La Première dame du Liban, Neemat Aoun, le 27 février 2025. Photo d'archives Instagram/lbfirstlady
« Ce poste n'est pas pour les adolescentes. Vous représentez les femmes du Liban. » Ce message, adressé à la Première dame, Neemat Aoun, a valu à l'activiste libanais Abbas Zahri une convocation, le 2 septembre, et un interrogatoire, lundi, par le Bureau de lutte contre la cybercriminalité rattaché aux Forces de sécurité intérieure (FSI). Une mesure qui a été vivement critiquée sur les réseaux sociaux.
Dans sa publication sur Facebook le 12 août, Abbas Zahri, réputé proche des milieux du Hezbollah, critique la participation de la Première dame à plusieurs événements mondains récemment, notamment le mariage du fils du célèbre couturier libanais qui l’habille, Élie Saab. Il rappelle ensuite que ses prédécesseures avaient souvent porté des causes sociales.

« Au cours des dernières années, nous nous sommes habitués au fait que l'épouse du président de la République se charge d'une mission humanitaire durant le mandat de son mari (Mona Hraoui, par exemple, s'occupait des personnes atteintes de thalassémie), écrit M. Zahri.
Énumérant plusieurs problèmes auxquels les Libanais sont confrontés, notamment après le dernier conflit entre Israël et le Hezbollah, l'activiste a exhorté Mme Aoun à s’engager davantage : « Après la guerre, il y a beaucoup de causes que vous pourriez défendre, comme la mise en place d'une école pour les enfants des victimes de la récente guerre, ou la poursuite de la lutte contre les bombes à sous-munitions, comme l'a fait la princesse (de Galles) Diana, ou encore la création d'un institut éducatif pour les femmes qui ont perdu leur mari. » Avant de conclure : « Il y a beaucoup à faire en tant que Première dame (...). Je ne dis pas que vous ne devez pas faire la fête, chanter et danser si vous le souhaitez, mais faites votre devoir, car ce poste n'est pas pour les adolescentes. Vous représentez les femmes du Liban. »
Depuis sa prise de fonction, Neemat Aoun a effectué plusieurs tournées auprès d'associations caritatives et sociales ou qui s'occupent de personnes à besoins spécifiques.
Baabda affirme ne pas être au courant
Les conséquences judiciaires de la publication de Abbas Zahri n'ont pas tardé. Le 2 septembre, il est convoqué par le Bureau de lutte contre la cybercriminalité, alors qu'il est basé à Kerbala, en Irak. Ne s'étant pas présenté devant les autorités, il est à nouveau convoqué, seize jours plus tard. Il y réagit en publiant un nouveau message sur les réseaux sociaux, dans lequel il regrette d'avoir été ordonné de se rendre à Beyrouth, alors que des frappes israéliennes visaient le jour même une zone située à proximité de son domicile à Nabatiyé, au Liban-Sud. « J’ai finalement décidé de me rendre au Liban pour éviter que je ne sois arrêté à l’aéroport de Beyrouth », explique-t-il à L'Orient-Le Jour. L'activiste affirme avoir été convoqué par la police pour avoir employé le mot « adolescente ». « Le Bureau de lutte contre la cybercriminalité m’a demandé de supprimer la publication et de m’engager à ne plus porter atteinte à la Première dame. J’ai été détenu pendant six heures dans une cellule, avant d’être relâché », poursuit Abbas Zahri.
Contactée, une source proche du palais de Baabda affirme ne pas être au courant de cette arrestation, notant qu’il pourrait s’agir d’une mesure prise directement par le Bureau de lutte contre la cybercriminalité.
Le lendemain de l'interrogatoire de M. Zahri, le président Joseph Aoun avait affirmé, devant le conseil d’administration de Télé-Liban, être « en faveur de la liberté des médias, à condition qu'elle ne soit pas utilisée à des fins abusives. Sa limite est la sécurité nationale, elle ne doit pas devenir un outil d'incitation à la haine contre les symboles de l'État, de promotion des divisions sectaires ou d'atteinte aux pays frères et amis qui soutiennent le Liban ».
Sur les réseaux sociaux, la convocation de l’activiste, qui avait pris part aux soulèvements populaires du 17-Octobre avant de quitter le Liban trois ans plus tard, a été critiquée. « Comment peut-on arrêter un activiste simplement parce qu'il a critiqué la femme du président de la République ? Y a-t-il quelque chose qui vaut une arrestation dans ce qu’il a écrit ? » demande ainsi la journaliste Dima Sadek.




Ça paraît peu probable qu’Elie Saab, l’un des couturiers les plus chers, offre à Mme Aoun toutes ses tenues gratuitement. « On dit » qu’elle s’habille au frais du contribuable.
12 h 44, le 03 octobre 2025