Des centaines de pélicans sur le lac du Qaraoun, une image d'une rare beauté capturée par la caméra de l'Office du Litani. Photo envoyée par l'Office du Litani
Le lac du Qaraoun, un bassin artificiel doublé d’un barrage hydroélectrique sur le fleuve Litani, dans la Békaa, a mauvaise réputation : pollution, prolifération de cyanobactéries (une algue qui étouffe toute vie dans cette eau stagnante), d’eaux usées domestiques ou industrielles… D’où la surprise suscitée par les images diffusées mercredi par l’Office national du Litani, montrant des centaines de pélicans posés sur l’eau. Faut-il y voir une amélioration ?
Interrogé par L’Orient-Le Jour, Sami Alawiyé, directeur de l’Office des eaux du Litani, affirme « observer depuis trois ans un retour graduel des oiseaux migrateurs vers le lac ». Pour lui, cela est un résultat direct des mesures prises pour réduire la pollution industrielle et de l’interdiction de la chasse cette année, appliquée avec rigueur dans cette région par l’armée, selon lui.
L’Office du Litani a contraint ces dernières années de nombreux industriels à épurer leurs eaux usées avant qu’elles n’atteignent le Litani. Ce fleuve, le plus important du Liban, subit de nombreuses sources de pollution, alors que le pays n’a que très peu de stations d’épuration opérationnelles, malgré les millions de dollars dépensés depuis la fin de la guerre (1975-1990). « Les oiseaux reviennent depuis trois ans, mais l’an dernier, ils étaient restés en périphérie du lac, sans s’y poser durablement, probablement à cause des bombardements (de la récente guerre entre le Hezbollah et Israël, NDLR) qui avaient perturbé leur comportement », poursuit M. Alawiyé.
Cette année, selon lui, trois facteurs expliquent le retour des pélicans : les mesures environnementales engagées, des conditions météorologiques stables et la baisse du niveau d’eau. En amont, les agriculteurs pompent massivement dans le Litani, empêchant l’eau – et les polluants – d’atteindre le lac. L’hiver dernier, particulièrement sec, a accentué la pénurie d’eau, et la saison des pluies 2025-2026 n’ayant pas encore commencé, le niveau du Qaraoun demeure anormalement bas, comme le montrent les photos.
Un répit de courte durée ?
Sami Alawiyé souligne que les pélicans ne sont pas les seuls observés cette saison dans le Qaraoun, mais que d’autres oiseaux, notamment les canards sauvages, sont passés par là.
Michel Sawan, activiste et expert en oiseaux, n’est pas impressionné par ces images. « Ce phénomène n’est pas nouveau, nous l’observons chaque année », dit-il à L’OLJ. Selon lui, la chasse reste largement incontrôlée, au Qaraoun comme ailleurs. « Il est vrai que la saison de chasse n’a pas été ouverte par le ministère de l’Environnement et que le prix des cartouches est élevé, en raison de l’interdiction d’importer de la poudre à canon, mais les massacres d’oiseaux migrateurs et locaux se poursuivent. Les chasseurs défient l’autorité de l’État », déplore-t-il.
La présence de ces oiseaux est-elle vraiment le signe d’une amélioration de la qualité de l’eau ? Kamal Slim, expert en hydrologie et spécialiste du Litani qu’il étudie depuis plus de vingt-cinq ans, se montre prudent. « J’ai reçu un échantillon du lac la semaine dernière : aucune trace de cyanobactéries, contrairement à l’habitude », dit-il à L’OLJ. Il y a même décelé une diversité d’algues intéressantes. Mais il redoute que ce répit soit de courte durée. « Les photos du lac montrent des résidus verts dans les interstices du sous-sol sec, preuve que les cyanobactéries demeurant à l’état dormant pourraient se réactiver dès que l’eau du Litani regagnera le lac », explique-t-il. Par ailleurs, il observe que des algues nocives sont déjà omniprésentes dans le fleuve, notamment près du pont de Saghbine, non loin de Qaraoun.
Et ces belles images d’oiseaux ? « Je crois qu’avec l’assèchement des autres points d’eau comme à Ammiq (Békaa-Ouest) ou ailleurs, ils n’ont d’autre choix que de se poser sur le lac, d’autant plus qu’ils ont l’habitude de le faire, quel que soit le taux de pollution dans l’eau », estime l’expert.



Espérons que ces assassins d'oiseaux ne puissent pas pratiquer leur art sinistre et que l'état arrive à éradiquer cette race d'imbéciles et d'ignorants qui tuent par plaisir.
12 h 03, le 17 octobre 2025