Il faut écouter et lire des psychologues, psychiatres et psychanalystes, libanais et arabes en général, cantonnés dans des perspectives exclusivement individuelles de frustration, de traumatisme infantile, de libido et de meurtre du père !… Or de graves problèmes ravagent aujourd’hui des démocraties dites consolidées, avec démagogie, populisme, manipulation, imposture et, au Liban en particulier, sociopathie de nouvelles formations politiques.
La source profonde de ces problèmes ravageurs réside dans l’inconscient et subconscient, pas individuel, mais collectif, dans la psycho-histoire et la psychanalyse politique ! Des psychiatres éminents expriment de profondes inquiétudes à propos du désastre au Liban, mais procèdent à des analyses dans le style politique en vogue sur le marché des opinions, sans approche minimale en psychologie et psychanalyse dans une perspective collective et publique.
Des travaux pertinents et prémonitoires d’autrefois, ceux notamment de Sélim Abou, s.j., Mounir Chamoun, Jean Salem, Joseph Mouannès, Paul Grieger… en ce qui concerne la culture, l’acculturation et le peuple libanais n’ont pas eu de suite. Des travaux d’historiens sur la mémoire après les guerres multinationales au Liban en 1975-1990 versent, quant à la thérapie, dans des considérations exclusivement de réconciliation ou de changement institutionnel, sans approche en psycho-histoire dans les mentalités, les comportements et les imaginaires collectifs des communautés.
Je suis fort reconnaissant à nombre d’auteurs, notamment à Mounir Chamoun, qui, s’il était encore vivant, aurait procédé à l’inauguration au Liban d’une psychologie, psychiatrie et psychanalyse, en fin Libanais, avec des perspectives opérationnelles de remédiation. Mounir Chamoun disait au cours d’une rencontre en avril 1989 au bureau pédagogique des Saints-Cœurs : « Nous avons beaucoup le sens de la relation, mais non de la construction collective. » Il m’avait sollicité la rédaction d’une étude, en proposant lui-même le titre suivant si pertinent : Le citoyen et l’État en suspens, étude parue dans Travaux et jours (n° 88, 2014, pp. 59-78).
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Penser, au Liban, la citoyenneté, la vie collective, dans une perspective étatique, c’est complètement nouveau, inédit, étranger à toute la psychologie conventionnelle, psychiatrie et psychanalyse au Liban ! Marie-Thérèse Khair Badawi, Christine Babikian et d’autres sont fort sensibles à cette dimension inaccoutumée au Liban.
Suis-je dans cette analyse en train d’empiéter sur des spécialités qui me sont étrangères ? Nullement. Si psychologie, psychiatrie et psychanalyse sont des sciences humaines, il est impératif de ne pas négliger la psychologie sociale et la socioanalyse de tout phénomène.
La déficience provient chez des psychologues, psychiatres et psychanalystes du manque de suivi des développements dans le monde et de publications qui traitent de l’exigence d’élargissement du champ d’investigation, d’action et de thérapie de ces trois disciplines.
Je ne vais plus lire des écrits de psychologues, psychiatres et psychanalystes libanais sur la situation politique générale au Liban avec des clichés de libido, traumatisme infantile, meurtre du père !… Tout cela doit faire sursauter Freud lui-même ! (Roger Dadoun, La psychanalyse politique, Que sais-je?, 1995, n° 2948). Nombre de psychanalystes, notamment en Autriche, ont depuis longtemps soulevé la dimension sociale de la psychanalyse (Igor A. Caruso, La psychanalyse est-elle sociale?, Esprit, mars 1961, pp. 420-437).
Raphael Patai avait écrit : The Arab Mind (1973). Le patrimoine arabe de culture, de gestion du pluralisme, d’apport à la civilisation mondiale… est sérieusement menacé, parce qu’on ne s’est jamais penché sur le collectif psychologique, non pas tribal, car les tribus sont régies par des coutumes et normes, mais plutôt pré-tribal, grégaire, non rationnel !… Mounir Chamoun expliquait d’ailleurs dans une étude fort profonde pourquoi la psychanalyse n’est pas développée dans le monde arabe.
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L’ouvrage de la Chaire Unesco d’étude comparée des religions, de la médiation et du dialogue à l’USJ : État et vivre ensemble au Liban : Culture, mémoire et pédagogie (USJ, 2023) tente de défricher des jalons d’une acculturation libanaise de l’État, désormais au moyen d’une historiographie mémorielle à la fois scientifique et réaliste.
L’exigence actuelle et mondiale d’élargir le champ d’investigation de la psychanalyse au politique est développée par plusieurs auteurs (Pierre Hassner, La revanche des passions : Métamorphoses de la violence et crise du politique, Fayard, 2015 ; Hervé Mazurel, L’inconscient ou l’oubli de l’histoire : Profondeurs, métamorphoses et révolutions de la vie affective, La Découverte, 2021,
590 p.).
Antoine MESSARRA
Chaire Unesco – USJ
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Tout a fait juste. Mais cela indique malheureusement que vous n'avez pas lu mes articles, ni mon livre. Merci.
15 h 13, le 15 septembre 2025