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Points de vue - Point De Vue

La bataille pour la souveraineté du Liban ne se limite pas aux armes

La bataille pour la souveraineté du Liban ne se limite pas aux armes

Des soldats déployés dans la banlieue sud de Beyrouth lors d’un convoi du Hezbollah, le 7 août 2025. Photo d’illustration : Ibrahim Amro/AFP

Début août 2025, le gouvernement libanais a approuvé une décision historique, bien que profondément polarisante : charger les Forces armées libanaises (FAL) d’élaborer un plan visant à placer toutes les armes sous le contrôle de l’État d’ici à la fin de l’année. Largement considérée comme la première étape officielle vers le désarmement du Hezbollah, cette décision a immédiatement suscité une vive réaction. Quatre ministres chiites ont quitté la séance du gouvernement, les dirigeants du Hezbollah l’ont dénoncée comme un « péché grave », et des avertissements ont suivi : toute intervention sous le feu israélien continu entraînerait des représailles.

Cet épisode cristallise le dilemme du Liban en matière de souveraineté. Celle-ci est souvent définie comme le monopole de l’État sur l’usage de la violence et son indépendance en matière d’affaires étrangères, fondée sur des institutions fonctionnelles, la stabilité fiscale et la légitimité. Le Liban ne dispose d’aucun de ces éléments. Dans ces circonstances, l’approche axée sur la sécurité actuellement mise en œuvre est fondamentalement erronée. Le Liban ne peut pas reconstruire sa souveraineté par le haut uniquement grâce à la consolidation militaire. Elle doit être fondée sur la légitimité politique, l’autonomie budgétaire et la capacité institutionnelle. Et cela commence par affronter la réalité de la situation actuelle, caractérisée par quatre défis principaux.

Souveraineté assiégée

Premièrement, la guerre menée par Israël contre le Liban en 2024 a fait plus de 4 000 morts, dont 316 enfants, et déplacé plus d’un million de personnes. Malgré un cessez-le-feu en novembre, Israël a commis plus de 5 000 violations et continue d’occuper des positions au sud du fleuve Litani. De plus, Israël continue de violer la souveraineté du Liban et d’assassiner des individus, plus de 300 depuis la conclusion du cessez-le-feu, avec le soutien continu, explicite ou non, des États-Unis et des puissances occidentales. Deuxièmement, l’effondrement du régime Assad en décembre 2024 n’a pas comblé le vide sécuritaire le long de la frontière syrienne. En mars, des affrontements ont éclaté entre des clans libanais dans les zones frontalières et les forces armées fidèles aux nouvelles autorités syriennes dirigées par Hay’at Tahrir al-Cham (HTS). Troisièmement, le Hezbollah opère comme un puissant acteur armé parallèle, intégré dans la stratégie régionale de l’Iran et solidement implanté dans des zones négligées par l’État. Enfin, l’aide militaire occidentale, telle que les 95 millions de dollars débloqués par les États-Unis en mars, est de plus en plus liée au rôle des FAL dans la « maîtrise du Hezbollah et de l’Iran », ce qui limite l’autonomie politique.

Dans l’ensemble, ces dynamiques signifient que le débat sur la souveraineté ne porte pas uniquement sur le statut des armes du Hezbollah. Il s’agit de savoir si l’État libanais peut agir de manière indépendante face aux acteurs nationaux disposant d’un droit de veto et aux conditions externes. Cette indépendance dépend non seulement de la volonté politique d’agir, mais aussi de la capacité à le faire.

Armée dépassée

Chargées d’assurer la sécurité du Sud, de sécuriser la frontière syrienne et d’assumer le rôle dissuasif du Hezbollah, les FAL sont censées assurer la défense nationale tout en restant neutres dans un pays profondément divisé sur leur mission.

Or, leurs ressources rendent cette mission peu plausible. Le budget de la défense pour 2025 s’élève à 800 millions de dollars, dont 67 % sont consacrés aux salaires. Une fois les coûts opérationnels déduits, il ne reste que 24 millions de dollars, soit 3 %, pour la formation, la modernisation et l’équipement. Les directives de l’OTAN préconisent de consacrer 20 % à la modernisation, tandis qu’Israël dépense plus de 5 milliards de dollars par an rien qu’en recherche et développement militaire. La disparité est stupéfiante : par soldat, le Liban dépense 10 600 dollars par an, contre 273 560 pour Israël.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de chiffres, mais aussi de dépendance stratégique. Les FAL dépendent presque entièrement des donateurs étrangers pour leur carburant, leur équipement et leur logistique. Cette dépendance limite leur indépendance opérationnelle, sape leur crédibilité stratégique et expose l’institution à des pressions politiques.

Ce décalage entre mandat et moyens soulève une question plus difficile : si le Liban ne peut ni financer ni équiper l’armée pour qu’elle remplisse le rôle qui lui a été assigné, quelles options stratégiques lui reste-t-il ?

Reconstruire à partir de la base

Pour que le Liban retrouve sa légitimité, il faut démanteler le système de patronage confessionnel et le remplacer par un cadre politique laïc et un système électoral proportionnel qui permette une véritable représentation interconfessionnelle et fondée sur les classes sociales. Ce n’est qu’à travers un tel changement que l’autorité politique pourra s’ancrer dans un large consensus plutôt que dans des accords confessionnels étroits.

Mais la légitimité sans capacité est vaine. La souveraineté fiscale doit être rétablie grâce à une fiscalité progressive et à une réduction de la dépendance vis-à-vis des financements étrangers. L’indépendance économique dépend également de la réorientation des investissements vers les secteurs productifs et les régions historiquement marginalisées, rompant ainsi avec le modèle d’après-guerre de croissance tirée par la finance qui a accentué la dépendance et les inégalités. Enfin, l’État doit réaffirmer son rôle de principal fournisseur de services essentiels, rétablissant ainsi le contrat social sur lequel repose une souveraineté significative.

Si l’État est capable de défendre ses frontières, de fournir des services et de protéger les droits de ses citoyens, les raisons sociales et politiques justifiant l’armement du Hezbollah s’affaibliront. Le désarmement serait alors le résultat naturel du rétablissement de la crédibilité de l’État.

La véritable souveraineté ne peut être déclarée par des votes du cabinet ou des communiqués des donateurs. Lorsque les citoyens verront l’État non pas comme un exécutant, mais comme un garant des droits, le Liban sera passé de l’affirmation de sa souveraineté à sa construction.

Ce texte est la version synthétique d’un article publié en arabe et en anglais sur le site de The Policy Initiative en collaboration avec la Friedrich Ebert Stiftung (FES). 

Joseph DAHER, Universitaire et expert en économie politique du Moyen-Orient

Sami ZOUGHAIB, économiste et directeur de recherche au laboratoire d’idées libanais The Policy Initiative (TPI)

Sami ATALLAH, Directeur de TPI

Début août 2025, le gouvernement libanais a approuvé une décision historique, bien que profondément polarisante : charger les Forces armées libanaises (FAL) d’élaborer un plan visant à placer toutes les armes sous le contrôle de l’État d’ici à la fin de l’année. Largement considérée comme la première étape officielle vers le désarmement du Hezbollah, cette décision a immédiatement suscité une vive réaction. Quatre ministres chiites ont quitté la séance du gouvernement, les dirigeants du Hezbollah l’ont dénoncée comme un « péché grave », et des avertissements ont suivi : toute intervention sous le feu israélien continu entraînerait des représailles.Cet épisode cristallise le dilemme du Liban en matière de souveraineté. Celle-ci est souvent définie comme le monopole de...
commentaires (1)

Comment appliquer ce plan idéal ? Il faut bien commencer avec les moyens actuels, qui sont comme vous dites très limités. Si la troupe réussit à récupérer les armes des milices, tout pourrait être soumis à réforme et discussion, en toute légalité. Mais pour celà il faut bien accepter l’aide dont l’armée a besoin. comment changer les choses si l’un est armé et l’autre non. Sans le monopole des armes par l’Etat seul , rien ne pourra changer et il faudrait bien commencer par là. L’indépendance stratégique n’est malheureusement pas pour les petits pays.

Goraieb Nada

07 h 29, le 13 septembre 2025

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Commentaires (1)

  • Comment appliquer ce plan idéal ? Il faut bien commencer avec les moyens actuels, qui sont comme vous dites très limités. Si la troupe réussit à récupérer les armes des milices, tout pourrait être soumis à réforme et discussion, en toute légalité. Mais pour celà il faut bien accepter l’aide dont l’armée a besoin. comment changer les choses si l’un est armé et l’autre non. Sans le monopole des armes par l’Etat seul , rien ne pourra changer et il faudrait bien commencer par là. L’indépendance stratégique n’est malheureusement pas pour les petits pays.

    Goraieb Nada

    07 h 29, le 13 septembre 2025

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