Des Gazaouis pleurent la mort de journalistes tués par une frappe israélienne sur l'hôpital Nasser de Khan Younès, le 25 août 2025. Photo AFP
Une analyse menée par l'agence Reuters sur plus de 100 vidéos et photos de la scène, et à partir d'entretiens avec « plus de deux douzaines d'acteurs familiers des événements », concernant l'attaque israélienne contre l’hôpital Nasser à Gaza le 25 août, qui a tué cinq journalistes, contredit l’explication donnée par Israël à propos de cette frappe meurtrière.
Après avoir touché un étage de l’hôpital Nasser à Khan Younès, les forces israéliennes avaient lancé quelques minutes plus tard sur la même cible une autre frappe, constituée de deux tirs, selon une analyse vidéo de CNN, touchant des journalistes et du personnel médical qui étaient sur place pour porter secours ou couvrir l’événement. Mariam Abou Dagga, Mohammad Salama, Moaz Abou Taha, Houssam el-Masri et Ahmad Abou Aziz avaient rejoint la longue liste des plus de 200 journalistes tués depuis le début de la guerre dans l’enclave le 7 octobre 2023.
L’armée israélienne a planifié l’attaque à l’aide d’images de drones, qui, selon un responsable militaire, montraient une caméra du Hamas, cible du bombardement. Mais les preuves visuelles et d’autres enquêtes établissent que la caméra figurant sur ces images appartenait en réalité à Reuters, et qu’elle était utilisée de longue date par l’un de ses journalistes.
Le responsable militaire israélien indique désormais que les troupes ont agi sans l’approbation requise du commandant en chef régional en charge des opérations à Gaza. Il a confié à l'agence cette violation de la chaîne de commandement après que celle-ci lui a soumis les conclusions de son enquête.
Tapis de prière
Un jour après que des chars israéliens ont bombardé l’hôpital Nasser, le responsable expliquait que la première enquête de l’armée avait conclu que les soldats avaient visé une caméra du Hamas qui les filmait depuis l’hôpital. Il précisait que les troupes se méfiaient de la caméra car elle était recouverte d’une serviette. La décision a alors été prise de la détruire, selon ce responsable.
Une capture d’écran tirée des images de drones de l’armée montre la caméra, recouverte d’un tissu bicolore, sur la cage d’escalier de l’hôpital. Le responsable militaire a confirmé la semaine dernière que la caméra recouverte de tissu était bien la cible.
Mais le tissu visible sur la capture d’écran n’a pas été placé là par le Hamas. Il s’agissait d’un tapis de prière appartenant à Houssam el-Masri, journaliste de Reuters tué pendant l’attaque, selon l’enquête de l’agence. Depuis mai, le journaliste avait positionné sa caméra à plus de 35 reprises à ce même endroit de l’hôpital Nasser, à Khan Younès dans le sud de Gaza, pour réaliser des directs diffusés aux clients dans le monde entier. Il recouvrait fréquemment la caméra avec ce tapis de prière vert et blanc pour la protéger de la chaleur et de la poussière.
L'Associated Press, dont un journaliste a aussi péri dans l’attaque, avait déjà indiqué avoir de fortes présomptions sur la propriété Reuters de l’appareil visé par les forces israéliennes.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait qualifié l’attaque de « tragique méprise ». Le responsable militaire a précisé que M. el-Masri et les autres journalistes présents n’étaient pas visés par l’attaque et n’étaient soupçonnés d’aucun lien avec le Hamas.
L’allégation de l’armée selon laquelle le Hamas filmait les forces israéliennes depuis l’hôpital Nasser « est fausse et fabriquée de toutes pièces », a déclaré Ismaïl el-Thawabta, directeur du bureau des médias du gouvernement gazaoui contrôlé par le Hamas. Selon lui, Israël cherche à « dissimuler un crime de guerre caractérisé contre l’hôpital, ses patients et son personnel médical ».
L’absence d’explication exhaustive sur l’attaque de l’hôpital Nasser s’inscrit dans une tendance observée dans des frappes israéliennes ayant tué des journalistes depuis le lancement, il y a presque deux ans, de l’offensive israélienne consécutive à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) affirme avoir documenté la mort de 201 journalistes et travailleurs des médias à Gaza, en Israël et au Liban, où la guerre s’est propagée peu après l’attaque initiale. Le bilan comprend 193 Palestiniens tués par Israël à Gaza, six par Israël au Liban, et deux journalistes israéliens tués pendant l’attaque du 7 octobre.




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12 h 39, le 29 septembre 2025