Des députés dans l'hémicycle lors d'une séance parlementaire agitée, à Beyrouth, le 29 septembre 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Une fois de plus, les députés des Forces libanaises et des Kataëb ont claqué la porte de l'hémicycle, sur fond de tensions entre les députés réunis pour une séance plénière au cours de laquelle la question du vote des émigrés a provoqué des remous, jusqu'à finalement faire perdre le quorum et provoquer la levée de la séance. Les altercations des parlementaires sur le sujet se sont multipliées, continuant de creuser le fossé entre les partis voulant garder telle quelle la loi électorale (2017) qui prévoit l'ajout de six députés « des Libanais de l'étranger », et ceux qui militent pour un amendement permettant aux émigrés de voter pour les 128 sièges actuels, en fonction du lieu d'origine des électeurs. Une autre réunion a finalement été prévue mardi à 11h, après l'adoption de plusieurs textes. Les députés des deux camps se sont mutuellement accusés de vouloir provoquer un report du scrutin législatif normalement prévu au printemps prochain.
La séance parlementaire de lundi ne prévoyait pas de débat sur le dossier de la loi électorale, comme l'avait tranché le Bureau de la Chambre (et Nabih Berry) vendredi. M. Berry est en tête du camp rejetant un amendement. Selon des médias locaux, des tensions sont survenues pendant la séance entre plusieurs députés sur ce sujet, notamment lorsque Georges Adwan, chef du groupe parlementaire des Forces libanaises (FL), a annoncé la suspension de la participation de ses collègues de son bloc aux réunions de la sous-commission chargée d’étudier la loi électorale. Le député Ali Hassan Khalil (Amal) a alors accusé les FL de vouloir « faire capoter les élections » législatives prévues normalement au printemps prochain. Le président du Parlement a alors menacé de lever la séance s'il n'y avait pas de retour au calme. Peu après, les quatre députés du groupe des Kataëb se sont retirés de l'hémicycle, suivis de leurs collègues et alliés des FL.
Le chef du groupe des FL à la Chambre, Georges Adwan a lors de ce départ dénoncé un « danger pour l'organisation des élections selon les échéances constitutionnelles », estimant qu'un tel report démontrerait que « nous sommes, en tant qu’État, mandat, gouvernement et Parlement, défaillants ». De son côté, le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a souligné que « le Conseil des ministres a confirmé que la loi actuelle est inapplicable et le Parlement doit expliquer comment faire ou amender l'article, ce qui n'a pas été fait ». « Si ce sujet n’est pas discuté au cours de cette réunion, nous risquons de priver les expatriés de leur droit de vote, que ce soit pour les 128 ou les six députés et nous pourrions nous diriger vers un report des élections ou leur tenue sans accorder ce droit à des centaines de milliers de Libanais vivant à l’étranger », a-t-il dénoncé.
De son côté, le chef du Courant patriotique libre, le député Gebran Bassil, a demandé, au début de la séance, au gouvernement d’appliquer la loi électorale et de ne pas rejeter la responsabilité sur le Parlement. Selon lui, un rapport existe pour proposer des solutions à la mise en oeuvre de l'article sur cette question et il a appelé à ce que le cabinet entame l'enregistrement des électeurs de l'étranger « afin de contrecarrer tous les prétextes relatifs à un report des législatives de 2026. » Ce à quoi le député Waddah Sadek (contestation, Beyrouth) a répliqué que « faire endosser au gouvernement la responsabilité de trancher la question de la loi électorale n’a d’autre objectif que de reporter l’échéance ».
Berry ne fléchit pas : Il faut appliquer la loi en vigueur
Lundi matin, dans un article du quotidien al-Joumhouria, Nabih Berry avait appelé à « appliquer la loi électorale en vigueur ». L'article lié aux six parlementaires de l'étranger dans la loi électorale adoptée en 2017, n'avait pas été appliqué lors des deux derniers scrutins législatifs de 2018 et 2022, le texte restant flou sur la mise en place du système de 6 sièges proposé, dont elle ne précise pas concrètement le mécanisme d’application. Le 30 juin, M. Berry avait déjà bloqué une proposition d’amendement qui aurait permis aux expatriés de voter pour l’ensemble des 128 députés, et avait refusé d'inclure cette question à l'ordre du jour de la réunion de lundi. Plusieurs partis, dont les FL et les Kataëb, réclament le droit de vote des Libanais de l'étranger pour les 128 députés et dénoncent une volonté des partis qui y sont opposés, comme le mouvement Amal, son allié du Hezbollah et le Courant patriotique libre, de vouloir diluer l'impact du vote de la diaspora avec l'ajout de six strapontins, alors que le scrutin de 2022 avait vu l'arrivée au Parlement de nouveaux visages issus du mouvement de contestation de 2019, qui avaient reçu un nombre important de voix lors du vote des émigrés.
Réagissant à la polémique depuis le Parlement, le ministre de l'Intérieur, Ahmad Hajjar, a dit avoir « reçu un rapport exposant les défis liés à l'application de la loi, et aucune nouvelle loi n'a été adoptée ». « Le ministre de l'Intérieur doit appliquer la loi existante et se coordonner avec le ministre des Affaires étrangères pour l'enregistrement » des électeurs à l'étranger. « Les élections législatives auront lieu à la date prévue en mai 2026 et le premier délai pour l'inscription des électeurs expatriés est fixé au 20 novembre », a-t-il ajouté.
Soutien à Nawaf Salam
Par ailleurs, le chef du Législatif a affirmé au début de la séance que « le Premier ministre est le chef du gouvernement de tout le Liban, en soulignant que le cabinet n’est pas celui d’une seule personne ou d’un seul camp, mais bien un gouvernement où tout le monde est impliqué », alors que Nawaf Salam fait l'objet de vives critiques provenant du camp du Hezbollah. Ce dernier rejette tout désarmement, auquel s'est engagé l'exécutif.
Un soutien appuyé qui a été secondé par une déclaration du député Achraf Rifi (Tripoli), qui a souligné dans un communiqué que « le Sérail demeure l’un des piliers de l’instauration d’un État de droit, et Nawaf Salam, fils de Beyrouth et Premier ministre, reste le garant de l’application de la Constitution et de la protection des institutions, dont la légitimité est plus forte que la milice » (le Hezbollah, ndlr).
Les lois adoptées
Le Parlement a en outre adopté, parmi les points à l'ordre du jour, un amendement de la loi organisant les partenariats entre les secteurs public et privé et l'ouverture d'une ligne de crédit supplémentaire de 2,350 milliards de livres libanaises (plus de 26 millions de dollars au taux de change actuel) pour financer un versement de 12 millions de livres par mois (134 dollars) aux retraités du secteur public.
Un amendement du Code de la monnaie, qui prévoit l'impression de nouvelles dénominations de billets de banque (notamment des coupures de 500.000 et 1 million de livres), doit également être approuvé. Ce texte avait été adopté par la Chambre en avril 2025 puis renvoyé par le président Joseph Aoun pour des modifications. Une proposition de loi sur les déserteurs ayant quitté les Forces de sécurité intérieure depuis le début de la crise financière en 2019 devra également faire l'objet d'un vote. Sur les 17 textes prévus à l'ordre du jour se trouve également celui lié aux exemptions de taxes et frais pour les personnes victimes de dégâts dus à la guerre entre le Hezbollah et Israël. Un texte qui avait également fait polémique lors du vote sur une première version en juin dernier.



Pourquoi les américains font mine de ne pas voir celui qui empêche ce pays à s’émanciper alors qu’on nous a toujours raconté qu’il était dans leur viseur? Il arrive depuis toujours à imposer sa dictature sans qu’aucun pays n’arrive à lui montrer ses limites. Ils s’en prennent à notre armée et au président qui a été séduit par ce grand manitou, et laisse faire ce dernier. Jusqu’à quand? Tous ces envoyés spéciaux américains n’ont toujours pas compris son manège? Pourquoi ne pas sévir pour le stopper?
13 h 06, le 20 novembre 2025