Des Syriens au poste-frontière de Masnaa, le 8 décembre 2024, au Liban, à la frontière avec la Syrie. Photo Mohammad Yassine/OLJ
L’Autorité du fleuve Litani a accusé les camps de réfugiés syriens d’être à l’origine d’une « pollution grave » du bassin du fleuve, dans un courrier adressé au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Le Courant patriotique libre (CPL, aouniste) a réagi mercredi, estimant que cette situation s’inscrit dans le cadre d’« une crise des réfugiés non gérée ».
Selon l’Autorité, la pollution provient des « eaux usées non traitées et des déchets solides rejetés par les camps de réfugiés syriens », et est estimée à « plus de deux millions de mètres cubes par an ». Le CPL décrit la situation comme une « menace environnementale et nationale croissante liée à la présence continue de camps informels à travers le pays ».
Dans la lettre adressée au HCR, l’Autorité du fleuve appelle à une intervention immédiate pour mettre fin à ce qu’elle qualifie de « pollution directe et à grande échelle ». Elle affirme avoir « transmis des preuves photographiques montrant une contamination», et avertit que « l’aggravation de la sécheresse et la diminution des ressources en eau accentueraient encore les risques pour la santé publique ».
Le HCR n’a pas donné suite aux demandes de commentaire de L’Orient-Le Jour au moment de la publication de cet article.
« Un crime environnemental et humanitaire »
Le CPL a dénoncé « un crime environnemental et humanitaire contre le peuple libanais », affirmant que la situation dépasse la seule dimension humanitaire et touche à la souveraineté libanaise, affectant « la sécurité de l’eau, la santé, la société et la politique ». Le parti a également accusé « certains acteurs politiques et des ONG de tirer profit de la crise des réfugiés pour obtenir financement et influence, au détriment des intérêts nationaux ».
« Il est temps pour l’État et ses partenaires internationaux de passer de la gestion de crise à une phase de résolution effective », a déclaré le CPL, plaidant pour un retour progressif des réfugiés en Syrie, où une « stabilité relative » serait revenue.
Un sixième convoi est prévu jeudi par la Sûreté générale afin de faciliter le rapatriement volontaire de réfugiés syriens, dans le cadre d'un plan élaboré avec le HCR. Après la chute du régime Assad le 8 décembre 2024, de nombreux Syriens au Liban ont exprimé leur volonté de rentrer dans leur pays, désormais jugé plus sûr par certains. Le gouvernement libanais vise le retour de 400 000 réfugiés syriens d’ici la fin de l’année, selon la ministre du Développement social, Hanine Sayyed.
Le vice-Premier ministre Tarek Mitri a précisé mercredi, sur Télé Liban, que le Liban ne cherche pas à installer durablement les réfugiés, mais à faciliter leur retour, tout en gardant ceux nécessaires au marché du travail. Il a également indiqué que les relations diplomatiques entre Beyrouth et Damas étaient en cours de renouvellement « sur des bases saines ».
Appel au HCR à « revoir ses opérations humanitaires »
L’Autorité du Litani a exhorté le HCR à « revoir ses opérations humanitaires au Liban à travers un prisme environnemental » et à renforcer le contrôle de la situation. Le CPL a pour sa part reproché au Parlement son incapacité à adopter une législation soutenant le retour des réfugiés, notamment une récente proposition visant à fixer leur retour dans un délai de six mois. La formation a estimé que « sauver le Liban passe par une décision courageuse rétablissant l’équilibre entre la dignité humaine et le droit de la nation à survivre ».
Depuis le début des retours organisés, 974 réfugiés syriens sont revenus volontairement en Syrie dans des convois au départ de Beyrouth ou Tripoli. Environ 114 000 personnes se sont inscrites au programme, mais seule une fraction y a participé, la plupart rentrant de façon indépendante. Entre janvier et octobre de cette année, le HCR a confirmé ou présumé le retour de 294 912 Syriens qui ont été désinscrits de son registre au Liban. Le nombre réel de retours est probablement supérieur, de nombreux réfugiés n’étant pas enregistrés.



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