Quelles possibilités s’offrent aux pays de la région, tant au niveau des alliances que des régimes politiques ou de changement des frontières ?
Durant la période de la guerre froide, il y avait la théorie des dominos (« domino theory »).
À l’origine, c’est une théorie géopolitique élaborée par les États-Unis au XXe siècle, à l’époque du communisme. Selon cette idée, si un pays adoptait le régime communiste, d’autres pays voisins allaient suivre et tomber, comme des pièces de dominos. Pour éviter ce glissement, l’Amérique justifiait alors ses interventions militaires et économiques afin d’endiguer la chute des pays vers le communisme.
Notre région est traversée par des courants mythologiques, religieux et idéologiques équivalant au système du domino. Qui va tomber et quand ?
Il faut savoir qu’une idéologie est la logique d’une idée, qu’elle soit philosophique, nationale ou religieuse.
Les adeptes vont adorer cette idée, ils vont l’idolâtrer et agir en conséquence. Ainsi, l’individu s’éloigne de son sens critique, ou de la critique de soi. Il va s’aliéner toute sa liberté et va se noyer dans la masse dominante et envahissante.
En son temps, l’historien Thucydide (entre 460 et 400 av. J.-C.) rapporte l’histoire de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte. Il va expliquer que cette guerre a éclaté à cause de la peur qu’Athènes inspirait à Sparte, peur de voir son modèle et son système s’effondrer. Les guerres apparaissent comme les conséquences de lois générales qui gouvernent le monde. Elles agissent selon lui « principalement par crainte puis pour l’honneur et plus tard par intérêt ». Il juge la démocratie en disant qu’elle n’est possible qu’entre les mains d’un dirigeant rationnel.
Dans la tourmente que nos peuples traversent on est loin des principes démocratiques. C’est une vague envahissante d’idéaux extrémistes entre les mollahs iraniens et les rabbins en Israël, et leurs adeptes.
Au Liban nos gouvernants tournent en rond. Différents sujets se posent à eux et chaque groupe navigue à vue d’œil noyé dans son espace mental obscurci. Ils excellent dans le double langage et les déclarations contradictoires. L’État chancelle faute d’hommes d’État. La plupart des responsables sont les miliciens du temps de la guerre qui ont changé d’habit mais avec le même esprit milicien.
Différentes questions se posent au pays, le dialogue tant crié par tous les groupes n’a pas de sujets clairs. Que vont-ils faire avec les armes du Hezbollah en sachant que la décision est en Iran ? Que vont-ils discuter de la proposition des États-Unis et des sous- propositions israéliennes ? Que vont-ils discuter avec la Syrie (frontières terrestres et maritimes, déplacés syriens ou Syriens dans les prisons libanaises ou Libanais perdus en Syrie) ? Que vont-ils discuter des problèmes palestiniens au Liban ? Que vont-ils dire des Palestiniens à Gaza, de leur misère et de leur souffrance ? Que vont-ils faire face au projet immobilier du président Trump à Gaza et la dispersion des Palestiniens ?
Quant à l’armée, il faut la protéger pour la laisser accomplir les options nationales et l’éloigner des politiciens affairistes et des politiciens dévoyés.
Dans le capharnaüm ambiant qui va définir et rassembler les objectifs nationaux des Libanais. Qui dessinera les nouveaux découpages de la région ou les nouvelles frontières qui paraissent en transformation ? Qui définira les modèles politiques de l’État (centralisé, fédéral, confédéral ou bien décentralisé suivant les accords de Taëf) ? Ni personne ni un groupe ne peut accaparer le monopole de l’État, sa politique et ses choix stratégiques. Et surtout les choix de la guerre quand celle-ci est suicidaire.
Il importe de trouver des dirigeants compétents et déterminés, libres et audacieux. Il n’est certes pas possible de rassembler les mollahs et les rabbins radicalisés. Le Liban n’a pas le luxe de naviguer dans un fleuve tranquille en sachant que ce sont les rives qui sont dangereuses. Le pays stagne, les dirigeants semblent incapables de régler les problèmes et ils abondent en promesses non tenues et dans l’incapacité de décider. Ils sont noyés dans les convictions intimes loin d’un projet consensuel national pour faire un État et construire un lien social. Nous sommes face à des choix meurtriers, entre le mauvais et le pire. Il faut certes éviter les choix de Hanoï avec ses guerres ou de Kandahar où règnent les talibans. Quant à Israël, il doit savoir que l’orgueil des vainqueurs ne fait que préparer la revanche du vaincu.
Face à un paysage politique chaotique, il nous faut un choix démocratique et raisonnable.
Il faut rompre avec une certaine classe politique pour éviter au peuple de porter la malédiction vers laquelle elle l’entraîne. Un lobby organisé et dynamique doit travailler avec les États-Unis, les pays arabes et avec l’Asie pour apaiser la région et éviter le pire.
On doit se rappeler quand même la remarque de H. Kissinger : « Être l’ennemi de l’Amérique, c’est dangereux mais être l’ami c’est fatal. »
Un grand travail est à faire pour raviver l’imaginaire national et éviter au Libanais de se renfermer dans la solitude de son cœur. L’individu qui n’a de souci que de faire fortune va se désintéresser de la chose publique.
Le Liban est face à tous les choix du meilleur et du pire. Il faut reconstruire l’imaginaire national et revenir aux accords d’armistice entre Israël et les pays arabes (Égypte, Liban, Jordanie et Syrie). On arrivera ainsi à se retrouver tous pour bâtir le pays sur des bases rationnelles et démocratiques. Qui peut le faire ?
C’est au président et au gouvernement d’y répondre pour faire le bon choix, le meilleur.
Psychiatre, psychanalyste
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« Être l’ennemi de l’Amérique, c’est dangereux mais être l’ami c’est fatal. »Une citation mal interpretee. Conçue dans une période de faiblesse politique américaine, la doctrine de Kissinger soutient que la politique étrangère doit s’appuyer sur une combinaison de diplomatie et de puissance militaire afin d’apporter des avantages à tous les acteurs concernés et, par la suite, d’assurer la stabilité internationale.
15 h 28, le 12 septembre 2025