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Lifestyle - En Immersion

Mostra de Venise 2025 : Alors que Gal Gadot se fait boycotter, Brad Pitt finance un film sur Gaza

De l’éclat des stars américaines aux contestations géopolitiques, la 82e édition du plus vieux festival de cinéma au monde s’est ouverte dans un climat de menaces. « L’Orient-Le Jour » a infiltré les coulisses de cette première journée électrique.

Mostra de Venise 2025 : Alors que Gal Gadot se fait boycotter, Brad Pitt finance un film sur Gaza

George et Amal Clooney arrivent au Lido de Venise à la veille de la cérémonie d'ouverture du 27 août 2025. Photo Reuters

« Personne ne veut en parler… Mais tout le monde va en parler. » Il est presque 15h, le soleil tape fort sur le Lido di Venezia. Accréditation autour du cou, vapoteuse aux lèvres, Barbara scrute la vingtaine de manifestants d’un groupuscule régional de gauche, drapeaux palestiniens brandis face au Palazzo del Cinema. « Ce n’est que le début d’une série de coups d’éclat. Le festival va être long, très long », souffle-t-elle, un brin désabusée. « Et je peux vous assurer que les stars s’en inquiètent. »

À quelques heures du lancement officiel de la 82e édition d’une Mostra qui accueille à nouveau, à bras ouverts, le gotha hollywoodien de première division, Venise se veut en effet plus prudente qu’enthousiaste. Près de quatre mois après un Cannes assombri par les appels à l'exclusion de personnalités, les relances incessantes de journalistes engagés aux acteurs incolores-indolores et la fameuse « pétition pour Gaza » signée par une centaine d’artistes francophones, c’est au tour de la ville des Doges de se frotter à la colère ambiante. Dans une lettre ouverte adressée au directeur de l’événement, Alberto Barbera, un millier de comédiens, réalisateurs, techniciens et professionnels du spectacle — majoritairement italiens — ont appelé les organisateurs à «adopter une position claire et sans ambiguïté» contre les actions du gouvernement israélien dans l’enclave palestinienne. Parmi les signataires, la très bankable Alba Rohrwacher, la cultissime Valeria Golino, les Françaises Céline Sciamma et Audrey Diwan ou le Britannique Ken Loach.

Une manifestation en soutien à Gaza, à quelques heures du lancement de la 82e Mostra de Venise. Photo Reuters
Une manifestation en soutien à Gaza, à quelques heures du lancement de la 82e Mostra de Venise. Photo Reuters

« L’histoire se souviendra de cette décennie 2020 comme de celle de l’action contre l’oubli, de la résistance face au déni », scande Alice, activiste romaine présente sur place, keffieh noué autour de la taille, tandis que s’installent les trépieds des vidéastes déjà exaspérés. « Grâce à nos campagnes sur les réseaux sociaux, nous avons réussi à empêcher la venue de Gal Gadot. Elle est et restera boycottée ! Nous continuerons à faire pression pour interdire l’accès au palais à tous ceux qui se sont montrés aussi inhumains que cette dame », poursuit-elle, en référence à l’absence de l’actrice israélienne, pourtant au casting de The Hand of Dante aux côtés d’Al Pacino et présenté en compétition — l’interprète de Wonder Woman précisera plus tard n’avoir jamais prévu de se déplacer.

Une heure auparavant, Alexander Payne, président du jury et successeur nerveux d’Isabelle Huppert, avait embarrassé plus qu’il n’avait convaincu. Interrogé sur sa position vis-à-vis du conflit au Moyen-Orient, il s’était contenté d’un haussement d’épaules avant de lâcher, hésitant : «Honnêtement, je ne me sens pas assez préparé pour répondre. Je dois y réfléchir pour rester mesuré. » Une pirouette jugée légère par l'assistance, énervée par la neutralité assumée du natif d’Omaha en terre politisée. «Comment peut-on ne pas anticiper une question aussi prévisible ?», souffle Barbara derrière son objectif. « Après ça, que les Hunger Games commencent. »

Pour rappel, à Cannes...

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Réalisme et engagements

Rendez-vous incontournable de cette rentrée artistique, le plus ancien festival de cinéma au monde déroule cette année encore son tapis rouge aux piliers réputés inaccessibles du Los Angeles vrombissant, au dam de cinéphiles europhiles. En tête de cortège, le parrain de la new wave queer, Gus Van Sant, et la marraine du mouvement sensoriel, Kathryn Bigelow – première femme à avoir décroché l’Oscar de la meilleure réalisation en 2010 pour The Hurt Locker – signent leurs come-back respectifs à l’écriture. « Les programmations sont truffées de productions états-uniennes frôlant le ridicule. Ici, le 7e art est orphelin de ce qui le rendait transgressif, intense, créatif », regrette Alessandra, chroniqueuse pour le Vanity Fair transalpin, en marge de l’oubliable conférence de presse des jurés.

Les membres du jury de la 82e Mostra de Venise. Photo Yara Nardi /Reuters
Les membres du jury de la 82e Mostra de Venise. Photo Yara Nardi /Reuters

Julia Roberts, Emma Stone, George Clooney… Les infatigables ténors du grand écran populaire, tous arrivés à la veille de l’ouverture en vaporetto et tailleurs clairs, éclipsent de fait les nouvelles têtes promises à des nominations dès janvier dans la Cité des Anges. Plus discrets mais bel et bien en lice pour le Lion d’or, le Parigot Olivier Assayas et son Mage du Kremlin offrent un Jude Law méconnaissable sous les traits de Vladimir Poutine en soif perpétuelle de pouvoir, tandis que la Tunisienne Kaouther Ben Hania pourrait faire vibrer les murs des salles de projection avec les enregistrements de voix de la petite Hind Rajab. En retraçant le destin tragique de cette fillette de six ans, tuée le 29 janvier 2024 à Gaza avec plusieurs membres de sa famille qui tentaient de fuir les bombardements israéliens, la cinéaste la plus récompensée du Maghreb a indirectement inspiré — sans aucune sollicitation de sa part — au collectif Venise4Palestine une manifestation d’ampleur, prévue samedi 30 août, trois jours avant la diffusion publique de son long-métrage financé, à la surprise générale, par des poids lourds de l'industrie dont Brad Pitt. « Le monde ne pourra pas dire qu’il ignorait les atrocités en cours. Il s’agit du premier massacre en live-screen, que nous suivons en direct sur nos téléphones », rappelait Ben Hania en recevant le César du meilleur documentaire 2024 pour Les filles d’Olfa.

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Dans l’Italie profondément fragmentée de Giorgia Meloni, Alberto Barbera avait, lors de l’annonce de la programmation en juillet dernier, exprimé l’espoir « qu’il n’y aurait pas de débats » autour de ce « film nécessaire ». Au-delà des artifices et des paillettes soigneusement disséminées sur les onze jours de festivités, et malgré les discussions sur l’omniprésence gênante des influenceurs invités, ce cru 2025 revendique surtout un « retour à un cinéma de la réalité », comme le souligne son directeur dans un bref entretien au Monde. « Car oui, on peut encore réfléchir sans s’engager à donner une réponse concrète. »

Cate Blanchett sur le tapis rouge inaugural de Venise, le 27 août 2025. Photo Tiziana Fabi / AFP
Cate Blanchett sur le tapis rouge inaugural de Venise, le 27 août 2025. Photo Tiziana Fabi / AFP

Gl(amour), gloire et stress sur le tapis rouge

Plus légèrement, aux douze coups de dix-huit heures, la morosité s’efface au profit de smokings cintrés à la Versace et de smartphones brandis vers le ciel gris. Emanuela Fanelli, maîtresse des cérémonies d’ouverture et de clôture, inaugure le bal des flashs à temps pour introduire La grazia de Paolo Sorrentino, en grand habitué des lieux. De Cate Blanchett à Tilda Swinton en passant par la coqueluche des amoureux du gore, Julia Ducournau, les clameurs des badauds et autres touristes en transe ne s'apaisent qu’à l’apparition de Francis Ford Coppola, accueilli par une pluie de ses affiches cultes – qu’il ne viendra pas signer.

Francis Ford Coppola et Werner Herzog lors de la cérémonie d'ouverture. Photo Tiziana Fabi / AFP)
Francis Ford Coppola et Werner Herzog lors de la cérémonie d'ouverture. Photo Tiziana Fabi / AFP)

Venu remettre un prix d’honneur récompensant l’ensemble de la carrière de Werner Herzog, le parrain du cinéma est apparu à 86 ans, canne à la main et affaibli. « L’apercevoir est un honneur, être un mythe, un monstre sacré, et se déplacer spécialement pour célébrer l’œuvre d’un autre, aussi immense soit-elle, en dit long », s’émeut Luis*, célèbre critique espagnol — longtemps dans le collimateur de la couronne sous Juan Carlos — lors d’un dîner organisé par une marque de joaillerie française. Autour de la même table, agents et attachés de presse enchaînent les verres de rouge, se tâchant au fil de discussions passionnées sur une Quinzaine plus dura realtà que dolce vita. « Et moi, qu’est-ce que je suis supposé faire si quelqu’un interroge Heidi Klum sur l’Ukraine ? » Tout le monde ne survivra visiblement pas aux Hunger Games.


*Le prénom a été modifié à la demande de l’interlocuteur. 

« Personne ne veut en parler… Mais tout le monde va en parler. » Il est presque 15h, le soleil tape fort sur le Lido di Venezia. Accréditation autour du cou, vapoteuse aux lèvres, Barbara scrute la vingtaine de manifestants d’un groupuscule régional de gauche, drapeaux palestiniens brandis face au Palazzo del Cinema. « Ce n’est que le début d’une série de coups d’éclat. Le festival va être long, très long », souffle-t-elle, un brin désabusée. « Et je peux vous assurer que les stars s’en inquiètent. »À quelques heures du lancement officiel de la 82e édition d’une Mostra qui accueille à nouveau, à bras ouverts, le gotha hollywoodien de première division, Venise se veut en effet plus prudente qu’enthousiaste. Près de quatre mois après un Cannes assombri par les appels à l'exclusion de personnalités,...
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