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Les bémols de Doha


De la conférence au sommet arabo-islamique de Doha il serait sans doute abusif de dire que la montagne a accouché d’une souris. Après tout, les 70 pays qui y ont participé n’ont pas tari de témoignages de solidarité avec l’émirat du Qatar, dont la capitale était bombardée la semaine dernière par Israël. Ils ont appelé à une réévaluation des rapports qu’entretiennent nombre d’entre eux avec Israël et pressé les États-Unis d’user de leur influence pour assagir Netanyahu.

Mais les vœux pieux restent immuablement des vœux pieux quand ils ne sont pas accompagnés de mesures concrètes, notamment aux plans économique et commercial : des mesures surtout immédiates, répondant précisément à la soudaineté de l’inconcevable agression perpétrée contre un terrain neutre qui s’est donné la médiation comme raison de figurer en bonne place sur la carte diplomatique à l’échelle mondiale. Aucun des adeptes de la normalisation n’a ainsi annoncé qu’il gelait son business avec Israël, et cela à l’heure où l’Espagne annulait des contrats d’achat d’armements israéliens d’un montant d’un milliard d’euros. Quant aux doléances élevées à Washington, elles relèvent davantage de la supplique que de l’exigence claire et ferme, compte tenu de la dépendance sécuritaire ( les royaumes pétroliers du Golfe ) ou financière ( l’Égypte ) qui est celle des poids lourds arabes envers l’Amérique.

Si bien que le seul trait de perspicacité qui a illuminé quelque peu ce sommet de pure convenance aura été cette conviction exprimée par plusieurs intervenants, dont le souverain hôte et le président du Liban : en s’attaquant aux négociateurs du Hamas dans les murs du médiateur qatari, c’est la négociation – et avec elle les bons offices – que les Israéliens ont cherché à tuer. Tout accord sur Gaza et la libération des otages entraînerait aussitôt en effet la démission des ministres israéliens d’extrême droite et donc la chute du gouvernement, ce qui laisserait Bibi en proie à ses démêlés judiciaires. Pour cette raison les congressistes n’avaient d’autre choix que de confirmer le Qatar dans sa vocation d’irremplaçable intermédiaire. Cette option est vigoureusement partagée d’ailleurs par une Amérique qui depuis l’avènement de Trump a jeté aux orties son rôle d’honnête courtier et a aujourd’hui un mal de chien à assumer ne serait-ce que celui de médiateur.

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Qu’on en juge donc par le numéro de contorsionniste auquel vient de se livrer Marco Rubio dans la région. Sans omettre de proclamer l’indéfectible soutien de Washington à l’entreprise d’anéantissement du Hamas, le chef de la diplomatie US a souligné à Tel-Aviv que le Qatar était le seul pays au monde capable d’aider à mettre fin au conflit de Gaza. Il a mis en garde contre toute reconnaissance massive de l’État palestinien, laissant entendre qu’un tel développement aurait pour effet l’annexion par Israël des territoires occupés. À Doha par contre, Rubio s’est fait l’écho des assurances publiques de Donald Trump selon lesquelles ce royaume ne serait plus jamais dans le collimateur d’Israël. Aux émirs (qui ne demandaient qu’à se laisser convaincre ) il a demandé de persévérer dans leur irremplaçable mission, reconnaissant que le pacte de défense américano-qatari avait manifestement grand besoin d’être étoffé.

Reste à se demander comment Washington va s’y prendre pour porter deux pastèques d’une seule main. Par ses décisions aussi imprévisibles qu’intempestives, ce ne sont certes pas Donald Trump et ses yes men qui pourraient redonner du lustre à une politique étrangère américaine tantôt inconséquente et tantôt criante d’asservissement au protégé israélien. Dans les années cinquante déjà, Churchill passait pour avoir dit du diplomate en chef US de l’époque John Foster Dulles : C’est le seul éléphant de ma connaissance qui se promène avec son propre magasin de porcelaine. À l’heure où c’est une commission de l’ONU qui, à son tour, accuse Israël de génocide, c’est dans le bain de sang de Gaza que patauge cette fois le pachyderme yankee.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

De la conférence au sommet arabo-islamique de Doha il serait sans doute abusif de dire que la montagne a accouché d’une souris. Après tout, les 70 pays qui y ont participé n’ont pas tari de témoignages de solidarité avec l’émirat du Qatar, dont la capitale était bombardée la semaine dernière par Israël. Ils ont appelé à une réévaluation des rapports qu’entretiennent nombre d’entre eux avec Israël et pressé les États-Unis d’user de leur influence pour assagir Netanyahu.Mais les vœux pieux restent immuablement des vœux pieux quand ils ne sont pas accompagnés de mesures concrètes, notamment aux plans économique et commercial : des mesures surtout immédiates, répondant précisément à la soudaineté de l’inconcevable agression perpétrée contre un terrain neutre qui s’est donné la médiation comme...