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Lifestyle - Mode

Ahmad Amer : Derrière la mer, il y a…


Ahmad Amer : Derrière la mer, il y a…

La nouvelle collection du créateur, Horizon, s’inspire d’une chanson de Salwa Al Katrib. Photo DR

Depuis ses débuts en 2017, Ahmad Amer conçoit le vêtement comme un manifeste. Ses collections dénoncent tour à tour la maltraitance infligée à la terre, la corruption ou la malgouvernance qui ont conduit à l’effondrement du Liban. Il travaille à partir de tissus de stocks, privilégiant la récupération et l’intention plutôt que la production effrénée. Ses silhouettes, fluides et ambiguës, refusent toute assignation de genre. Chez lui, le vêtement est avant tout langage, mais aussi un territoire mouvant où chacun peut se retrouver… ou se perdre.

Lauréat du prix Fashion Trust Arabia 2023 dans la catégorie prêt-à-porter, Ahmad Amer s’impose aujourd’hui comme l’une des voix les plus singulières de la scène créative libanaise et arabe. Formé à Creative Space Beirut, école de mode gratuite fondée par Sarah Hermez avec l’aide de Caroline Simonelli, il est venu à la mode par le biais de l’architecture d’intérieur, avant de céder à la tentation de voir ses dessins quitter le papier pour se déployer dans le mouvement du vêtement. Chez lui, la couture et le trait s’unissent dans une même quête, celle d’un artiste qui interroge la mémoire, la perte et la possibilité de la beauté dans un monde brisé.

Sa nouvelle collection, Horizon, s’inspire d’une chanson de Salwa al-Katrib : Chou fi khalf el-bahr (Qu’y a-t-il derrière la mer ?). Une errance poétique autour de la mémoire, de la distance et de l’inconnu. Pour Ahmad Amer, cette collection est d’abord le résultat d’un rituel intime : s’échapper sur la corniche de Beyrouth, se tenir face à la mer, laisser son regard se dissoudre dans l’horizon. Dans le chaos de la ville, ce moment est une respiration, une manière de survivre. « C’est l’endroit où je libère mes pensées anxieuses dans les vagues et où je laisse le vent marin apaiser mon âme », confie-t-il.

Le dessin d’Amer capture son encre dans les profondeurs de l’expérience humaine. Photo DR
Le dessin d’Amer capture son encre dans les profondeurs de l’expérience humaine. Photo DR

La ligne Horizon du créateur libanais trouve donc son origine dans un espace personnel, mais elle s’ancre aussi dans le collectif. La mer, omniprésente dans la vie des Beyrouthins, devient ici une confidente, un miroir, une mémoire liquide. Elle écoute, porte nos histoires, reflète nos émotions. Beaucoup s’y tournent dans les moments difficiles, à la recherche d’un répit, d’une clarté, ou simplement d’un instant de silence : « Jette moi sur un paquebot, qu’il m’emporte vers des pays de lumière », dit la chanson. Amer voulait donner forme à cette relation partagée avec la mer, car, dit-il, « elle appartient à chacun de nous ».

La collection traduit cette émotion à travers des paysages poétiques, une esthétique marine et des visuels oniriques. C’est presque un rêve éveillé : le créateur s’imagine se transformer en poisson, plonger profondément, chercher des réponses, abandonner son poids ou simplement flotter. Ce voyage intérieur, cette méditation sur la fragilité, la guérison et la capacité de l’être humain à se réinventer, se traduit dans une palette de bleu, de rose et de sable. Les éléments du vestiaire empruntent leurs silhouettes au vocabulaire de la marine, entre vareuses et salopettes, mais aussi au mouvement des vagues dans ces robes à froufrous, à flux et reflux émerveillés d’embruns, ou au sable comme dans cet extraordinaire fourreau taillé dans la paille des chapeaux, évasé comme une langue de plage sous un parasol.

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On l’aura compris, au fil des lignes et des coutures, le dessin de Amer capture son encre dans les profondeurs de l’expérience humaine, là où l’individu est le plus vulnérable, où l’on se noie, flotte ou apprend à s’adapter à l’impuissance ou à la culpabilité. Ses créations prolongent ce dialogue entre surface et profondeur, entre le visible et l’invisible. La guerre à Gaza avait rouvert en lui une plaie ancienne, le ramenant à sa première passion : l’illustration. Mais le trait s’est vite fait fil, et la douleur, broderie. Chaque point était devenu une prière, chaque couture une tentative de raccommoder ce que la guerre déchire. C’est dans cette tension entre la beauté et la blessure, la mer et la mémoire, qu’Ahmad Amer construit son œuvre, à la fois ancrée dans le réel et traversée par le rêve.

Aussi, sa collection Horizon ne désigne-t-elle pas seulement la ligne lointaine où la mer rejoint le ciel. Elle incarne ce lieu intérieur où la perte se transforme en poésie, et où, face à la violence du monde, continuer à créer est la seule manière de préserver son humanité.

Depuis ses débuts en 2017, Ahmad Amer conçoit le vêtement comme un manifeste. Ses collections dénoncent tour à tour la maltraitance infligée à la terre, la corruption ou la malgouvernance qui ont conduit à l’effondrement du Liban. Il travaille à partir de tissus de stocks, privilégiant la récupération et l’intention plutôt que la production effrénée. Ses silhouettes, fluides et ambiguës, refusent toute assignation de genre. Chez lui, le vêtement est avant tout langage, mais aussi un territoire mouvant où chacun peut se retrouver… ou se perdre.Lauréat du prix Fashion Trust Arabia 2023 dans la catégorie prêt-à-porter, Ahmad Amer s’impose aujourd’hui comme l’une des voix les plus singulières de la scène créative libanaise et arabe. Formé à Creative Space Beirut, école de mode gratuite fondée par...
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