Le cheikh Abbas Yazbeck. Photo tirée des réseaux sociaux.
Le cheikh chiite Abbas Yazbeck, un universitaire très critique du Hezbollah, qui avait été détenu pendant plusieurs heures vendredi à l’Aéroport international de Beyrouth (AIB), a été entendu mardi au siège de la Sûreté générale à Beyrouth pour avoir suivi sur Facebook un groupe appelé « Mouvement des citoyens libanais du monde », qui publie des messages critiques principalement à l’égard du Hezbollah et de ses alliés, a confirmé le cheikh à L’Orient-Le Jour mercredi.
Le cheikh Yazbeck a déclaré à notre rédaction que la Sûreté générale avait tenté d’obtenir davantage d’informations de sa part lors de l’interrogatoire et « s’est comportée de manière appropriée », ajoutant que « l’affaire est classée ».
Vendredi dernier, Abbas Yazbeck avait été retenu par la Sûreté générale alors qu’il s’apprêtait à se rendre en France avec son épouse, et a alors raté son vol. Ses papiers d’identité et son téléphone avaient également été confisqués, puis restitués mardi.
Contactée, la Sûreté générale n'a pas souhaité faire de commentaire.
Après sa détention vendredi, le cheikh avait imputé l’incident à une « pression politique systématique » visant les opposants chiites au Hezbollah. Il a ajouté qu'il avait été attaqué il y a environ trois ans, dans l’établissement où il enseigne, par un responsable du Hezbollah dans la Békaa, accompagné d’hommes armés.
Critiques de Geagea contre les pratiques de la Sûreté générale
La détention du cheikh Yazbeck lui a valu des marques de solidarité, et en contre-point, des critiques à l'encontre des méthodes de la Sûreté générale, notamment de la part du chef des Forces Libanaises (FL), Samir Geagea.
« Après avoir cru, avec le début du nouveau mandat présidentiel et la formation du nouveau gouvernement, que les pratiques d’État policier de certains services de sécurité faisaient partie du passé, nous avons de nouveau été surpris par la répétition des avis de recherche émis par la Sûreté générale du Liban, sans préavis aux personnes visées », a déclaré mercredi Samir Geagea, dans un communiqué cité par l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
« Comment le ministre de l’Intérieur, directement responsable de la tutelle de la Sûreté générale, explique-t-il la poursuite par cette agence de pratiques consistant à émettre des avis de recherche, non pour une raison judiciaire claire mais plutôt pour des motifs de vengeance à l’encontre de personnalités politiques connues pour leur opposition à 'l’Axe de la Résistance' ?, a-t-il demandé.
Le dirigeant des FL a enfin appelé « le Premier ministre, ainsi que les ministres de la Justice et de l’Intérieur, à ouvrir une enquête transparente et immédiate pour déterminer les responsabilités et mettre un terme définitif à ces pratiques récurrentes d’État policier ».
En juin dernier, le Premier ministre, Nawaf Salam, avait appelé les « services de sécurité et les forces armées » à « annuler immédiatement [...] tous les avis de recherche et listes de surveillance » émis sans décisions judiciaires.
Samedi, les groupes du Rassemblement chiite libanais et de la Coalition des démocrates libanais ont également condamné l’incident dans un communiqué, le qualifiant de « nouvel épisode de l’intimidation systématique dont sont victimes les opposants chiites au Hezbollah ». Ils ont appelé Nawaf Salam à « intervenir immédiatement pour mettre fin à cette violation flagrante », en exhortant le président de la République à « assumer ses responsabilités constitutionnelles et à garantir la protection des citoyens contre l’arbitraire ».



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10 h 27, le 02 octobre 2025