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Pendant que Beyrouth cogite, Tel-Aviv agit


Les drones survolent à nouveau Beyrouth à basse altitude. Mais pour ceux qui n’auraient quand même pas compris le message, Tom Barrack a mis les deux pieds dans le plat. On résume : Un, « si vous ne désarmez pas le Hezbollah, Israël s’en occupera ». Autrement dit, personne ne prend au sérieux la volonté des autorités libanaises de parvenir à cet objectif et personne n’empêchera Israël d’intensifier ses frappes au Liban. Deux, « votre seul salut, c’est la normalisation ». Autrement dit, cela peut passer par des négociations sécuritaires puis politiques, indirectes puis directes, mais Beyrouth ne recevra pas un dollar et n’existera même pas aux yeux de l’administration Trump – en dehors de la question du Hezbollah – tant qu’elle ne sera pas actée.

Voilà où nous en sommes, près d’un an après le « cessez-le-feu » avec Israël. La pression externe va être de plus en plus forte pour que Beyrouth désarme la milice chiite et rejoigne les accords d’Abraham. Bien qu’historiques, les décisions prises en Conseil des ministres en août et septembre derniers ne suffisent pas à convaincre Washington, Riyad et Tel-Aviv du sérieux des autorités libanaises. On peut les comprendre. Sur ce dossier, le Premier ministre Nawaf Salam semble bien isolé, coincé entre la surenchère des uns et la prudence, pour ne pas dire la compromission, des autres. La stratégie n’est pas claire et les résultats sont bien maigres pour le moment. Dans notre façon d’aborder le sujet, nous ne sommes toujours pas sortis de l’équation suivante : soit la guerre civile, soit une nouvelle campagne israélienne.

Une politique d’endiguement musclée accompagnée de quelques symboles forts et d’une véritable stratégie diplomatique nous permettraient pourtant de reprendre l’initiative, sans pour autant se jeter dans la gueule du loup. Mais cela suppose que les deux têtes de l’exécutif soient parfaitement alignées sur ce sujet, et que Riyad et Washington acceptent pour leur part de soutenir cette approche tant sur le plan politique que financier. C’est-à-dire qu’ils comprennent que leur politique actuelle, qui consiste à ne rien donner au Liban tant qu’il ne se débarrassera pas complètement du Hezbollah, est contre-productive. Elle prive de leviers ceux qui tentent d’aller dans cette direction et renforce au contraire la rhétorique de leurs adversaires politiques. Il ne s’agit pas de faire fi de l’incompétence, de la corruption et des compromis boiteux auxquels nous a habitués la partie libanaise, mais de pouvoir justement avancer en dépit de ces caractéristiques qui – les dernières années l’ont encore montré – sont encore solidement ancrées à tous les niveaux de l’État.

Peut-on séparer la question du désarmement du Hezbollah, qui est soutenu par la grande majorité des Libanais, de celle de la normalisation avec Israël, qui est imposée par l’extérieur et est très loin de faire consensus ? Beyrouth aurait eu intérêt à ce que les deux sujets ne soient pas intimement liés. Mais parce qu’il n’a pas assez fait sur le premier, il a perdu une grande partie de sa latitude pour aborder sereinement le second. Moins le premier avance, plus le second va vampiriser tous les autres sujets.

L’administration Trump veut sa victoire diplomatique. Peu importent l’état du Liban et les conditions de l’accord, le président américain veut rallonger la liste des signataires des accords d’Abraham. Pour Israël, la question se pose en des termes un peu différents. L’accord est un objectif, mais il doit avant tout refléter sa supériorité militaire et répondre à ses angoisses sécuritaires (le désarmement et la création d’une zone tampon au Liban-Sud).

Le problème c’est que, comme d’habitude, le Liban, lui, ne sait pas ce qu’il veut. Nawaf Salam est le plus engagé dans le bras de fer contre le Hezbollah, mais aussi le plus réticent à ouvrir des négociations avec Israël. Joseph Aoun privilégie le dialogue avec le parti chiite, mais ouvre la porte à des discussions avec l’État hébreu. Et Nabih Berry sait très bien qu’il jouera un rôle-clé si ces négociations ont lieu, mais que ses marges de manœuvre sont limitées par son allié. Beyrouth tentera probablement de limiter les discussions à des enjeux sécuritaires dans un format indirect. Mais Tel-Aviv et Washington s’en contenteront-ils ? Ne pousseront-ils pas, a minima, pour des discussions directes, à l’instar de celles qui ont lieu entre le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad el-Chaïbani et le ministre israélien Ron Dermer ?

Bref, nous sommes de nouveau en train de subir la situation, en espérant négocier à la marge quelques lignes rouges plutôt que de définir nos intérêts et de tenter de les défendre. C’est non seulement le résultat de la défaite cuisante du Hezbollah l’année dernière, mais aussi de notre incapacité chronique à redevenir un acteur diplomatique crédible, comme le montrent encore par ailleurs les négociations avec le FMI.

Pendant trop longtemps, le débat a été interdit. Il a même été empoisonné par les postures et les impostures idéologiques. Et malheureusement, nous n’en sommes toujours pas sortis. Il ne devrait pas se réduire à être pour ou contre la normalisation, pour des raisons qui, dans un cas comme dans l’autre, n’ont pas grand-chose à voir avec le fond du sujet. Celui-ci mériterait d’être abordé sereinement, en posant les seules questions essentielles : est-il dans l’intérêt du Liban de normaliser avec Israël ? Et quels seraient les effets de cette normalisation tant sur la scène interne que sur le plan régional ? En attendant, continuer avec le jeu de dupes ne se fera qu’à notre détriment.

Les drones survolent à nouveau Beyrouth à basse altitude. Mais pour ceux qui n’auraient quand même pas compris le message, Tom Barrack a mis les deux pieds dans le plat. On résume : Un, « si vous ne désarmez pas le Hezbollah, Israël s’en occupera ». Autrement dit, personne ne prend au sérieux la volonté des autorités libanaises de parvenir à cet objectif et personne n’empêchera Israël d’intensifier ses frappes au Liban. Deux, « votre seul salut, c’est la normalisation ». Autrement dit, cela peut passer par des négociations sécuritaires puis politiques, indirectes puis directes, mais Beyrouth ne recevra pas un dollar et n’existera même pas aux yeux de l’administration Trump – en dehors de la question du Hezbollah – tant qu’elle ne sera pas actée.Voilà où nous en sommes, près d’un an après...
commentaires (20)

Qui va convaincre le voisin belliqueux que le Hezb soit désarmé? Si un gars de 18 ans d’origine chiite sort à la chasse aux lapins avec un fusil, causus belli ?

Hacker Marilyn

12 h 33, le 24 octobre 2025

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Commentaires (20)

  • Qui va convaincre le voisin belliqueux que le Hezb soit désarmé? Si un gars de 18 ans d’origine chiite sort à la chasse aux lapins avec un fusil, causus belli ?

    Hacker Marilyn

    12 h 33, le 24 octobre 2025

  • Mr samarani, le liban sait ce qu'il ne veut pas: Nous ne voulons pas d'un liban occupé par Israël ou la syrie. Le liban sait ce qu'il veut: Nous voulons un liban souverain et indépendant des ingérences mais de toutes les ingérences y compris américaines.

    Oussama HADIFE

    08 h 59, le 22 octobre 2025

  • Excellent titre. Cogiter est la meilleure action pour ne rien faire...avec Parler. Il n'y a pas que tel Aviv qui agit. Damas aussi.

    Moi

    18 h 28, le 21 octobre 2025

  • UN, « si vous ne désarmez pas le Hezbollah, Israël s’en occupera …….personne n’empêchera Israël d’intensifier ses frappes au Liban. !? Alors , NOUS devons désarmer par force ou par diplomatie ? Par quelle queue commencer ? VOTRE CONSEIL DEUX, « votre seul salut, c’est la normalisation ». Autrement dit, on oublie DÉSARMER ?? Cette fois-ci NOUS et EUX, on se demande !

    aliosha

    17 h 06, le 21 octobre 2025

  • J'adore le titre de l'article, qui vaut 1000 lignes et une centaine de commentaires! Merci

    Wlek Sanferlou

    16 h 05, le 21 octobre 2025

  • Nos naifs aux voix non vives, Parlent de Legislatives, Ou les illegaux convives, Avec fusils et ogives, En des masses invasives, fausseraient tous les archives. Regagnez les terres vives, En sentences decisives. Sinon des voisines rives, Les frappes seront massives. ET l,ablation effective.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 01, le 21 octobre 2025

  • Belle analyse. Notre president decoit.

    Nadim Audi

    11 h 53, le 21 octobre 2025

  • Aucun pays au monde ne sesacrifie pour sauver une cause, aussi noble soit elle alors qu’il n’est pas lui même en danger. Le Liban sert de champ de bataille pour des vendus qui l’ont usurpé par la terreur pour l’impliquer dans une guerre qui le concerne pas. Depuis trois décennies notre pays n’est plus occupé et ne le sera plus tant que des organisations terroristes ne le mettent pas en danger en provoquant un pays connu pour sa suprématie militaire. Ce que le HB veut, c’est le pouvoir absolu, afin de changer le visage de notre pays pour le transformer en mini wilaya des fakihs et la saccager.

    Sissi zayyat

    11 h 34, le 21 octobre 2025

  • Il n’y a que ceux, adeptes du chaos qui trouvent que la paix est un mauvais choix. Si notre président préfère reléguer le sort de notre pays encore et encore à d’autres pour décider de notre sort, c’est qu’il n’est pas celui qu’il a voulu nous croire. Un président, ça préside envers et malgré tout. Il lui revient la décision de sauver son pays à n’importe prix, plutôt que de le voir agoniser pendant encore des décennies où le voir disparaître. Qui veut la paix prépare la guerre et on en est là hélas. Aucun parti armé par un pays étranger ne doit imposer ses conditions dans un pays souverain

    Sissi zayyat

    11 h 22, le 21 octobre 2025

  • Berry s’est glissé entre le chef d’état et son premier ministre afin d’obtenir l’exclusivité des négociations de paix avec Israël pour ensuite fanfaronner et reprendre son rôle d’omnipotent pour diriger le pays comme à l’époque funeste de Aoun 1. Heureusement que nous avons M. Salam pour prévenir ses tours de passe passe et de les contourner. Reste à convaincre notre cher président du bien fondé de l’union sacré entre lui et son premier ministre, si vraiment il veut sauver son pays comme il le prétend. Sauf s’il y a des détails qui nous échappent et sur lesquels il peut nous éclairer pour comp

    Sissi zayyat

    11 h 12, le 21 octobre 2025

  • Entre les deux, les souverainistes, particulièrement Chrétiens, ont eu droit aux massacres, persécutions, déplacement, exils, assassinats, destructions de leurs biens s’ils ne se les faisaient pas littéralement voler ou expropriés, se sont fait traiter de traitres, de criminels ou de bouchers, mis en prisons alors qu’ils n’ont fait que défendre le pays pour tous et seul contre tous sans aucune aide étrangère autre que leur foi et convictions. Malgré tout à chaque fois ces Chrétiens-là se sont remis sur leur jambes, sont restés forts et ont tendu la main à leurs concitoyens.

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    09 h 52, le 21 octobre 2025

  • "" Il ne s’agit pas de faire fi de l’incompétence, de la corruption et des compromis boiteux auxquels nous a habitués la partie libanaise "" tellement vrai ! mais malheureusement les libanais ne se sont encore cru assez menaces, assez coinces pour concevoir autre chose que leurs magouilles

    L’acidulé

    09 h 34, le 21 octobre 2025

  • Même dans les contes de fée, on ne peut pas perdre la guerre et récolter les fruits de la victoire. Pas de négociations avec Israël. Comme s’il n’éxistait pas ! Pourtant c’est bien lui qui nous bombarde unilatéralement et impunément tous les jours. Le petit Liban ne peut pas s’opposer au nouveau moyen-orient, c’est une évidence. Les grands décideurs nous le disent tous les jours. Le choix est difficile mais si l’on tarde trop, il finira par venir de l’étranger et encore une fois à coups de bombes.

    Goraieb Nada

    07 h 20, le 21 octobre 2025

  • La posture idéologique bipolaire, "NOUS, et EUX", est dépassée. Il "NOUS" faut qu’un jour se libérer des contraintes idéologiques ! L’hypothétique fin du conflit israélo-palestino-libanais (vivement la fin de la guerre au Liban, avant et non après, le règlement de la question palestinienne) ne s’arrêtera pas par la création d’un État palestinien². Des guerres, des tués plus qu’il n’en faut, pour finalement négocier ? "EUX" se défendent sans "intension" de leur donner la mort ! et "NOUS" on résiste, jusqu’à la fin du monde ? Mais c’est quand cette fin du monde longtemps annoncée ?

    nabil

    06 h 37, le 21 octobre 2025

  • La paix viendra,et je la souhaite la plus proche possible. Nous, Libanais, nous avons perdu les guerres, y compris notre guerre dite civile. À genoux, on n’arrive plus à se relever, à cause de la crise économique et la dévaluation de notre livre nationale. Nous serons à court terme comme l’Autorité palestinienne (qui n’a rien à nous reprocher), mais à long terme la paix sera établie. Même les Russes, par la voix de son ambassadeur au Liban, Alexandre Roudakov, invite la milice iranienne à déposer les armes. La volonté de négocier pour se relever, mais pas à n’importe quel prix, c’est entendu.

    nabil

    06 h 15, le 21 octobre 2025

  • "": EST-IL DANS L’INTÉRÊT DU LIBAN DE NORMALISER AVEC ISRAËL ? ET QUELS SERAIENT LES EFFETS DE CETTE NORMALISATION TANT SUR LA SCÈNE INTERNE QUE SUR LE PLAN RÉGIONAL"" il y a des prises de risque et une des réponses à votre interrogation vient de votre collègue RABIH : ""Ce texte est en réalité plus qu’un accord de retrait, mais moins qu’un traité de paix. Cela signifierait que tout accord devrait être ratifié par le Parlement libanais, une perspective incertaine au vu des équilibres politiques actuels"". Le rappel de 1983 est toujours à l’esprit, mais la Syrie a changé de régime.

    nabil

    05 h 53, le 21 octobre 2025

  • "": est-il dans l’intérêt du Liban de normaliser avec Israël ? Et quels seraient les effets de cette normalisation tant sur la scène interne que sur le plan régional ? "" Normaliser alors que Ben Nathanyahou est au pouvoir, mais quelle trahison pour nos frères Palestiniens. Ça fait plus d’un demi-siècle qu’on soutienne leur cause. Négociations avec des officiels désignés par Nathanyahou ? Nous, au Liban, on ne refuse jamais la politique de la main tendue, mais avec qui ?

    nabil

    05 h 45, le 21 octobre 2025

  • ""Pendant trop longtemps, le débat a été interdit. Il a même été empoisonné par les postures et les impostures idéologiques"". Tout à fait cousin Samrani, l’imposture idéologique a longtemps pollué les esprits, les débats.

    nabil

    05 h 38, le 21 octobre 2025

  • Il ne faut pas rater une 2ème fois le train de la paix. Il n'y en aura pas de 3ème !

    What a Guy !

    01 h 04, le 21 octobre 2025

  • Poser la question c'est y répondre ! Pourquoi serions-nous le dernier pays de la région à vouloir jouer le don quichotte ? Pourquoi ne pas reconnaitre qu'il est temps d'être pragmatique et s'assoir ditectement â la table pour discuter des conditions de la paix. Celle des braves. Le Liban paye encore le prix de l'erreur d'Amine Gemayel d'avoir eu peur de signer les accords dits du "17 mai" ...s'il l'avait fait nous nous serions épargné cette descente aux enfers que nous vivons depuis 35 ans. L'Histoire aurait changé de visage et nous aussi. Il ne faut pas rater une 2ème fois le train de la paix

    What a Guy !

    01 h 03, le 21 octobre 2025

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