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Politique - Repère

Le Liban et l'ONU : 80 ans en quatre moments-clés

En 1948, Charles Malek, grande figure politique libanaise, a corédigé la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Le Liban et l'ONU : 80 ans en quatre moments-clés

Un soldat de la Finul face à la ligne bleue, au niveau du village frontalier avec Israël de Alma el-Chaab (caza de Tyr), le 16 septembre 2025. Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour

Moins de deux ans séparent l'indépendance du Liban, le 22 novembre 1943, de la création de l'Organisation des Nations unies le 24 octobre 1945, dont le pays du Cèdre, qui a signé sa Charte le 26 juin 1945, est l'un des membres fondateurs, aux côtés de 50 autres pays. Alors que s'est ouverte lundi à New York la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies, tournée vers la question palestinienne à l'ombre de la guerre de Gaza, L'Orient-Le Jour revient sur les relations entre l'ONU et le Liban, en quatre moments-clés.

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1948 : le moment Charles Malek

L'on doit à Charles Malek, penseur et diplomate libanais, la consécration du rôle primordial du Liban dans la mise sur pied en 1948 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU (DUDH). Président de la commission ayant élaboré le texte final, il a corédigé le célèbre préambule de cette déclaration et rédigé l'article 18 sur le droit à la « liberté de pensée, de conscience et de religion ». Diplomate chevronné, Charles Malek a également réussi à convaincre certains pays, dont l'Arabie saoudite, de ne pas voter contre le texte, rappelle le chercheur Tony Nasrallah, dans un article paru en 2021.

En 1949, un an après la « Nakba », l’exode de près de 700 000 Palestiniens suite à la guerre israélo-arabe de 1948, Charles Malek, alors représentant permanent du Liban à l'ONU, écrit que « l'échec (arabe) est certain si (...) le monde fait face à Israël avec les mêmes politiques incohérentes, indifférentes et improvisées, comme il l'a fait dans le passé, et si le monde arabe ne confronte pas ses propres maux ». Des écrits qu'avait rapportés en 2015 l'actuel Premier ministre libanais Nawaf Salam, lorsqu'il était ambassadeur du Liban à l'ONU, lors du 67e anniversaire de l'adoption de la DUDH.

1978 : première invasion israélienne et création de la Finul

« Vote spectaculaire hier au Conseil de sécurité » titrait L'Orient-Le Jour, le 20 mars 1978. La veille, l'ONU, par les résolutions 425 et 426, réclamait le retrait des troupes israéliennes et instituait la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), forte d'un contingent de 4 000 hommes, suite à la première invasion par Israël du Liban-Sud, dans le cadre de son « opération Litani » qui avait fait 1 186 civils tués, 285 000 déplacés vers la banlieue sud de Beyrouth, et 82 villages endommagés, dont six entièrement détruits.

La Une de L'Orient-Le Jour du 20 mars 1978.
La Une de L'Orient-Le Jour du 20 mars 1978.

À la suite du vote de l'ONU, Ghassan Tuéni, alors ambassadeur du Liban auprès de l'ONU, avait déclaré qu'une « résolution ne ramène pas la vie aux morts et ne reconstruit pas les maisons. Mais elle restaure notre confiance dans la communauté internationale », selon notre quotidien.

1982 : deux résolutions ne contiennent pas Israël

Deux résolutions onusiennes ne suffiront pas en juin 1982 à contenir l'armée israélienne, bien décidée à en finir avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) au Liban. Les 5 et 6 juin, Israël bombarde massivement des camps palestiniens au Liban-Sud et au sud de Beyrouth, faisant plus de 200 tués.

Le 6 juin, le Conseil de sécurité de l'ONU, saisi par le Liban, adopte unanimement la résolution 508 en vertu de laquelle un cessez-le-feu immédiat est réclamé. Mais Israël lance le lendemain l'opération « Paix en Galilée » : son armée envahit le Liban, jusqu'à la capitale Beyrouth, avec plus de 70 000 hommes, passant outre une nouvelle résolution du Conseil de sécurité (509) votée le jour même, appelant au retrait de l'armée israélienne du Liban, qui restera dans le Sud jusqu'en 2000.

Les années 2000, l'occupation syrienne et la guerre de 33 jours

Les années 2000 sont marquées par une série de décisions de l'ONU à l'encontre de l'occupation syrienne au Liban, au premier rang desquelles le résolution 1559, votée le 2 septembre 2004 et appelant au « retrait des troupes étrangères » du Liban, ainsi qu'au désarmement de toutes les milices, « libanaises et non libanaises». Une allusion claire au Hezbollah, allié de Damas à l'époque et seule formation à ne pas avoir remis ses armes après la fin de la guerre civile.

Dans ce contexte de polarisation accrue, une vague d'attentats contre des figures souverainistes a lieu, dont l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005 à Beyrouth. Le gouvernement libanais demande alors à l’ONU de créer un tribunal international spécial pour poursuivre et condamner les responsables, ce qui conduira à la création du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), entré en fonction le 1er mars 2009, et qui condamne en 2022 des membres du Hezbollah pour ce crime.

Alors que les troupes syriennes achèvent leur retrait du Liban le 26 avril 2005, une grande pancarte à Madfoun (Liban-Nord) brandit « Merci l'ONU pour la 1559 ».

La Une de L'Orient-Le Jour du 3 septembre 2004.
La Une de L'Orient-Le Jour du 3 septembre 2004.

L'année suivante, les Nations unies votent la résolution 1680, le 17 mai 2006, appelant notamment à délimiter la frontière poreuse entre le Liban et la Syrie, enjeu de souveraineté pour le pays du Cèdre. Ce dialogue n'a débuté que depuis décembre 2024, suite à la chute du régime de Bachar el-Assad, après 24 ans de dictature.

Toujours en 2006, mais sur un autre front cette fois, et pour mettre fin à la guerre de « juillet » ayant duré 33 jours, entre le Hezbollah et Israël, l'ONU vote le 11 août la résolution 1701, exigeant notamment le retrait du sud du Litani des troupes israéliennes, ainsi que du Hezbollah, en échange du déploiement de l'armée libanaise dans cette zone. Le rôle de la Finul est considérablement accru à cette occasion et 11 000 Casques bleus sont déployés au sud du Litani.

C'est cette résolution qui a inspiré l'accord de cessez-le-feu signé entre Israël et le Liban le 27 novembre 2024, après treize mois d'une nouvelle guerre entre l'État hébreu et le Hezbollah, suite à l'ouverture d'un « front de soutien » à Gaza par le parti chiite, au lendemain du 7 octobre 2023. Le mandat de la Finul a quant à lui été renouvelé « pour une dernière fois », pour seize mois, le mois dernier. Après 48 ans, le Liban devrait débuter une nouvelle phase en 2027 sans Casques bleus.

Moins de deux ans séparent l'indépendance du Liban, le 22 novembre 1943, de la création de l'Organisation des Nations unies le 24 octobre 1945, dont le pays du Cèdre, qui a signé sa Charte le 26 juin 1945, est l'un des membres fondateurs, aux côtés de 50 autres pays. Alors que s'est ouverte lundi à New York la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies, tournée vers la question palestinienne à l'ombre de la guerre de Gaza, L'Orient-Le Jour revient sur les relations entre l'ONU et le Liban, en quatre moments-clés. Lire aussi Joseph Aoun à New York : un programme chargé et des enjeux diplomatiques majeurs 1948 : le moment Charles MalekL'on doit à Charles Malek, penseur et diplomate libanais, la consécration du rôle primordial du Liban dans la mise sur pied en 1948 de la Déclaration universelle...
commentaires (3)

Bonjour, dans cet article, vous dites l’ex premier ministre Rafik Hariri, j’aurais aimé que vous dites LE premier ministre car, il l’était quand il a été assassiné.

Rêveur du Liban d’avant.

08 h 45, le 26 septembre 2025

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Commentaires (3)

  • Bonjour, dans cet article, vous dites l’ex premier ministre Rafik Hariri, j’aurais aimé que vous dites LE premier ministre car, il l’était quand il a été assassiné.

    Rêveur du Liban d’avant.

    08 h 45, le 26 septembre 2025

  • Wadih Naim, Ministre de l’intérieur était le chef de la délégation Libanaise lors de la création de l’ONU en 1945. Il aurait été pertinent de le mentionner ainsi que les autres membres de la délégation. L’héritage intellectuel de Malek n’est pas à négliger, comme vous le montrez. Revenir sur ces chapitres importants de l’histoire Libanaise est nécessaire et nous ramène avec nostalgie à des temps irrémédiablement disparus.

    T P N

    01 h 20, le 24 septembre 2025

  • Il est inconcevable que le Liban, un des pays membres fondateurs de l’ONU soit traité par dessus la j… Depuis son existence, cette honorable organisation ne nous a été d’aucune utilité, d’autant que ses mises en garde incessantes contre l’agresseur se limitaient aux condamnations suite à chaque round de bombardements. Le grand Charles Malek doit se retourner dans sa tombe. les agressions israéliennes contre le

    Hitti arlette

    14 h 10, le 23 septembre 2025

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