Diana et Juan Carlos lors d'un dîner d'État à Madrid, en 1987. Photo d'archives AFP
Cinq ans d’exil sous le soleil d’Abou Dhabi n’auront pas suffi à faire taire Juan Carlos. À 87 ans, l’ancien roi d’Espagne s’offre une résurrection médiatique avec Réconciliation (éd. Stock), des Mémoires rédigés avec la Française Laurence Debray et publiés le 5 novembre – date hautement symbolique, à la veille du cinquantenaire de la mort de Franco. L’ouvrage, censé apaiser, risque au contraire de raviver les brûlures d’un règne qui s’est achevé dans la controverse et la solitude.
Le ton du souverain déchu, recueilli par Le Figaro, est sans détour. « Nous sommes fragiles, parce que nous ne sommes pas une monarchie constitutionnelle depuis très longtemps », confie-t-il, déplorant la disparition de « l’esprit de la transition », ce moment d’équilibre politique né après la dictature. L’homme que Franco avait fait roi pour mieux adoucir l’Espagne se décrit aujourd’hui comme un paria. Isolé de sa famille, éloigné par son fils Felipe VI, privé de la visite de la reine Sofía, il vit entre oliviers importés et sculptures métaphoriques. « Chaque matin, je laisse le vieux dehors », dit-il en citant Clint Eastwood, comme pour conjurer le poids des années et des scandales.
Mais le passage le plus commenté de ces confessions concerne une autre figure royale : Diana, décédée dans un accident de voiture à Paris en 1997. Pour la première fois, Juan Carlos revient sur les rumeurs persistantes d’une liaison entre lui et la princesse de Galles, qu’il avait accueillie avec Charles et leurs fils à plusieurs reprises au palais de Marivent, à Majorque, entre 1986 et 1988. « Froide, taciturne, distante – sauf en présence des paparazzis », écrit-il, balayant toute idée de romance. Le roi nie donc catégoriquement avoir entretenu une quelconque relation avec elle.
Ces séjours estivaux avaient pourtant nourri toutes les spéculations. Lady Di, déjà malheureuse dans son mariage, restait souvent à Majorque après le départ de Charles. Des photos sur le yacht royal, des confidences rapportées par ses proches, et un livre explosif en 1992 avaient suffi à installer la rumeur. Certains, comme son ami Roberto Devorik, avaient parlé d’un flirt « innocent » ; d’autres, comme son biographe Andrew Morton, ont raconté qu’elle trouvait le roi « trop empressé ». Diana elle-même aurait confié à son entourage s’être sentie « mal à l’aise » seule avec lui, tout en assurant « qu’il ne s’était rien passé ».
En mettant un terme définitif à ces spéculations, Juan Carlos tente ainsi de reprendre la main sur son image. Car, depuis sa chute, les récits sur ses conquêtes et les affaires financières ont largement éclipsé l’homme d’État qui avait sauvé la démocratie espagnole d’un coup d’État militaire en 1981. « J’ai déjà payé le prix fort pour mes erreurs », plaide-t-il. Et si son exil aux Émirats est présenté comme un choix « pour protéger son fils », il décrit aussi un bannissement imposé : un éloignement voulu par Felipe et « aggravé par le gouvernement » de gauche de Pedro Sánchez, qu’il accuse de vouloir affaiblir la monarchie.
Même la reine Elizabeth II, parente et amie, entre dans le récit. Le roi raconte lui avoir demandé conseil avant d’abdiquer : « It’s not done ! A king dies with his boots on », aurait-elle répondu – un roi ne quitte pas le champ de bataille.
À la veille de la sortie de Réconciliation, cette parole retrouvée sonne comme un dernier plaidoyer. Entre nostalgie et justification, Juan Carlos revisite son passé et dément les légendes. Mais derrière les formules d’un vieil homme lucide affleure encore la blessure d’un monarque qui n’a jamais supporté de ne plus être roi.


