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La raison du plus mort


Deux ans jour pour jour après le déclenchement de la guerre de Gaza, il serait téméraire de dresser le bilan d’un conflit qui, à des degrés divers, a usé matériellement ou diplomatiquement ses trois protagonistes, et qui d’ailleurs attend encore d’être définitivement réglé.

D’ores et déjà se dégage néanmoins du lot un belligérant apparemment prêt à jeter l’éponge. Son sanglant coup d’éclat du 7 octobre 2023, le Hamas l’a chèrement payé avec plus de 66 000 de ses administrés, pour la plupart d’innocents civils, écrasés sous les bombes israéliennes. Si bien que ce qu’il négocie en ce moment à Charm el-Cheikh ressemble à s’y méprendre à une reddition en règle. Car en souscrivant au plan de paix de Donald Trump, en libérant les otages qu’elle détient en échange d’un arrêt définitif des combats, l’organisation islamiste palestinienne se serait dessaisie d’emblée de l’unique levier de pression qui lui restait. À terme, elle ne serait plus en mesure de peser significativement sur le cours des évènements : à savoir son désarmement, l’exil de ses chefs et son exclusion de la vie politique. Seul un horizon bouché lui est offert, et il lui faut malgré tout l’explorer.

C’est pour prêter main forte au Hamas que le Hezbollah ouvrait dès le 8 octobre un front de soutien, finissant par attirer comme un aimant les foudres de l’ennemi. Et maintenant que le premier fait tardivement preuve de réalisme, on voit le second se barricader à l’inverse dans le déni, allant jusqu’à se poser en plus palestinien que le Palestinien. À preuve, comme voudrait le faire croire une amère ironie, que c’est sur l’autel de Gaza que s’est sacrifiée la milice en omettant d’ajouter qu’elle a, du coup, immolé aussi le Liban.

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Or toute autre est la réalité, comme nul ne l’ignore : c’est sur le pari stratégique iranien que le Hezbollah a tout misé. Il est certes loin d’avoir gagné ; mais même décapité et saigné à blanc, il n’a pas tout perdu. Incapable de riposter aux quotidiennes agressions israéliennes, c’est exclusivement à la scène intérieure locale qu’il réserve sa force de dissuasion, le reliquat de son arsenal. À plus d’une reprise, Naïm Kassem et ses lieutenants ont agité, face aux Libanais, le spectre d’une ultime et suicidaire bataille. Et les émissaires iraniens ne se privent pas de venir périodiquement à Beyrouth pour y doper leurs protégés qui, à les en croire, ont retrouvé toute leur forme.

À la différence du Hamas, nul horizon n’est pourtant interdit au Hezbollah sinon, bien sûr, la persistance de cette vieille et incroyable aberration qu’est l’État dans l’État. Pourvu seulement qu’il fasse son adieu aux armes, un statut de normalité et de conformité légales est même imprudemment promis d’office à un parti d’obédience résolument étrangère et dont l’idéologie politico-sectaire et les rêves de domination heurtent de front la formule libanaise dans son essence même. C’est face à tout le reste du Liban que la milice continue de se placer au-dessus de la loi, exigeant tantôt l’ouverture d’un dialogue national sur la question des armes, et tantôt l’adoption d’une stratégie nationale de défense : c’est-à-dire la survie d’une armée privée censée seconder la troupe régulière.

L’illustration la plus récente en est l’incident du 25 septembre où l’on a vu le Hezbollah braver avec succès l’interdit gouvernemental de projeter sur le site touristique de Raouché l’image de Hassan Nasrallah et de son premier successeur, assassinés un an auparavant par Israël. C’est sur un compromis, mais non une compromission, que se rabattait lundi le Conseil des ministres. En attendant les conclusions d’une enquête judiciaire, a été en effet décrété le gel des activités de l’association-écran qui a organisé le décorum entourant cette double commémoration.

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Reste évidemment à savoir si la bien nommée association Rissalat (Messages) se le tiendra pour dit. Toujours est-il qu’on ne voit pas très bien pour quelle raison le Hezbollah s’encombrerait d’un quelconque metteur en scène, lui qui sait si bien se faire comprendre.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

Deux ans jour pour jour après le déclenchement de la guerre de Gaza, il serait téméraire de dresser le bilan d’un conflit qui, à des degrés divers, a usé matériellement ou diplomatiquement ses trois protagonistes, et qui d’ailleurs attend encore d’être définitivement réglé.D’ores et déjà se dégage néanmoins du lot un belligérant apparemment prêt à jeter l’éponge. Son sanglant coup d’éclat du 7 octobre 2023, le Hamas l’a chèrement payé avec plus de 66 000 de ses administrés, pour la plupart d’innocents civils, écrasés sous les bombes israéliennes. Si bien que ce qu’il négocie en ce moment à Charm el-Cheikh ressemble à s’y méprendre à une reddition en règle. Car en souscrivant au plan de paix de Donald Trump, en libérant les otages qu’elle détient en échange d’un arrêt...