L'imam Moussa Sadr, figure chiite libanaise disparue en Libye en 1978. Photo d'archives AFP
Une nouvelle enquête menée par la BBC a utilisé la « reconnaissance faciale approfondie » sur une photo prise en 2011 par un journaliste d’investigation dans une morgue secrète à Tripoli, en Libye. Selon l’article publié mardi par la chaîne publique britannique, les résultats suggèrent fortement que le corps sur la photo pourrait être celui du religieux chiite libanais Moussa Sadr, disparu en 1978 lors d’une visite en Libye. Ces conclusions ont toutefois été rejetées par la famille du dignitaire et le mouvement Amal qu’il a fondé au Liban dans les années 1970, peu avant le début de la guerre civile.
Personnalité religieuse et politique charismatique de premier plan, l’imam Sadr a disparu après avoir été invité par le dirigeant libyen de l’époque, Mouammar Kadhafi. Les autorités libyennes avaient alors affirmé qu’il s’était envolé pour Rome, une piste largement discréditée par la suite.
Dans son investigation, la BBC a interviewé l’ancien ministre libyen de la Justice Moustafa Abdel Jalil, qui affirme que deux ou trois jours après la disparition de Moussa Sadr, les autorités libyennes avaient falsifié ses papiers, prétendu qu’il était parti en Italie et l’avaient tué dans une prison libyenne. L’ex-responsable assure que Kadhafi avait le premier et le dernier mot dans toutes les décisions.
Le journaliste d’investigation libano-suédois Qassem Hamadé, qui s’est rendu en Libye peu après la chute de la dictature Kadhafi en 2011, affirme avoir vu 17 cadavres dans la morgue secrète. « Un seul ressemblait à Moussa Sadr », explique-t-il, soulignant la taille « inhabituellement grande » de l’homme et ses traits faciaux similaires à ceux de l’imam qui mesurait 1,98 mètre.
Un échantillon ADN « perdu en raison d’une erreur technique »
« L’individu semblait avoir été exécuté », raconte M. Hamadé à la BBC, décrivant ce qu’il pensait être une blessure au crâne, causée soit par un coup, soit par un tir, au-dessus de l’œil gauche. Le journaliste indique avoir photographié le corps et prélevé des échantillons de cheveux, qu’il a ensuite remis à des hauts responsables du mouvement Amal afin qu’ils procèdent à des tests ADN. Cependant, aucun résultat n’a été publié, et le juge libanais Hassan el-Chami, chargé d’enquêter sur l’affaire, a déclaré à la BBC que les responsables d’Amal lui avaient affirmé que l’échantillon avait été « perdu en raison d’une erreur technique ».
En mars 2023, une équipe de la BBC revisite la morgue à Tripoli, en compagnie de Qassem Hamadé. Mais après avoir filmé l’extérieur du bâtiment et demandé l’accès, l’équipe est arrêtée le lendemain par des hommes qui s’avèrent être des agents des services de renseignements libyens. Les journalistes sont alors détenus à l’isolement pendant six jours puis libérés à la suite de pressions internationales exercées par Londres.
Afin d’examiner la photo de Qassem Hamadé de plus près, la BBC a soumis l’image à une équipe de l’Université de Bradford au Royaume-Uni. Celle-ci a utilisé un logiciel de « reconnaissance faciale approfondie » qui compare les structures faciales, même dans des images dégradées. La comparaison entre la photo de la morgue et quatre images vérifiées de l’imam Sadr a donné un score de correspondance d’une soixantaine de points. Un score supérieur à 70 est considéré comme une correspondance directe. Aux alentours de la soixantaine, il s’agit probablement de lui ou d’un proche parent. Des tests supplémentaires effectués sur six images de membres de la famille de l’imam et 100 hommes du Moyen-Orient sans lien de parenté ont donné des résultats moins concluants, la comparaison avec les photos du dignitaire Sadr restant la plus forte, explique la BBC.
La famille et Amal rejettent les conclusions
Cependant, tant la famille de Moussa Sadr que le mouvement Amal rejettent ces conclusions. Sadreddine Sadr affirme à la BBC qu’il est « évident » que le cadavre sur la photo n’est pas celui de son père et maintient que l’imam pourrait être encore en vie et détenu en Libye. La BBC souligne qu’elle n’a trouvé aucune preuve à l’appui de cette thèse. Les résultats de l’enquête de la chaîne britannique ont également été rejetés par les responsables d’Amal. La BBC a contacté le bureau du président du Parlement, Nabih Berry, actuel chef du mouvement chiite, pour obtenir un commentaire, mais n’a reçu aucune réponse.
Chaque 31 août, Amal commémore la disparition de l’imam Sadr et réclame la vérité sur son sort. Dimanche, le Liban a marqué le 47e anniversaire de cette disparition. À cette occasion, le président Joseph Aoun a réaffirmé l’engagement de l’État à découvrir la vérité. L’une des théories explorées dans cette affaire est que les partisans de la ligne dure iranienne auraient influencé Kadhafi pour qu’il élimine Moussa Sadr, inquiets que celui-ci soit sur le point de faire obstacle à leurs objectifs pour la révolution iranienne qui se concrétisera un an plus tard.
La Libye reste fragmentée entre des administrations rivales et des groupes armés. Ses services de renseignements compteraient encore dans leurs rangs des éléments fidèles au régime de Kadhafi, dont beaucoup pourraient s’opposer aux efforts visant à révéler la vérité sur le sort de l’imam libanais.
Human Rights Watch a récemment appelé à la libération d’Hannibal Kadhafi, le fils de Mouammar Kadhafi, qui est détenu sans procès au Liban depuis 2015. Les autorités libanaises l’accusent d’avoir dissimulé des informations relatives à la disparition du dignitaire chiite, alors qu’il n’avait que deux ans à l’époque. M. Kadhafi a été enlevé à la frontière syrienne, puis arrêté par les forces de sécurité libanaises.




La détention du fils de kadhafi rappelle un peu la détention de riad salameh. On voudrait bien le charger de tous les maux pour éclipser les vrais assassins. Au Liban des mafieux, la justice a des voies impénétrables.
08 h 27, le 03 septembre 2025