Dany Chaccour, du succès de la restauration à la passion de l’art. Photo fournie par le collectionneur
C’est l’histoire d’un frère et d’une sœur, Dany Chaccour et Mireille Hayek. Lui est un entrepreneur qui a développé sa carrière en Afrique, dans les domaines des télécommunications et de la biométrie. Elle est passionnée de cuisine. Dany est un infatigable visionnaire qui ne laisserait jamais un talent en friche. Un jour, il tombe sur une pancarte, dans la ruelle entre l’église Saint-Maron et l’avenue Georges Haimari : « Restaurant à louer ». Il s’enthousiasme, propose l’idée à Mireille qui décide d’oser. Bientôt, elle ouvre La Parilla, un steakhouse d’inspiration argentine qui rencontre un franc succès. Mireille va enchaîner avec Yasmina, un restaurant indien. Mais au fond d’elle, une autre idée la travaille.
Ce qu’elle veut vraiment, c’est redonner à la cuisine libanaise ses lettres de noblesse, la moderniser dans le respect de ses saveurs traditionnelles, l’offrir comme une expérience gastronomique à part entière, dans les règles de l’art de la restauration, sans nuages de chicha. Dany suit. Un espace est repéré dans le quartier Monnot. Il bénéficie d’une élégante décoration orientaliste, d’une atmosphère intimiste dans une palette de bleus et d’ors. La vaisselle à elle seule signe la radicalité du parti pris. Porcelaines de grandes maisons, linge de table en lin blanc brodé bleu au point de croix, hommos servi dans des bols en cristal. Voici le premier Em Sherif. Au Liban, le nom des mères est associé à celui de leur fils aîné ou unique. Mireille est la maman de Sherif. Très vite, Em Sherif se couvre de lauriers. Il ne s’agit pas ici d’aromates, mais de récompenses attribuées à la restauration.
Mireille ayant passé à sa fille Yasmina le virus de la haute cuisine, celle-ci fait son apprentissage de chef à l’Institut Paul Bocuse, à Lyon. Très vite, elle est recommandée – à deux reprises – dans les guides Michelin parmi les jeunes chefs à suivre. Au menu d’Em Sherif s’ajoutent ces plats et mezzés oubliés, salade de moelle, cervelle, langues, intestins farcis, le tout revu dans le style de la maison.
De Paris à Monaco, de Harrods Londres au musée Sursock
Heureux et fier, Dany donne cinq ans au restaurant de la rue Monnot avant d’en lancer l’expansion. Aujourd’hui, la chaîne Em Sherif, devenue marque et concept, aligne 32 restaurants à travers le monde. Elle se veut l’équivalent libanais d’un Zuma pour la cuisine japonaise. Des pays du Golfe à l’Amérique latine, en passant par Paris, Monaco ou Londres, Dany Chaccour privilégie les emplacements de premier choix. À Londres, dans les grands magasins Harrods qui reçoivent non moins de 50 millions de visiteurs par an, Em Sherif ajoute à son restaurant un Em Sherif Deli, dont le succès dès son ouverture à Starco, Beyrouth, n’est plus à prouver. Toujours chez Harrods, à la demande de la direction qui a éliminé un magasin de vêtements pour les besoins du projet, un Em Sherif Hommos Bar ouvrira ses portes le 17 octobre, ajoutant une troisième enseigne de la marque dans le grand magasin londonien.

La nouveauté de la saison, c’est surtout, à Beyrouth, l’ouverture par Em Sherif, le 1er septembre, d’un restaurant sur l’esplanade du musée Sursock, à Achrafieh. « Em Sherif au musée », c’est pour Dany Chaccour la consécration d’une passion qui n’a rien de culinaire. Elle lui permet de contribuer au financement du musée d’art moderne de la ville tout en offrant ses cimaises à une collection d’œuvres de Hussein Madi.
« Sauvé par l’art »
Si le concept Em Sherif a clairement le vent en poupe, cela ne suffit pas à cet entrepreneur, moteur de la saga familiale. Dany Chaccour surprend qui veut l’entendre en déclarant qu’il n’aime pas la restauration à la base. En revanche, ce passionné s’adonne à fond à tout ce qui lui ouvre de nouveaux horizons. Quand il se prend d’amour pour le vin, il se lance dans des études d’œnologie et sort diplômé de l’Université de Bordeaux. Lors d’un séjour à Téhéran, avant l’embargo contre l’Iran, il découvre avec émerveillement des collections d’art contemporain chez des particuliers et s’enfonce dans la brèche. Il s’inscrit dans un cours d’art à l’ESA, rejoint un club de techniques de l’art et consacre à ses recherches trois à quatre heures par jour.
Huit ans durant, il construit une collection de plus de 600 œuvres d’artistes internationaux avec une prédilection pour George Condo, qu’il considère comme « un génie ». Il est classé premier à un concours d’estimation, ce qui l’incite à s’inscrire aussi à un master chez Christie’s. Il se tourne ensuite vers les artistes libanais et décide, en créant la Em Sherif Art Foundation, de leur offrir dans les restaurants de la chaîne une visibilité dans le monde entier. « Les Libanais manquent d’universalité », juge-t-il, ce qui explique son intérêt tardif pour la scène locale dont il perçoit pourtant le potentiel. Ses artistes de prédilection sont pour le moment les moins connotés ou du moins ceux dont le vocabulaire est le plus susceptible de toucher un public international. « Chaque série d’œuvres exposées dans un restaurant Em Sherif le sera en permanence », précise l’entrepreneur.

Dans les Em Sherif de Londres, on peut découvrir des œuvres éblouissantes de Willy Aractingi, longtemps qualifié de « douanier Rousseau » libanais pour la fausse naïveté de son trait et le feu d’artifice de sa palette. À Paris, boulevard Haussmann, siègent des œuvres de Ziad Antar. Né en 1978, l’artiste photographe s’intéresse, derrière de trompeuses compositions fleuries, à des messages politiques qui marquent aussi des moments de l’histoire. Ainsi, ses Tournesols racontent l’initiative de l’USaid contre les plantations de haschisch de la Békaa, remplaçant celles-ci par des champs de tournesols qui ont été un semi-échec économique et agricole. À l’heure où l’État libanais se dirige vers un retour aux plantations de haschisch avec, cette fois, une perspective médicinale, les tournesols de Antar dénoncent l’interventionnisme des grandes puissances et leur méconnaissance des économies vernaculaires. Un paysan portant des pommes de terre, une fleur de pomme de terre peinte, disent aussi l’introduction de ce tubercule au Liban, justifiée par la grande famine de 1916-1917. Nos pommes de terre issues de germes hollandais sont géantes « pour nourrir », explique l’artiste, qui ajoute que ses œuvres exposées à Em Sherif Paris ont été choisies pour leur connotation culinaire.
Ainsi de suite, la Em Sherif Art Foundation, sous la direction de Dany Chaccour, entend consacrer, au fur et à mesure, chacun de ses restaurants à un artiste libanais qui bénéficiera ainsi de la plus vaste visibilité possible. « La fondation n’aura ni siège ni dépôt, tout sera exposé. Acheté et exposé », souligne l’entrepreneur, qui se dit réconcilié avec la restauration grâce à l’art. « Ma passion pour l’art est venue me sauver et prolonger ma vie », commente simplement l’homme derrière l’une des plus admirables success stories de Beyrouth, inversant, par son soutien inconditionnel à sa sœur et à sa nièce, le dicton qui veut que « derrière la réussite d’un homme, il y a une femme ».




est ce le frere quis est responsable de la tarification de chez Em Charif ? en tous cas mille fois bravo pour oser-et reussir- a faire joyeusement payer des prix prohibitifs, surtout pour ses sandwich ...
10 h 48, le 08 octobre 2025