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Points de vue - Syrie

Chareh reproduit-il l’erreur de Fayçal ?


Chareh reproduit-il l’erreur de Fayçal ?

Le président intérimaire syrien, Ahmad el-Chareh. Photos d'archives AFP

Il y a plus d’un siècle, le roi Fayçal Ier a organisé des élections indirectes dans le royaume arabe syrien, qui n’a pas fait long feu. L’objectif était de consolider son pouvoir et d’asseoir sa légitimité aux yeux des puissances étrangères. Cependant, le congrès qui en a résulté a eu l’effet inverse : il s’est opposé au programme de Fayçal de l’intérieur, tandis qu’en moins d’un an, la France a envahi Damas, et la Syrie est passée sous mandat français.

Dans les jours à venir, le président par intérim syrien Ahmad el-Chareh tentera une manœuvre similaire. Des sous-comités dans les 14 régions de Syrie, nommés par un organe suprême choisi par lui, réuniront des collèges électoraux composés de membres de la société civile afin de sélectionner les députés du nouveau congrès.

À l’instar des élections de Fayçal, elles ne contribueront guère à améliorer la position de son gouvernement à l’étranger. Cependant, alors que le congrès de Fayçal avait réussi à faire reculer l’exécutif, le processus plus centralisé de Chareh semble peu susceptible de donner aux élus syriens les moyens de faire de même. Il pourrait en résulter un Parlement trop aligné pour offrir un véritable contrepoids à l’exécutif au niveau national, et trop peu convaincant pour donner à M. Chareh la crédibilité qu’il recherche à l’étranger.

Le précédent du Congrès arabe syrien

Au milieu de l’année 1919, le royaume arabe syrien de Fayçal était en crise. Son gouvernement restait dépendant des fonds britanniques, tandis que les agents français à Beyrouth et Damas courtisaient activement les élites politiques rivales afin de saper son autorité. La réponse de Fayçal fut de convoquer un congrès représentatif avec un double objectif : canaliser les énergies nationalistes vers le soutien à son régime et montrer aux puissances européennes la légitimité populaire et la maturité politique du pays.

Les élections de 1919 étaient indirectes. Les électeurs choisis lors des élections ottomanes précédentes de 1913 se sont réunis à nouveau dans leurs circonscriptions pour sélectionner les députés du Congrès syrien. De nombreux sièges sont restés vacants dans les circonscriptions dissidentes comme le Mont-Liban, où l’Église maronite appelait à la création d’un Liban séparé, ou la Palestine, où les dirigeants sionistes prônaient l’indépendance. Néanmoins, le Congrès qui en résulta était remarquablement diversifié pour un État âgé d’à peine un an, réunissant des sunnites, des alaouites, des druzes, des chrétiens et des juifs des zones urbaines et rurales de Syrie.

Le Congrès était composé en grande partie de notables conservateurs, mais les voix les plus fortes étaient celles des nationalistes qui réclamaient l’indépendance totale. C’est ce dernier groupe qui a fixé l’ordre du jour du Congrès. Au cours des derniers mois, ils ont contraint Fayçal à limoger son Premier ministre pour avoir refusé de s’opposer à la France, à nommer l’un des leurs à sa place et à former un cabinet plus radical. Le Congrès, élu au suffrage indirect, a pris les rênes du pouvoir, laissant le royaume déterminé à lutter contre la France pour son indépendance jusqu’au bout.

Pourtant, malgré toute sa diversité et sa volonté de restreindre le pouvoir exécutif, le congrès de Fayçal fut discrédité à l’étranger en raison du mode de scrutin. « Le soi-disant Congrès syrien n’a aucun mandat », déclara ainsi Le Journal des débats, utilisant un argument qui sera repris au cours des décennies suivantes.

Similitudes et différence fondamentale

La semaine prochaine aussi, le peuple syrien ne votera pas : M. Chareh nommera un tiers des délégués, tandis que les autres seront choisis par des comités régionaux créés par un « comité supérieur » qu’il aura lui-même conçu. Deux régions – le Nord-Est kurde et Soueida, à majorité druze – seront exclues des élections. Les partisans du nouveau gouvernement soulignent les mesures en faveur de la diversité comme un signe de progrès : un quota de 20 % de femmes à tous les niveaux et la création d’un comité suprême réunissant des personnalités de tous les horizons politiques. Cependant, ces mesures n’ont guère rassuré les Syriens, méfiants face au renforcement de l’emprise autoritaire de Chareh et à son manque de contrôle sur ses forces de sécurité.

Le nouvel homme fort de Damas se trouve aujourd’hui dans une situation étonnamment similaire à celle de Fayçal il y a un siècle. Financièrement, sa dépendance aux fonds qataris et saoudiens approuvés par les États-Unis rappelle celle de Fayçal vis-à-vis des Britanniques. Les deux dirigeants ont cherché à obtenir le soutien et la légitimité des puissances américaines et européennes, et tous deux ont exclu les groupes minoritaires locaux dans le processus, qu’il s’agisse des maronites sous le règne de Fayçal ou des Kurdes et des druzes sous celui de M. Chareh.

De plus, le Parlement actuel est à bien des égards issu de la même logique. Au niveau interne, alors que Fayçal cherchait à canaliser la ferveur nationaliste pour soutenir son régime, M. Chareh semble le considérer comme un moyen de renforcer son autorité et de contenir l’opposition. Sur le plan international, il semble espérer que les élections et les promesses de représentation des minorités contribueront à préserver le soutien des puissances occidentales et de leurs États clients dans le Golfe, tout comme Fayçal espérait impressionner les puissances coloniales à Paris.

Il existe toutefois une différence fondamentale : les élections de Fayçal, malgré tous leurs défauts, étaient au moins arbitrées par des électeurs préalablement élus, ce qui donnait aux députés la possibilité de résister au roi et d’affirmer leurs propres priorités. En revanche, le système actuel laisse peu de place à l’autonomie politique et à l’équilibre des pouvoirs.

Les élections à venir semblent donc vouées à l’échec pour les deux parties concernées : le peuple syrien et M. Chareh lui-même. Pour les Syriens, l’exclusion de régions entières, l’absence de véritable choix et la mainmise du président sur les nominations laissent présager que le nouveau Parlement ne sera pas un organe véritablement représentatif. Pour le gouvernement de transition, cette structure étroitement contrôlée sera probablement encore plus vulnérable aux critiques de la communauté internationale.

Comme Fayçal avant lui, Ahmad el-Chareh pourrait bientôt découvrir que la légitimité démocratique au niveau national et le soutien politique et économique à l’étranger ne peuvent être obtenus par la seule volonté des dirigeants. Pour connaître un destin différent, il faudra adopter une approche plus inclusive et participative.

Par Haddon BARTH

Étudiant en histoire à l’Université de Princeton.

Il y a plus d’un siècle, le roi Fayçal Ier a organisé des élections indirectes dans le royaume arabe syrien, qui n’a pas fait long feu. L’objectif était de consolider son pouvoir et d’asseoir sa légitimité aux yeux des puissances étrangères. Cependant, le congrès qui en a résulté a eu l’effet inverse : il s’est opposé au programme de Fayçal de l’intérieur, tandis qu’en moins d’un an, la France a envahi Damas, et la Syrie est passée sous mandat français.Dans les jours à venir, le président par intérim syrien Ahmad el-Chareh tentera une manœuvre similaire. Des sous-comités dans les 14 régions de Syrie, nommés par un organe suprême choisi par lui, réuniront des collèges électoraux composés de membres de la société civile afin de sélectionner les députés du nouveau congrès.À l’instar...
commentaires (2)

il y a + d'un siecle .... LA LAISSE ET VEUT TOUT DIRE mais pas ce que je lis. Ca veut dire que l'histoire meme recente n'est que- a peine- un rappel historique non pas une crainte de repetition .

L’acidulé

13 h 37, le 20 septembre 2025

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Commentaires (2)

  • il y a + d'un siecle .... LA LAISSE ET VEUT TOUT DIRE mais pas ce que je lis. Ca veut dire que l'histoire meme recente n'est que- a peine- un rappel historique non pas une crainte de repetition .

    L’acidulé

    13 h 37, le 20 septembre 2025

  • Les" collèges électoraux" c'est quoi?

    M.Z

    12 h 56, le 20 septembre 2025

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