Le pianiste français Sacha Morin lors de son récital dans le cadre des Musicales de Baabdate. Photo Léon Markarian
Grand et immense récital de piano – au festival Les Musicales de Baabdate, en collaboration avec l'Institut Français du Liban – de Sacha Morin, jeune talent de 22 ans, grâce aussi à un programme séduisant : Bach, Schubert, Mozart et Schumann.
Un toucher très clair, la sobriété d'une expression sans maniérisme confèrent à cette interprétation de la Partita n° 1 BWV 825 de Jean-Sébastien Bach un caractère d'intimité, une vision intérieure tout à fait attachante. Élégance, fermeté de l'articulation : on aimera aussi la souplesse des ornementations dans les différentes danses de cette partita en si bémol majeur, la luminosité de son jeu, les arpèges de l’Allemande, le « détaché » du Menuet I et la vivacité de la Gigue italienne. La Fantaisie Wanderer (Le Voyageur ou L’Errance) est l'une des pages les plus diaboliques de la littérature pianistique romantique, écrite parfois même contre l’instrument. Elle requiert une maîtrise et un abandon des doigts, ainsi qu’une tête solide.
Il est réconfortant de voir un très jeune artiste orienter ses débuts de carrière vers un tel chef-d’œuvre. On était entièrement comblé par son interprétation : une technique impeccable, une palette sonore très étendue et, aussi, du panache. Après un Allegro con fuoco non troppo, ni désespéré ni crispé, Sacha Morin s’attache avec ferveur à ciseler la deuxième partie de la grande phrase de l’Adagio. Un poète parle ici dans un univers bouleversant de solitude. La fugue est rigoureusement articulée ; il fait montre de réelles qualités de musicien en enchaînant avec la Sonate K. 332 de Mozart.
Il faut du courage pour jouer du Mozart en public. D’une redoutable simplicité, les sonates pour piano ne cherchent pas les faveurs de l’auditeur ; de ce fait, elles sont rarement exécutées en concert. Peu « payantes » – qui oserait les présenter lors d’un concours international ? – il semble, et cela réconforte, que des pianistes de la jeune génération, comme Sacha Morin, en fassent leur pain quotidien, retrouvant ainsi l’humilité des grands maîtres de l’époque : Edwin Fischer, Arthur Schnabel, Walter Gieseking, Clara Haskil ou Wilhelm Kempff. La personnalité fascinante de ce dernier s’exprime ici avec la même fougue, la même force concentrée que dans la première partie.
Ce jeune homme n’a pas choisi la voie de la facilité. Fascinant et tragique, son toucher rappelle la vivacité des clavecinistes, leurs délicieux « détachés » ; de la tendresse, un style chantant sans fadeur dans l’Allegro initial, des articulations brillantes et un jeu bondissant dans le Finale, l’Allegro assai. D’une grande générosité, il joua toutes les reprises. Il apparaît dès lors que Sacha Morin se refuse à tout subjectivisme délirant. C’est contraire à sa nature : il est de tempérament classique, mozartien autant que schumannien. Son interprétation des Phantasiestücke, opus 12 de Robert Schumann, se distingue par une infinie tendresse (Des Abends, « Au soir »), une sérénité contemplative, un style à la fois tempéré et violent. Il sait aussi se faire intime (Fabel, « Fable »), à l’écoute du silence dans Ende vom Lied (« Fin de la chanson »).
Chez lui, c’est à coup sûr Eusebius qui l’emporte, loin devant Florestan. Encore une fois, sa technique est superbe : il sait que, chez Schumann, la musique commence lorsqu’on oublie ses mains. Et c’est en musique que M. Morin termina ce récital, sans partition, sur la pointe des pieds.
Généreux encore, le bis fut la Mazurka n° 16 en la bémol majeur, op. 24 n° 3 de Frédéric Chopin.



Un pianiste très doué, qui ira très loin...Dans Schumann, surtout, son jeu m'a rappelé le jeu de l'immense Yves Nat! Par ailleurs, dire que son interprétation de la Partita No 1 de Bach "lui donne un caractère d'intimité" est une vérité de La Palisse: ces œuvres ont été composées pour le clavecin, ou même pour le clavicorde, le plus intime parmi les instruments à clavier! J'ai même trouvé son emploi de la pédale dans cette Partita un peu hors de propos...Pour le reste, je ne peux qu'approuver les commentaires de M. Letayf(sauf pour l'orthographe: ce sont Les Musicales de Baabdath!)
09 h 40, le 31 octobre 2025