’autisme, on en a connu tout au long de l’histoire mouvementée de l’autisme et de ses causes.
En mars 2012, devant un parterre médusé à l’Académie nationale de médecine, Luc Montagner, colauréat du prix Nobel 2008 de médecine pour avoir participé à la découverte en 1983 du VIH, affirmait que des médicaments antibiotiques seraient efficaces contre l’autisme.
C’est un euphémisme que de considérer ces propos pour le moins déraisonnables !
Quelques années auparavant, un pédiatre britannique, Andrew Wakefield, avait avancé des travaux qui s’étaient montrés faux. Militant antivaccin, il était tombé en disgrâce et radié de l’ordre des médecins britannique en 2010 pour avoir publié, en 1998, une étude frauduleuse établissant l’hypothèse fallacieuse selon laquelle l’autisme serait causé par le vaccin Rougeole-Oreillons-
Rubéole.
Une escroquerie médicale ! Et le seul article du Lancet qui a été rétracté de toute l’histoire de cette prestigieuse revue !
Bien avant, dans les années cinquante, des mères ont été déclarées responsables de l’autisme de leur enfant à cause de la relation qu’elles avaient avec leur progéniture. La relation mère-enfant serait à l’origine de l’autisme. Des mères qualifiées de « mortifères », de « frigidaires » !
Vérité avancée pendant de longues décennies, sans aucune base scientifique, et ayant laissé mères et parents en désarroi, réduits désormais à un rôle de responsables et donc de coupables !
Qu’est-ce qui fait que tout le monde a sa petite idée sur les causes de l’autisme, loin de la science ?
Qu’est-ce qui fait que chacun peut affirmer sans ambages des absurdités, sans aucune étude sérieuse à l’appui ?
Jamais, dans aucune maladie, les esprits ne se sont montrés autant friands en savoir en recherchant des causes, pour le moins absurdes.
Les causes avancées pour l’autisme auraient pu être reléguées à toutes les bévues que la science et la médecine ont longtemps accumulées à travers les siècles.
Mais cela va au-delà. Car cela déconcerte les familles, les désarçonne et les rend encore plus vulnérables. Des familles fragilisées par le handicap de leur enfant.
Le nombre de nos consultations ces dernières semaines ont augmenté, chaque famille d’enfant autiste voulant comprendre davantage et surtout se faire prescrire la leucovorine. Sans parler de la grande culpabilité que ressentent les mères qui ont eu des prescriptions de paracétamol pendant leur grossesse !
Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, ce sont des facteurs génétiques alliés à d’obscurs facteurs d’environnement que l’on étudie, mais que l’on n’arrive pas à bien cerner encore, qui constitueraient un trouble dans le développement cérébral de l’enfant au stade fœtal et le feraient naître dans une maladie du neurodéveloppement, handicap dont les degrés sont très variables.
De très nombreux facteurs ont été incriminés, la pollution atmosphérique, l’utilisation de psychotropes par la mère pendant la grossesse, les perturbateurs endocriniens retrouvés dans certains produits auxquels les mères sont exposées…, une myriade de causes dont chacune isolément n’est pas retenue et qui devraient s’ajouter aux facteurs génétiques. C’est dire la complexité de retrouver une cause unique !
Par ailleurs, il n’existe toujours pas de traitement curatif unique à ce syndrome. Des interventions multiples le plus précocement possible au niveau cognitif, psychologique, éducatif et rééducatif (orthophonie, psychomotricité, ergothérapie…) sont les seules recommandées de nos jours pour faire avancer le trouble et faire acquérir à l’enfant des performances que l’insulte cérébrale dont il a été victime l’en aurait privé.
C’est dire la difficulté de pouvoir suggérer un seul traitement, pharmacologique de surcroît !
Il est donc impensable de rajouter encore plus d’incertitudes aux parents et familles d’enfants autistes, naguère déboussolés.
Avec de telles assertions, la science ne gagne rien. Au contraire, nous sommes dramatiquement revenus à la médecine du XVIIe siècle.
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