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Nos lecteurs ont la parole

Le Liban : d’une crise à l’autre, sans boussole ni plan de sauvetage

Depuis plus de cinquante ans, le Liban traverse tragédie après tragédie, enchaînant les crises sans jamais rompre le cercle vicieux dans lequel il est enfermé. Cette succession d’épreuves semble être le fruit d’une gouvernance improvisée, sans préparation ni prise en compte des leçons du passé. Les gouvernements successifs n’ont jamais sérieusement envisagé le pire, alors même que celui-ci frappe à nos portes chaque jour.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis 2019, la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur. L’inflation atteint des sommets historiques, et la majorité de la population vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. L’insécurité alimentaire touche désormais plus de 40 % des foyers dans un pays qui dépendait autrefois à 85 % des importations pour son alimentation. À cette crise s’ajoute une pression démographique considérable, due à l’afflux massif de réfugiés palestiniens puis syriens, sans qu’aucun véritable plan de gestion de crise ne soit mis en place.

La liste des crises est longue : guerre civile (1975-1990), conflits armés, instabilité politique chronique, effondrements économiques successifs, pandémie de Covid-19 et, bien sûr, l’explosion au port de Beyrouth en août 2020. Cette catastrophe a marqué un tournant : plus de 200 morts, 6 500 blessés, environ 300 000 personnes déplacées, et des pertes économiques colossales qui ont aggravé une crise déjà profonde, survenue après le soulèvement populaire d’octobre 2019.

Présent sur place en tant qu’officier de sécurité intérieure à l’époque, j’ai été témoin direct du chaos qui a suivi. Ce que j’ai vu m’a profondément marqué : absence de coordination, matériel de secours insuffisant face à l’ampleur des dégâts, ressources dispersées entre l’armée, les forces de sécurité et les ONG, et une improvisation constante. Les premières heures ont été cruciales, mais les équipes de secours, malgré leur courage, manquaient cruellement de moyens et de directives claires. Pire encore, les alertes répétées concernant les risques liés au stockage de produits chimiques avaient été ignorées. Après l’explosion, aucun plan d’urgence structuré n’a été mis en œuvre. Des mois plus tard, seules quelques réunions symboliques avaient eu lieu, sans qu’aucune action concrète ne soit entreprise.

Or une gestion de crise efficace repose sur trois piliers fondamentaux : la prévention, la préparation et la coordination. Au Liban, ces piliers sont fragiles, voire inexistants, tant dans le secteur public que privé, ce qui ne fait qu’aggraver l’impact de chaque catastrophe. Les pertes humaines et économiques auraient pu être atténuées si les institutions avaient été mieux préparées, si une politique claire de gestion des risques avait été mise en place.

Cette incapacité à gérer les crises alimente une méfiance croissante envers les dirigeants et engendre un sentiment de résignation généralisée. Face à l’absence de réponse institutionnelle, la population s’organise pour survivre, mais les plus vulnérables sombrent davantage dans la précarité, fragilisant encore le tissu social.

Pour rompre ce cycle, le Liban doit instaurer une véritable culture nationale de gestion des crises : lois adaptées, plans d’urgence régulièrement mis à jour, exercices de simulation, système d’alerte moderne et transparent, et coordination effective entre toutes les parties prenantes. Il ne suffit plus de vanter la résilience du peuple libanais ou de faire référence au mythe du phénix. C’est beau, certes, mais une bonne préparation et une réponse rapide en temps de crise permettent de sauver des vies et de limiter les dégâts.

Le Liban dispose des compétences humaines et de la résilience nécessaires. Ce qui lui manque, c’est la volonté politique de rompre avec l’improvisation permanente. Le pays a besoin d’une vision claire à moyen et long terme, d’un État qui protège ses citoyens plutôt que de les laisser survivre au jour le jour. Ce changement est essentiel pour que le Liban ne soit plus un pays qui subit les crises, mais une nation capable de les anticiper, de les surmonter et d’en sortir plus forte.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Depuis plus de cinquante ans, le Liban traverse tragédie après tragédie, enchaînant les crises sans jamais rompre le cercle vicieux dans lequel il est enfermé. Cette succession d’épreuves semble être le fruit d’une gouvernance improvisée, sans préparation ni prise en compte des leçons du passé. Les gouvernements successifs n’ont jamais sérieusement envisagé le pire, alors même que celui-ci frappe à nos portes chaque jour.Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis 2019, la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur. L’inflation atteint des sommets historiques, et la majorité de la population vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. L’insécurité alimentaire touche désormais plus de 40 % des foyers dans un pays qui dépendait autrefois à 85 % des importations pour son...
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