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« L’Orient des écrivains » : notre édition spéciale 2025 - lorient des ecrivains 2025

Quelles leçons de la crise libanaise pour le reste du monde ?, par Thomas Porcher

Malgré ses spécificités, le cas libanais livre en creux les impasses de certaines voies déjà empruntées ailleurs.

Quelles leçons de la crise libanaise pour le reste du monde ?, par Thomas Porcher

Zaytouna bay dans le quartier de Aïn el-Mrayssé dans le centre de Beyrouth le 7 juillet 2025. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour

La crise libanaise par son ampleur a eu des échos retentissants dans le monde entier. La Banque mondiale ne s’y est pas trompée en la considérant parmi les crises financières les plus importantes à l’échelle mondiale depuis le milieu du XIXe siècle. Cumulant une triple dimension – bancaire, de change et de dettes souveraines – elle continue, six ans après son déclenchement, d’avoir des effets considérables sur l’économie et la société libanaise : un PIB réduit en peau de chagrin ; un secteur bancaire devenu inopérant, qui continue d'imposer un contrôle informel des capitaux empêchant ses clients de disposer de leur épargne en devises, et n’assume encore aujourd’hui qu’à la marge sa fonction de crédit ; une dépréciation de plus de 98 % de la monnaie nationale ; une explosion de la pauvreté multidimensionnelle, etc. Une situation ultérieurement aggravée par la succession d'événements dramatiques qu’a connus le pays depuis – de l’épidémie de Covid-19 à la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah en passant par les explosions au port de Beyrouth. 

Surtout, et contrairement à la plupart des graves crises financières qui ont marqué l’actualité de ces dernières années (en Grèce et en Islande à partir de 2008 ou à Chypre en 2012-2013 par exemple), les effets de cette crise ont été significativement aggravés par l’absence de réponse politique – dans un contexte de vacance partielle de l’exécutif pendant cette période – pour en traiter les causes et les conséquences, et convaincre, enfin, les bailleurs internationaux d’apporter leur indispensable concours financier. Si la remise en route des institutions – avec les arrivées respectives de Joseph Aoun et Nawaf Salam aux présidences de la République et du Conseil des ministres – a constitué un signal fort pour l’adoption et la mise en œuvre de réformes structurelles pour remettre la nation sur des bons rails économiques – et parmi lesquelles la réforme du système bancaire tenait une place de choix –, ces chantiers restent encore largement ouverts aujourd’hui. 

Ce qui arrive au Liban est bien inscrit dans l’histoire spécifique de ce pays. Cependant, l’histoire de cette crise a aussi une grande valeur pour le reste du monde, en ce qu’elle livre en creux un modèle de développement à suivre et les impasses de certaines voies déjà empruntées. 

Les impasses d’un modèle extraverti 

Au lendemain de la guerre civile (1975-1990), le Liban a choisi d’emprunter en grande partie la voie d’un modèle promu par le consensus de Washington de 1989, à savoir des privatisations, l’attrait des capitaux étrangers, la promotion du libre-échange. 

De ce fait, le Liban a négligé de développer des spécialisations économiques et industrielles, et a passé entre autres des accords commerciaux déséquilibrés (comme l’accord d’association signé en 2002 avec l’Union européenne) qui ont mis à mal certains de ses secteurs comme celui de l’ameublement ou encore son agriculture. 

Plus encore, sa nécessité d’attirer en permanence de plus en plus de capitaux étrangers, pour compenser le déficit de sa balance commerciale, a engendré plusieurs effets négatifs et structurels. En renforçant un secteur financier hypertrophié (favorisé par le versement de taux d’intérêt mirobolants) et en encourageant la spéculation foncière et immobilière, rendant la capitale libanaise particulièrement onéreuse au fil du temps, cette politique a notamment contribué à évincer en grande partie l’investissement et le financement d’une économie productive.

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C’est notamment ici que la leçon de la crise doit s’adresser à l’UE elle-même, dans la mesure où plus de 20 ans de promotion systématique du libre-échange ont exposé son économie à de grandes vulnérabilités et au rachat de certaines parties de son industrie par les nations émergentes du monde comme la Chine. 

Le cas libanais montre ainsi la nécessité d’imaginer à nouveau des stratégies de développement autocentrées qui se concentrent sur les besoins intérieurs du pays, et qui ont pour souci d’assurer à la jeunesse des perspectives pour rendre la tentation migratoire moins séduisante. On voit cette nécessité ailleurs : la Chine, l’Allemagne, les États-Unis veulent redonner à leur demande et leur activité intérieure une place désormais prépondérante, quoique avec des méthodes parfois très différentes. 

Renouer avec le souci de l’intérêt général

Les politiques économiques appliquées ces 30 dernières années dans le monde ont favorisé une minorité de la population aux dépens de la majorité. Les baisses d’impôts ont limité le financement de services publics essentiels et augmenté ainsi les inégalités. 

Si l’on fait un retour sur la mobilisation des Libanais de 2019-2020 et ses prolongements, la société civile a exprimé plus d’une fois ses souhaits de voir de réels services publics à l’œuvre pour le pays en matière de santé, d’éducation, de fourniture d’énergie, de traitement des déchets. Et là aussi réside une leçon à valeur mondiale, le besoin de services publics forts pour assurer la cohésion d’une nation ne peut plus être différé. La jeunesse marocaine récemment mobilisée nourrit également cet argumentaire. 

En somme, le Liban par les malheurs qui le frappe dit plus d’une chose au monde. Tout d’abord qu’un modèle fondé sur la perte de spécialisations nationales, livré à la spéculation et aux dérégulations financières reposant sur une monnaie artificiellement dopée n’a pas d’avenir. Il dit aussi que les services publics à établir ou à restaurer sont une condition essentielle de la prospérité, et rappelle l’un des enseignements majeurs de l’histoire économique : une croissance inégalitaire n’est pas durable. 

Mais la plus grande leçon au monde que le Liban livre est sa capacité à réagir à des situations exceptionnelles, la richesse d’une société civile qui ne manque pas d’initiatives et d’une jeunesse capable d’une incroyable richesse. Le Liban peut faire sien les mots de la poétesse Andrée Chedid : « Jeunesse entends moi, tu ne rêves pas en vain. » 

Thomas Porcher est économiste et professeur à Paris School of Business. Dernier ouvrage paru : Le vacataire (Stock, 2025).

La crise libanaise par son ampleur a eu des échos retentissants dans le monde entier. La Banque mondiale ne s’y est pas trompée en la considérant parmi les crises financières les plus importantes à l’échelle mondiale depuis le milieu du XIXe siècle. Cumulant une triple dimension – bancaire, de change et de dettes souveraines – elle continue, six ans après son déclenchement, d’avoir des effets considérables sur l’économie et la société libanaise : un PIB réduit en peau de chagrin ; un secteur bancaire devenu inopérant, qui continue d'imposer un contrôle informel des capitaux empêchant ses clients de disposer de leur épargne en devises, et n’assume encore aujourd’hui qu’à la marge sa fonction de crédit ; une dépréciation de plus de 98 % de la monnaie nationale ; une explosion de la pauvreté...
commentaires (1)

Les chercheurs universitaires adorent se gargariser de concepts ronflants. La principale lecon de la crise Libanaise est qu'une mafia d'assassins et de voleurs peut impunement piller un pays entier. Mafia composee de quelques politichiens vereux, de hauts fonctionnaires venaux et d'une bande de crapules bancaires cupides. Plus de 6 ans apres le debut de la crise, cette mafia impitoyable continue a dicter sa loi, a beneficier de l'impunite totale et a bloquer tout reglement de la crise qui ne pereniserait pas totalement ses rapines. Au detriment de regles internationales reconnues. Tfeeeh !

Michel Trad

17 h 51, le 24 octobre 2025

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Commentaires (1)

  • Les chercheurs universitaires adorent se gargariser de concepts ronflants. La principale lecon de la crise Libanaise est qu'une mafia d'assassins et de voleurs peut impunement piller un pays entier. Mafia composee de quelques politichiens vereux, de hauts fonctionnaires venaux et d'une bande de crapules bancaires cupides. Plus de 6 ans apres le debut de la crise, cette mafia impitoyable continue a dicter sa loi, a beneficier de l'impunite totale et a bloquer tout reglement de la crise qui ne pereniserait pas totalement ses rapines. Au detriment de regles internationales reconnues. Tfeeeh !

    Michel Trad

    17 h 51, le 24 octobre 2025

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