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Moyen-Orient - Focus

Ce que dit le droit international humanitaire sur les doubles frappes 

L’armée israélienne a tué lundi 25 août des journalistes et du personnel médical présents sur les lieux d’une précédente frappe contre l’hôpital Nasser à Gaza.

Des Gazaouis pleurent la mort de journalistes tués par une frappe israélienne sur l'hôpital Nasser de Khan Younès, le 25 août 2025. Photo AFP

L’État hébreu parle d’un « accident tragique », tandis que des organisations de défense des droits de l’homme et des dirigeants internationaux ont condamné la frappe, appelant à une enquête indépendante. Lundi 25 août, après avoir touché un étage de l’hôpital Nasser à Khan Younès, les forces israéliennes ont lancé quelques minutes plus tard sur la même cible une autre frappe, constituée de deux tirs, selon une analyse vidéo de CNN, touchant des journalistes et du personnel médical qui étaient sur place pour porter secours ou couvrir l’événement. Mariam Abou Dagga, Mohammad Salama, Moaz Abou Taha, Houssam el-Masri et Ahmad Abou Aziz ont ainsi rejoint la longue liste des plus de 200 journalistes tués depuis le début de la guerre dans l’enclave le 7 octobre 2023. De nombreux observateurs y ont vu une frappe intentionnelle, dénonçant un crime de guerre. Que dit le droit humanitaire international sur l’utilisation des doubles frappes dans un conflit armé ?

Principes de distinction, précaution et proportionnalité

Le concept n’est pas soulevé en tant que tel dans les textes relatifs au droit de la guerre. Certes, parlant des actions russes en Syrie en 2016, le Premier ministre britannique de l’époque Boris Johnson avait déclaré : « Une chose qui, selon moi, constitue sans aucun doute un crime de guerre, c’est la procédure de la double frappe qu’ils appliquent. » Étant souvent justifiée pour s’assurer d’avoir bien neutralisé une cible, la double frappe est néanmoins à analyser juridiquement à la lumière d’autres principes du droit humanitaire international, alors que la protection des civils constitue le fondement des conventions de Genève et des protocoles additionnels. Le principe de distinction exige d’abord qu’une différence soit faite entre les combattants et les civils, seuls les premiers pouvant être ciblés. La précaution requiert que toutes les mesures soient prises pour éviter ou minimiser les dommages portés aux civils, tandis que le principe de proportionnalité interdit les attaques qui impliqueraient des dommages collatéraux excessifs par rapport à l’avantage militaire direct et concret attendu.

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Les deux tirs identifiés par CNN lors de la seconde frappe sur l’hôpital Nasser ont eu lieu neuf minutes après la première attaque, qui avait déjà fait deux morts, dont un journaliste. Ils sont intervenus alors que des personnes – dont certaines en gilet réfléchissant signalant leur rôle de secouristes – s’étaient rassemblées sur le lieu du raid pour porter secours et tirer un bilan préliminaire. Au total, une vingtaine de Palestiniens ont été tués, dont 5 journalistes et un secouriste de la Défense civile de Gaza. Selon l’analyse vidéo de CNN, deux projectiles tirés depuis des chars ont touché quasi simultanément une cage d’escalier de l’hôpital d’où diffusaient habituellement les reporters. Si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déploré lundi un « tragique accident » face au tollé international, déclarant qu’« Israël valorise le travail des journalistes, du personnel médical et de tous les civils », son armée a soutenu le lendemain avoir tué six « terroristes » dans l’attaque, ajoutant néanmoins poursuivre son enquête.

Les doubles frappes ne sont pas l’apanage des terroristes

Les hôpitaux font cependant partie des objets particulièrement protégés par le droit humanitaire international, comme les transports sanitaires ou encore les propriétés culturelles. L’attaque sur l’établissement Nasser pourrait ainsi constituer un crime de guerre, sauf s’il est démontré que le lieu était utilisé pour des opérations militaires dans le cadre du conflit. Un argument fréquemment mis en avant depuis le début de la guerre par Israël, qui accuse le Hamas d’utiliser la population gazaouie comme bouclier humain en opérant depuis des tunnels souterrains, mais aussi des sites civils, écoles, mosquées ou encore hôpitaux. Dans sa première enquête, l’État hébreu a dit avoir visé une « caméra » du Hamas qui observait les mouvements de ses troupes, déclarant en outre avoir neutralisé des éléments « terroristes ».

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Alors que les doubles frappes ne sont pas illégales en tant que telles, elles ont été utilisées dans différents contextes et se sont multipliées ces dernières décennies. Une technique souvent mise en pratique par des groupes terroristes, visant à provoquer le plus de victimes possible. Le département américain de la Sécurité intérieure décrivait ainsi les doubles frappes comme la « tactique préférée du Hamas » en 2007. Cependant, Washington n’est pas en reste, ayant mené de tels raids en Irak, au Pakistan, au Yémen ou encore en Afghanistan. Si l’administration de George W. Bush utilisait déjà cette technique, c’est sous Barack Obama qu’elle s’est répandue au sein de l’armée américaine, soulignent plusieurs observateurs. Selon une enquête de +972 Magazine et Local Call basée sur des témoignages de Gazaouis, des sources de sécurité israéliennes et de nombreuses analyses de cas, l’armée israélienne utilise la pratique de la double frappe comme procédure standard à Gaza, pour éviter que les secours accèdent aux victimes, tuant parfois intentionnellement du personnel médical et des secouristes. D’après une banque de données de l’armée israélienne révelée par The Guardian, en coordination avec les deux médias précédemment cités, 83 % des personnes tuées à Gaza jusqu’en mai dernier étaient des civils, soit cinq Palestiniens sur six.

L’État hébreu parle d’un « accident tragique », tandis que des organisations de défense des droits de l’homme et des dirigeants internationaux ont condamné la frappe, appelant à une enquête indépendante. Lundi 25 août, après avoir touché un étage de l’hôpital Nasser à Khan Younès, les forces israéliennes ont lancé quelques minutes plus tard sur la même cible une autre frappe, constituée de deux tirs, selon une analyse vidéo de CNN, touchant des journalistes et du personnel médical qui étaient sur place pour porter secours ou couvrir l’événement. Mariam Abou Dagga, Mohammad Salama, Moaz Abou Taha, Houssam el-Masri et Ahmad Abou Aziz ont ainsi rejoint la longue liste des plus de 200 journalistes tués depuis le début de la guerre dans l’enclave le 7 octobre 2023. De nombreux observateurs y ont vu une...
commentaires (2)

On sait qu'Israël s'assied sur le droit international et ira jusqu'à la triple ou quintuple frappe, avec la bénédiction de ses alliés occidentaux.

Politiquement incorrect(e)

20 h 20, le 29 août 2025

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Commentaires (2)

  • On sait qu'Israël s'assied sur le droit international et ira jusqu'à la triple ou quintuple frappe, avec la bénédiction de ses alliés occidentaux.

    Politiquement incorrect(e)

    20 h 20, le 29 août 2025

  • Crimes de guerre. Le monde est devenu immoral. L état d Israël doit être jugé devant les tribunaux internationaux.

    Tacla sfeir

    16 h 38, le 29 août 2025

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