Depuis mon enfance, j’ai admiré les héros. Mais j’ai vite appris, dans les blessures de mon adolescence, que le proverbe était trompeur : les héros ne portent pas toujours de cape. Dans notre histoire, ce sont souvent les zéros qui en portent. Et c’est bien à cause de toi – toi qui prétends gouverner mais qui détruis, toi qui caches ta lâcheté derrière des symboles, des drapeaux et des discours vides – que 1 366 Libanais, ces dix dernières années, ont mis fin à leurs jours.
Je m’appelle Marc Souaid, j’ai 15 ans, et voici mon histoire.
Aujourd’hui, 60 % des Libanais vivent sous le seuil de pauvreté. Il ne reste donc que 40 % qui échappent à cette misère. Parmi eux, 20 % constituent la classe moyenne, endurant pour payer le loyer, les taxes, l’école. De ce groupe, 19 % vivent relativement aisément, souvent grâce à un héritage ou à la persévérance dans leur profession.
Et puis, il y a 1 % : le sommet de la pyramide. Nos zéros. Ceux qui portent les capes dans cette histoire inversée. Ceux qui décident, qui prospèrent et qui détruisent sans jamais rendre de comptes.
J’ai vu le Liban s’effondrer d’un jour à l’autre. Une explosion au port de Beyrouth m’a arraché un proche, laissant un vide impossible à combler. La pandémie a emporté mes grands-parents, laissant ma famille orpheline de leurs conseils et de leur amour. La crise économique a détruit des amis, brisé des familles, vidé les rues de l’espoir.
Et moi, qu’ai-je fait ? J’ai écrit. J’ai parlé. J’ai crié dans le silence, dans l’indifférence, dans le bruit des discours vides et des promesses mensongères. J’ai regardé mes camarades fuir le pays, et j’ai décidé que je ne partirai pas sans témoigner. Parce que rester silencieux serait accepter que tout cela devienne normal.
Chaque jour, je vois le pays se déliter autour de moi. Chaque sourire qui disparaît, chaque lumière qui s’éteint, chaque rêve brisé, me rappelle que le Liban n’est pas seulement en crise économique : il est en crise de conscience et de courage.
« Être héros, ou être zéros ? » C’est bien la question. Mais j’ai peur qu’il ne soit hélas trop tard.
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Continuez à écrire, ce que vous faites très bien, Marc. C'est par les écrits que l'histoire se fait, que le souvenir demeure et que les morts deviennent immortels !
16 h 39, le 21 septembre 2025