Des bâtiments détruits dans le territoire palestinien assiégé, le 19 août 2025. Photo AFP/JACK GUEZ
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a ordonné mercredi le rappel de 60.000 réservistes après avoir donné son feu vert à la prise de la ville de Gaza, en pleine médiation en vue d'une trêve dans le territoire palestinien et la libération d'otages.
Le cabinet de sécurité présidé par le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, avait approuvé début août un plan pour s'emparer de cette ville et de camps de réfugiés du centre du territoire, considérés comme les derniers bastions du Hamas, prendre le contrôle sécuritaire de l'ensemble de la bande de Gaza et libérer les otages.
Ces captifs restant à Gaza - 49 dont 27 morts selon l'armée - ont été enlevés lors d'une attaque sans précédent menée le 7 octobre 2023 par le Hamas contre Israël, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza.
M. Katz « a approuvé le plan d'attaque de l'armée israélienne à Gaza-ville », chef-lieu et plus grande ville du territoire palestinien, a indiqué son ministère à l'AFP. Le ministre a également « approuvé l'émission des ordres de rappel des réservistes nécessaires pour mener à bien la mission » pour environ 60.000 hommes. Ces réservistes sont les premiers appelés, alors qu'environ 130.000 devront être mobilisés pour l'opération tout au long de l'opération, qui devrait se poursuivre « jusqu'en 2026 ». La durée de service des soldats déjà mobilisées sera, elle, prolongée d'environ un mois. Le plan doit encore être soumis au cabinet de sécurité jeudi.
Cette nouvelle opération porte le nom de « Chariots de Gédéon II », en allusion à un premier plan d'offensive à Gaza, du même nom, qui avait été approuvé en mai 2025, selon des informations de la presse israélienne. Elle vise à déplacer les habitants de la ville de Gaza et les transférer vers le sud de la bande de Gaza avant de l'occuper, en déployant cinq divisions de l'armée, en plus de la division Gaza. Des « attaques et opérations préliminaires » sont déjà menées dans la zone, selon des militaires israélien, alors que les informations parvenant depuis l'enclave font effectivement état d'une intensification des frappes et opérations au sol dans la ville, et que l'armée a appelé à évacuer des quartiers périphériques, notamment Jabaliya.
« Opération prolongée »
Après le quartier périphérique de Zeïtoun, elle semble se concentrer désormais sur celui voisin de Sabra, où les habitants font état de nombreux bombardements et de la présence d'une colonne de blindés. Sur le terrain, la Défense civile de Gaza a fait état de 21 personnes tuées par des frappes et tirs israéliens depuis le début de la journée.
Pour l'armée, l'objectif affiché reste le même : la victoire militaire contre le Hamas, et la libération des 49 otages (dont 27 sont morts selon l'armée) encore aux mains du Hamas et de ses alliés. Selon des responsables militaires israéliens, deux brigades du Hamas restent mobilisées à Gaza-Ville.
Le Forum des familles des otages et des disparus israéliens a exigé dans ce cadre une réunion urgente avec Israel Katz et le chef d'état-major de l'armée israélienne afin d'obtenir des garanties pour la sécurité de leurs proches avant l'extension des opérations militaires. Une demande faite alors que le ministre Katz a approuvé les plans militaires pour ces opérations. Selon un communiqué des familles cité par le Haaretz, les responsables israéliens doivent promettre que l'opération « Chariots de Gédéon II » n'entraînera pas « le meurtre des six otages II », en référence à la mort de six otages à Rafah, alors que l'armée israélienne avançait sur la ville.
Pertes militaires
Le quotidien Ma'ariv estime mercredi que l'armée pourrait perdre une centaine de soldats dans la prise de la ville de Gaza, alors que 462 militaires ont été tués à Gaza depuis le début du conflit.
La réserve -comme la conscription- est un sujet politique majeur en Israël, où les ultra-orthodoxes en sont pour le moment exemptés et refusent catégoriquement tout changement, alors que de plus en plus d'Israéliens exigent leur participation à l'effort de guerre. Les périodes de réserve s'étendent de 70 à 100 jours, en plus de la conscription obligatoire de trois ans pour les hommes, et deux ans pour les femmes.
Israël « exige la libération de tous les otages »
La décision du ministre de la Défense intervient deux jours après que le Hamas a annoncé avoir accepté une nouvelle proposition des médiateurs -Egypte, Qatar et Etats-Unis- pour une trêve de 60 jours assortie de la libération des otages en deux étapes. Israël n'a pas réagi formellement jusque là, mais une source gouvernementale a affirmé que le gouvernement Netanyahu n'avait « pas changé » de politique et continuait « d'exiger la libération » de tous les otages « conformément aux principes fixés par le cabinet pour mettre fin à la guerre ».
La presse israélienne relève mercredi que le Premier ministre n'a pas encore prévu de réunion du cabinet de sécurité pour discuter de la réponse à apporter aux médiateurs.
Leur proposition se base sur un précédent plan de l'émissaire américain Steve Witkoff : la libération de dix otages vivants et des dépouilles de 18 otages décédés en échange d'une trêve de 60 jours, et de négociations pour mettre fin à la guerre, selon la radio publique israélienne Kan.
Deux précédentes trêves en novembre 2023 et début 2025 avaient permis le retour d'otages vivants et morts en échange de la libération de prisonniers palestiniens.
Depuis le début de la guerre, Israël assiège à Gaza plus de deux millions de Palestiniens menacés de famine selon l'ONU. Israël rejette les accusations de famine délibérée et affirme autoriser l'entrée de davantage d'aides dans le territoire en proie à un désastre humanitaire.
L'attaque du 7-Octobre a entraîné la mort côté israélien de 1.219 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles. L'offensive de représailles israélienne a fait 62.064 morts à Gaza, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l'ONU et dévasté le territoire.
Pour sa part, le président français Emmanuel Macron a de nouveau affirmé mercredi que « l'offensive militaire que prépare Israël », avec le rappel de 60.000 réservistes pour la prise de Gaza-ville, « ne peut conduire qu'à un véritable désastre pour les deux peuples », palestinien et israélien.
Cette opération de conquête « entrainera la région dans une guerre permanente », ajoute le président français dans un message sur X, rendant compte d'appels téléphoniques avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et avec le roi Abdallah de Jordanie.
Il reprend ainsi les termes de sa précédente mise en garde il y a dix jours et plaide à nouveau pour une « mission de stabilisation internationale » élaborée notamment avec l'Egypte et la Jordanie.






S'il reste un tant soit peu d'éthique aux Israéliens, ils refuseront de servir dans l'armée. A ce propos, une question : Satanyahou a-t-il aussi rappelé ses fils?
16 h 11, le 20 août 2025