Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani (à gauche), observe l'envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, lors d'une conférence de presse à Damas, le 16 septembre 2025. Photo Louai Beshara/AFP
Les efforts visant à conclure un pacte de sécurité entre la Syrie et Israël ont buté à la dernière minute sur l’exigence d’Israël d’être autorisé à ouvrir un « corridor humanitaire » vers la province méridionale syrienne de Soueida, ont indiqué à l'agence Reuters plusieurs sources proches des discussions.
Depuis plusieurs semaines, Israël et la Syrie négocient un accord destiné à redéfinir les frontières sécuritaires dans le Sud syrien, en remplacement de l’accord de désengagement de 1974 qu’Israël juge caduc depuis la chute du régime Assad en décembre dernier. Damas et Tel-Aviv étaient récemment proches de s’entendre sur les grandes lignes d’un pacte après plusieurs mois de pourparlers, sous médiation américaine. Ces négociations s'étaient tenues à Bakou, Paris et Londres, et s’étaient accélérées à l’approche de l'ouverture cette semaine à New York de l’Assemblée générale des Nations Unies, où s'est rendu le président syrien par intérim Ahmad el-Chareh.
Ce pacte visait notamment à créer une zone démilitarisée dans le sud de la Syrie, incluant la province de Soueida, où des violences sectaires entre tribus bédouines soutenues par les forces gouvernementales et factions druzes ont fait en juillet plus d'un millier de morts, en majorité parmi la population druze de Soueida.
« Atteinte à la souveraineté » syrienne
Lors de précédentes discussions à Paris, Israël avait demandé l’ouverture d’un corridor terrestre vers Soueïda pour l’acheminement des aides, mais la Syrie avait rejeté cette requête, la considérant comme une « atteinte à sa souveraineté ». L’État hébreu a réitéré cette demande à un stade avancé des discussions, selon plusieurs sources concordantes en Israël, en Syrie et à Washington.
La source syrienne et celle à Washington ont indiqué que le « renouvellement de cette exigence israélienne avait fait dérailler les plans », visant à annoncer un accord cette semaine. Ce nouveau point de blocage n’avait pas été révélé jusqu’à présent.
Le département d’État américain, le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministère syrien des Affaires étrangères n’ont pas répondu aux questions sur les contours de l’accord ni sur les points de friction.
L’émissaire américain Tom Barrack avait pourtant évoqué mardi l’imminence de la conclusion d’un accord de « désescalade » selon lequel Israël devrait cesser ses attaques visant la Syrie, tandis que cette dernière acceptera de ne pas déplacer d’équipements militaires lourds près de la frontière israélienne.
L’État hébreu, qui compte une minorité druze de 120 000 personnes dont les hommes servent dans son armée, a affirmé à maintes reprises qu’il protégerait cette communauté et a conduit des frappes militaires en Syrie sous prétexte de la défendre. La Syrie de son côté est la cible d’attaques et d'incursions répétées d’Israël depuis la chute du régime de Bachar el-Assad le 8 décembre dernier. Si les deux pays restent techniquement en état de guerre, ils ont ouvert des négociations directes pour parvenir à un accord que Damas espère voir aboutir à l’arrêt des frappes aériennes et au retrait des troupes israéliennes présentes dans le sud de la Syrie.
Depuis, des représentants des deux pays se sont rencontrés à plusieurs reprises. Lundi, le président Ahmad el-Chareh avait écarté toute reconnaissance d’Israël dans l’immédiat. Souhaitant donner des gages à l'administration américaine, dont il espère la levée complète et permanente des sanctions, le président syrien a promis à New York de « lutter contre le sectarisme » et de « traduire en justice tous ceux impliqués dans le bain de sang ». « Nous avons formé des commissions pour établir les faits et accordé l'accès aux missions d'enquête des Nations unies », a-t-il souligné au sujet des massacres interconfessionnels de ces derniers mois.


