Le Casino du Liban. Crédit DR
La chambre d’accusation du Mont-Liban présidée par Fadi Aridi a réceptionné mercredi le dossier des jeux en ligne illégaux relatif au Casino du Liban et à la société de services OSS (Onlive Support Services), elle-même liée par un contrat de gestion avec le Casino du Liban, via Betarabia, opérateur légal des jeux. Il s’agit d’une affaire de corruption favorisée par l’ouverture de nombreuses salles de jeux dans plusieurs régions du pays, alors que cette pratique est interdite dans le contrat en question, conformément à la loi qui réserve l’exclusivité géographique de ces jeux dans l’enceinte du Casino du Liban. Cette extension illégale serait à l’origine d’un vaste marché noir impliquant une dilapidation de plusieurs millions de dollars, qui auraient dû revenir à l’État.
La chambre d’accusation avait été saisie le 8 septembre par un recours du parquet d’appel du Mont-Liban, présidé par le procureur général Sami Sader, contre l’acte d’accusation rendu trois jours plus tôt par le juge d’instruction près la cour d’appel du Mont-Liban, Tarek Bou Nassar. Ce dernier avait retenu le délit de dilapidation de fonds publics contre les PDG du Casino du Liban et d’OSS, Roland Khoury et Jad Gharios, tandis que des poursuites pour crime de détournement de fonds publics avaient été engagées, en juillet dernier, par le parquet financier, alors présidé par Dora el-Khazen. La nuance est importante, indique une source judiciaire à L’Orient-Le Jour : le juge Bou Nassar a considéré que pour qu’il y ait crime, il faut que le prévenu soit un fonctionnaire de l’État. Or, selon lui, ni M. Khoury ni M. Gharios ne sont des fonctionnaires, le Casino du Liban n’étant pas un établissement public et OSS étant une société privée de services. En revanche, le parquet financier avait considéré que le détournement de fonds de l’État de la part de toute personne qui les gère constitue un crime.
Avant de transférer le dossier au parquet d’appel, le parquet financier avait également soupçonné MM. Khoury et Gharios pour des délits de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. Si le juge Bou Nassar a accusé les deux hommes de ces mêmes délits, il n’a pas toutefois retenu celui d’enrichissement illicite. Ce dernier point est vraisemblablement un autre motif du recours du parquet d’appel, estime la source précitée, indiquant que celui-ci aurait également contesté la remise en liberté d’une douzaine de propriétaires de « lounges » (salles de jeux) sous caution financière.
Outre le juge Aridi, la chambre d’accusation est composée de Maya Oueidate et Inès Maatouk. Ces deux dernières ont été désignées par intérim après que les deux assesseures titulaires se sont désistées de l’examen de l’affaire, pour motifs de parenté l’une avec l’avocat de l’un des suspects et l’autre avec un magistrat du parquet d’appel du Mont-Liban qui avait pris des mesures dans l’affaire.


