Pamela Anderson inaugure une cabine de plage à son nom, une tradition mythique à Deauville. Stéphanie Chermont/L’Orient-Le Jour
Sur les plages normandes souffle une brise californienne. Le genre qui fait oublier la grisaille. Réunis autour d’un morceau de bois orné d’un drapeau américain, une dizaine de journalistes patientent les yeux et les smartphones levés au ciel. Sur les planches de Deauville mythifiées par le couple Trintignant/Aimée, où s’est ouverte la 51e édition du célèbre festival de cinéma, quelques lève-tôt guettent eux aussi l’apparition d’une chevelure blonde vénitienne. Celle-là même qui, il y a près de quarante ans, était persona non grata dans les cercles d’une industrie hautaine, perchée sur des préjugés essentiellement misogynes. « Madame arrive et ne restera que cinq minutes, montre en main », prévient un chroniqueur rodé à l’exercice et exaspéré à l’idée de ne pouvoir obtenir d’entretien avec la star du jour. « Ce n’est pas grave, elle est si géniale ! Elle est si classe ! Un sourire suffira pour casser nos chiffres sur Insta et TikTok », tempère sa collègue, banane Vuitton autour de la taille et casquette Jacquemus vissée sur une coloration rousse.
« Elle », c’est Pamela Anderson. Figure de l’entertainment populaire des années 1980-2000, actrice longtemps cantonnée aux navets semi-humoristiques, aujourd’hui érigée en personnalité féministe à peine revendiquée, la Canadienne, invitée d’honneur de la perle chic du Calvados, se fait enfin, et justement, célébrer. « Quand on a été aussi moqué, aussi rabaissé, aussi critiqué qu’elle l’a été pendant des lustres, sa présence ici relève presque du miracle », souligne, émue aux larmes, une fixeuse pour un média régional.
À 58 ans, Pamela Anderson revient sur le devant de la scène dans des films plus confidentiels et recherchés. Photo Loic VENANCE / AFP
La veille de l’inauguration de sa cabine de plage – une prestigieuse tradition réservée aux géants du grand écran hollywoodien, de Bette Davis à Rock Hudson –, l’éternelle interprète de C.J. Parker dans Alerte à Malibu (Baywatch) avait touché l’assistance lors de la cérémonie d’ouverture de la manifestation avec un discours coup-de-poing, comme une élégante revanche. « Je sais intimement ce que ça fait d’être dévalorisé, sous-estimé et humilié publiquement », lance-t-elle face aux mêmes professionnels qui l’avaient réduite à sa plastique. « À la jeune fille naïve et courageuse qui est arrivée à Los Angeles avec quelques sous et un rêve, sans même un plan de la ville, je dis que tu as fait des erreurs mais que tu as trouvé ta quête », clôt-elle avant de s’émouvoir devant un message vidéo préenregistré d’Isabelle Huppert, saluant son retour au cinéma d’auteur avec The Last Show Girl – long-métrage signé Gia Coppola (petite-fille de Francis Ford) qui a valu à la quinquagénaire une nomination aux Golden Globes début 2025.
Loin, très loin de l’image ultrasexualisée de ses débuts sur les couvertures de Playboy ou de ses courses au ralenti en maillot de bain rouge sur le sable de Santa Barbara, Pamela Anderson ne s’affiche plus qu’au naturel. Lunettes de soleil sur le nez et tenue sobrement sombre, elle signera une centaine d’autographes et esquivera tout autant de fois les questions autour de sa relation présumée avec Liam Neeson. « Vous demanderez à Kim Novak pourquoi je ne souhaite pas vous répondre », lâche-t-elle face à un admirateur intrusif. « Elle sera là cet après-midi, tiens ! »
D’un ex-sex symbol à un autre, d’un Premier ministre à une nouvelle crise
Fraîchement débarquée de Venise où elle a reçu un Lion d’or récompensant l’ensemble d’une œuvre psychologiquement intense, la muse hitchcockienne, rarissime dans les médias et absente des plateaux depuis le début de la décennie 1990, signe avec un documentaire éponyme un « énième tour de piste », à 92 printemps passés. Ovationnée au point de se faire interrompre par les sifflements et standing ovations répétitifs d’un parterre de cinéphiles orphelins d’une ère où se conjuguaient les accents et les corps, Kim Novak dit « estimer les hommages qu’elle reçoit ». Dirigée par Billy Wilder, Robert Aldrich ou encore Richard Quine, celle que les grands groupes publicitaires des fifties voulaient voir concurrencer nulle autre que Marilyn Monroe a vécu, outre les turbulences liées à un métier instable, des romances pour l’histoire. Relations qui ont été étudiées dans des cursus de racial studies dans nombre d’universités aux quatre coins des États plus que jamais désunis.
« On m’a empêchée d’aimer Sammy Davis Jr juste parce qu’il était noir. Le racisme était plus fort que nous. J’espérais pouvoir faire évoluer les mentalités en 1957, mais cela s’est terminé par un échec cuisant », confie-t-elle avec amertume au cours de l’un des seuls entretiens qu’elle accorde à un quotidien tricolore, affaiblie par son âge avancé bien que physiquement en forme. Avant Pamela Anderson, la beauté glaciale de l’intemporelle comédienne de Vertigo lui avait valu de sévères appréciations, qu’elle avoue ne pas avoir entièrement su dépasser.
Kim Novak sur le tapis rouge du 51e Festival du film américain de Deauville, le samedi 6 septembre 2025. Stéphanie Chermont/L’Orient-Le Jour
Devenue peintre recluse dans l’Oregon, à des milliers de kilomètres de Tinseltown, Kim Novak, ses inimitiés avec les starlettes oubliées et sa filmographie analysée dans plus d’une centaine d’ouvrages et de beaux livres, a accepté, après quinze ans d’hésitation, la proposition du réalisateur Alexander O. Philippe pour un 90-minutes intimiste, émotionnellement chargé. « Il n’était pas compliqué pour moi de convaincre Kim. Ce qui était quasi impossible en revanche, c’était de rendre justice à son jeu, sa longévité et sa justesse au travers du prisme de la vieillesse assumée », lâche-t-il au micro de L’Orient-Le Jour avant une première projection. « Depuis mon arrivée ici à Deauville, je trouve d’ailleurs qu’elle ressemble à ce petit village, poursuit-il. Sophistiqué à souhait. »
En concurrence mais à l’opposé de la Côte d’Azur, la Côte fleurie, plus discrète et centriste, moins rebelle et bling-bling, accueille, en ce début d’automne morose, une flopée de starlettes, créateurs de contenu et icônes du 7e art, tous ou presque logés dans le Barrière Normandy, établissement cinq étoiles les mettant à l’abri de toute discussion sociétale contraignante.
La présidente du jury, l’actrice Golshifteh Farahani, sur le tapis rouge avant d’accepter une distinction numérique de l’INA. Stéphanie Chermont/L’Orient-Le Jour
Présidé par l’Irano-Française Golshifteh Farahani, le jury – composé, entre autres, du chorégraphe Benjamin Millepied et des actrices Philippine Leroy-Beaulieu et Eye Haïdara – aura la lourde tâche de départager treize longs-métrages d’ici à la nuit du vendredi 12 septembre, « si les manifestants en colère ne détruisent pas ce qu’il reste du pays », observe un animateur radio plus habitué à interviewer députés maladroits et ministres démissionnaires que célébrités en mal d’amour. Bien décidé à rester à distance de Paris et du chaos annoncé pour le 10 septembre, date à laquelle une forte mobilisation partie des réseaux sociaux se tiendra contre la politique d’Emmanuel Macron et l’action du gouvernement déjà mort de François Bayrou. « Ici, le glamour ne fait pas grève », clôt-il en se moquant des collectifs invitant à « tout bloquer » pour faire couler le couple exécutif sous la pression. « Allez, pour célébrer notre quatrième gouvernement en quinze mois, un petit jus d’orange à trente-cinq euros ? »


