L’inflation ne ronge pas seulement nos billets, elle ronge aussi notre mémoire, notre solidarité et notre sens du collectif. À quoi bon compter les zéros si l’on ne compte plus nos valeurs ?
Te souviens-tu lorsqu’on allait à Jounieh, joyau de la côte : la baie, la basilique Notre-Dame du Liban en haut de la falaise à Harissa, le téléphérique, les maisons en pierre aux toits de tuile rouge, les fenêtres arquées ?
Te souviens-tu lorsqu’on achetait sans regarder les prix, selon le goût et non selon l’addition, achetant notre chocolat local quotidien pour une pièce de 250 livres ?
On regardait les enfants jouer dans les rues dans les cours d’immeuble, sans trop de peur, courant après un ballon, montant dans un arbre, grimpant jusqu’au toit-terrasse.
Hélas ! Hélas, te dis-je, nous voilà avec un chocolat local bientôt à 250 000 LL et des enfants, certes dans les ruelles, mais à s’acheter des substances et des armes.
Qui vole des zéros à notre monnaie vole les valeurs de notre nation.
Qui tue un compatriote tue la confiance en la patrie.
Qui vend ce qui ne devrait jamais être entre les mains d’un gamin de dix ans reste, au fond, un gamin lui-même.
Mais surtout, qui lit ces lignes doit agir. Et par agir, je ne parle pas d’un cliché ou d’un hashtag.
Le Liban est entre nos mains. Agir commence par les gestes quotidiens : soutenir un commerçant du quartier, aider un enfant à apprendre, protéger ce qui est précieux, dénoncer ce qui détruit.
Agir, c’est choisir l’honnêteté quand d’autres trichent, c’est offrir un peu de temps ou du savoir à ceux qui n’ont rien, c’est investir dans des projets qui font vivre le pays plutôt que des billets qui ne valent plus rien.
Chaque petite action est un trait de pinceau sur la fresque de notre avenir. Le Liban dont nous rêvons, il commence en ce moment même.
Le PIB s’effondre, les banques ont perdu des milliards de dollars, plus de la moitié des enfants de moins de deux ans souffrent de faim, 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et un tiers des Libanais n’a plus de travail. Le prix d’un pain ne cesse d’augmenter.
Et une personne, qui essaie d’ouvrir les yeux, espérant un jour revoir le Liban, avec un grand L.
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