Rechercher
Rechercher

Économie - Finance

Le parquet financier ordonne le rapatriement des fonds transférés à l’étranger pendant la crise

La Commission de contrôle des banques doit établir une liste des déposants dont les transferts répondent aux critères fixés par le parquet.

Le parquet financier ordonne le rapatriement des fonds transférés à l’étranger pendant la crise

Graffiti au centre-ville de Beyrouth, le 7 août 2025. Photo P.H.B.

Le procureur financier, le juge Maher Cheaïto, a rendu une décision historique, « fondée sur des enquêtes en cours », obligeant les personnes physiques et morales – y compris des banquiers – à rapatrier vers les banques libanaises des montants équivalents à ceux transférés à l’étranger pendant la crise économique – ou après le 17 octobre 2019 –, et « dans la même devise », a rapporté jeudi l’Agence nationale d’information (ANI).

Les fonds devront être réintroduits dans le système bancaire libanais « dans un délai de deux mois » et « sous la supervision du parquet financier et conformément aux conditions qu’il fixe », précise encore l’ANI.

Depuis le déclenchement de la crise en 2019, l’impasse politique a empêché l’adoption d’une loi formelle sur le contrôle des capitaux – une condition-clé fixée par le Fonds monétaire international (FMI) pour débloquer un plan de sauvetage. Entre-temps, des milliards de dollars présumés ont été transférés à l’étranger entre 2020 et 2023, bien qu’aucun chiffre précis ne soit disponible, tandis que la majeure partie des dépôts des épargnants restent bloqués illégalement dans les banques libanaises.

Listes nominatives

Nommé procureur financier le mois dernier, « le juge Cheaïto a été chargé de reprendre deux dossiers en suspens – dont celui des transferts de fonds, initié par son prédécesseur Ali Ibrahim avant d’être mis de côté », a indiqué à L’OLJ un bon connaisseur du dossier, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. « De nombreux détails de la décision doivent encore être publiés et clarifiés », a-t-il ajouté.

Dans un premier temps, il faudra identifier les types de transferts qui seront visés et définir des scénarios clairs ainsi que des seuils pour déterminer ce qui devra être rapatrié, a expliqué cette source. « Par exemple, les transferts à des fins médicales ou de paiement de frais de scolarité devraient être exemptés. »

Une fois ces paramètres établis, la Commission de contrôle des banques (CCB) de la BDL doit établir, avec les informations transmises par les banques libanaises, la liste des titulaires de compte dont les transferts répondent aux critères fixés par le parquet financier.

Avec la levée du secret bancaire en avril 2025, « la CCB a désormais la possibilité, avec une autorisation judiciaire, d’obtenir ces listes et de les transmettre au juge pour exécution », a indiqué la source. Parallèlement, la Commission d’enquête spéciale (CSI), qui traite notamment des affaires de blanchiment d’argent, pourra identifier les transferts jugés « suspects ».

Lire aussi

Le mystère savamment entretenu des milliards de dollars transférés à l’étranger

Les personnes pourront également être identifiées par d’autres procédures en cours, provenant « de juges déjà saisis de certaines affaires, de signalements de lanceurs d’alerte, de saisines de la Commission nationale de lutte contre la corruption ou encore de la CSI ou du Conseil central de la BDL », détaille l’avocat fiscaliste Karim Daher. Ces affaires concernent les individus ayant transféré des fonds à l’étranger après le 17 octobre 2019 en violation de la loi – et sont poursuivies dans le cadre juridique en vigueur à cette date.

« Pour les responsables publics, cela relève des lois sur l’enrichissement illicite ou le détournement de fonds publics. Pour les banquiers, cela relève des dispositions existantes sur la faillite, la faillite frauduleuse ou la cessation de paiement, le délit d’initié ainsi que l’abus de confiance envers les déposants », indique M. Daher.

Dans de tels cas, des banquiers, directeurs et administrateurs – pleinement conscients de l’insolvabilité de leurs établissements – ont cessé de payer les déposants tout en transférant leurs propres fonds à l’étranger. « Il ne s’agissait pas d’actifs bancaires, mais de fonds personnels transférés au détriment des autres », précise-t-il encore.

En vertu des lois en vigueur, ils sont sommés de rapatrier ces sommes dans le système bancaire libanais, où elles seront traitées comme les fonds des autres déposants et soumises aux mêmes restrictions de retrait. En cas de non-respect, des sanctions – encore à définir – devront être appliquées. « Dans ce cas, le procureur financier pourra récupérer les fonds de force en vertu des lois applicables : la loi sur le blanchiment d’argent, la Convention des Nations unies contre la corruption et la loi 214/2021 sur la récupération des avoirs illicites », ajoute Me Daher.

Coup de pouce pour la restitution des dépôts

Une fois restitués, les fonds seront différenciés entre ceux considérés comme « éligibles » et ceux jugés « inéligibles », dans le cadre de la loi sur le rétablissement de l’équilibre financier et la restitution des dépôts (anciennement appelée « loi sur le trou financier »), sur laquelle planche encore le gouvernement.

Si les fonds ont été acquis illicitement (à travers des opérations de blanchiment, de détournement de fonds publics ou d’autres formes de gains illicites), « ils seront saisis et transférés à l’État en vertu de la législation libanaise et du Code pénal, ou de la loi 44/2015 », précise Me Daher. Le retour des fonds dans le système bancaire devrait contribuer à réduire « le trou » financier estimé à 80 milliards de dollars tout en améliorant la liquidité des banques et en augmentant les ressources disponibles pour indemniser les déposants, a souligné la source.

En août 2020, l’ex-gouverneur déchu de la Banque du Liban, Riad Salamé, avait émis la circulaire n° 154, demandant aux banques d’inciter leurs clients ayant transféré plus de 500 000 dollars (ou l’équivalent en devises) à l’étranger après juillet 2017 à restituer 15 % des montants transférés et à les déposer dans un « compte spécial » gelé pendant cinq ans. Le ratio passait à 30 % pour les membres des conseils d’administration des banques, leurs principaux actionnaires ou toute « personne politiquement exposée » occupant un poste exécutif, législatif ou administratif de haut niveau au sein de l’État. De nombreuses dispositions de cette circulaire n’ont jamais été appliquées et elle n’avait aucune force juridique contraignante, la rendant de facto inapplicable.

Le procureur financier, le juge Maher Cheaïto, a rendu une décision historique, « fondée sur des enquêtes en cours », obligeant les personnes physiques et morales – y compris des banquiers – à rapatrier vers les banques libanaises des montants équivalents à ceux transférés à l’étranger pendant la crise économique – ou après le 17 octobre 2019 –, et « dans la même devise », a rapporté jeudi l’Agence nationale d’information (ANI). Les fonds devront être réintroduits dans le système bancaire libanais « dans un délai de deux mois » et « sous la supervision du parquet financier et conformément aux conditions qu’il fixe », précise encore l’ANI. Depuis le déclenchement de la crise en 2019, l’impasse politique a empêché l’adoption d’une loi formelle sur le contrôle des capitaux – une...
commentaires (24)

L'ennui à ma connaissance est qu'il n'y a pas de loi au Liban qui a interdit les transferts. Memes les directives de BDL, leur validité légale est contestable (dans les deux sens). Les tribunaux pour juger ont besoin de lois claires sinon le risque est de passer des années dans des appels kafkaens. D'où se focaliser sur l'origine des fonds qui de toute évidence si ils sont importants et que les banques ont accepté de transférer pour faire plaisir à leurs propriétaires sont douteux. La régularisation se fera non pas car ils ont été transférés mais sur les conditions de leur constititution.

Moi

19 h 00, le 18 août 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (24)

  • L'ennui à ma connaissance est qu'il n'y a pas de loi au Liban qui a interdit les transferts. Memes les directives de BDL, leur validité légale est contestable (dans les deux sens). Les tribunaux pour juger ont besoin de lois claires sinon le risque est de passer des années dans des appels kafkaens. D'où se focaliser sur l'origine des fonds qui de toute évidence si ils sont importants et que les banques ont accepté de transférer pour faire plaisir à leurs propriétaires sont douteux. La régularisation se fera non pas car ils ont été transférés mais sur les conditions de leur constititution.

    Moi

    19 h 00, le 18 août 2025

  • Les banquiers aussi évidemment devront montrer pattes blanches.

    Lecure serj

    16 h 38, le 16 août 2025

  • Le système libanais a été dévoyé de mille façons et c'est en redressant toutes les aberrations qu'un début de confiance pourrait voir le jour. Cette décision est un premier pas mais le chemin sera long. Il faudra que toutes les PPE (personnes politiquement exposées) rendent des comptes. Les honnêtes parmi ces PPE devraient donner l'exemple en publiant leur fortune personnelle et son origine comme cela se fait dans les pays qui se respectent.

    Lecure serj

    16 h 35, le 16 août 2025

  • « Il ne s’agissait pas d’actifs bancaires, mais de fonds personnels transférés au détriment des autres », Cela s'appelle un vol. Les voleurs sont donc connus et doivent être jugés en tant que tels. Ce serait une simple mesure de justice envers ceux qui ont été volés.

    Fredo

    12 h 05, le 16 août 2025

  • Parles paroles paroles .........

    hrychsted

    02 h 10, le 16 août 2025

  • En 6 ans, les prix de la bourse et de l‘immobilier ont augmenté entre 60 et 80% dans le monde occidental. Les personnes qui ont sorti leur argent on donc du faire des bénéfices de cet ordre depuis la sortie de l‘argent jusqu‘à aujourd‘hui. Les libanais „de base“, comme la plupart d‘entre nous, n‘ont pas eu cette opportunité, vu que leurs avoirs étaient gelés. Il faudrait donc non seulement ramener les fonds sortis, mais de plus une „plus-value“ de l‘ordre de 75%, montant qui sera confisqué par le fisc en tant qu‘impôt et pénalité.

    Alain

    22 h 54, le 15 août 2025

  • Je n'ose pas proposer car si on adopte cette idée on risque de repratir pour 5 ans de palabres, mais je la lance quand meme : On pourrait au Liban imaginer un meme processus qu'en France pour les amnisties fiscales sur l'argent soustrait à l'étranger au fisc : Paiement d'une amende (disons au Liban 10% ce qui n'est rien compte tenu du fait que l'argent des transferts est issu probablement d'une fraude à un niveau ou un autre) moyennant rapatriation et amnistie.

    Moi

    12 h 54, le 15 août 2025

  • C’est de la poudre aux yeux. En termes de droit, les virements qui ont eu lieu ne sont pas illégaux. Ce qui est illégal, est la séquestration des autres dépôts par les banques, séquestration dédouanée par les circulaires de la BdL. Les vrais gangsters sont l’ex gouverneur, les dirigeants des banques et les politiciens qui les couvrent. C’est ceux là qui doivent être en prison.

    Lecteur excédé par la censure

    12 h 53, le 15 août 2025

  • Il y a loin de la coupe aux lèvres !

    Politiquement incorrect(e)

    12 h 42, le 15 août 2025

  • Attendons de voir les actions et leurs résultats. Les unes et les autres risquent d'etre en deça des attentes et ça si elles ont lieu de notre vivant.

    Moi

    11 h 38, le 15 août 2025

  • Excellent ! Merci au president et a son premier ministre qui semblent epris de justice !

    nabil samir

    11 h 32, le 15 août 2025

  • Très bien. Il faut aussi rembourser les comptes selon la devise du compte et non en L.L ou en Dollars.

    Georges Zehil Daniele

    10 h 48, le 15 août 2025

  • Karim Soueidi, s’il est un homme honnête, ce que je crois, est la clé de cette affaire : depuis 2019, la Banque centrale du Liban centralise toutes les données relatives aux transferts internationaux. Il a le pouvoir d’accélérer ou de ralentir le processus. Espérons qu’il choisira d’agir rapidement, malgré l’ingérence du cartel mafieux de politiciens et banquiers véreux, dont 46 % de leurs actionnaires sont des responsables politiques, déterminés à se soustraire à la justice et à bloquer les procédures, afin que la vérité soit révélée et que justice soit rendue aux déposants. A. Y.

    A. Y.

    10 h 44, le 15 août 2025

  • Treve de paroles vides. Nous voulons voir de l,Action.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 23, le 15 août 2025

  • Ceux qui ont volé et maquillé leurs vols en fortune personnelle qu’ils ont pu transférer sans être inquiétés, sont les mêmes qui bloquent le pays et font en sorte qu’il reste dans une situation incertaine afin de noyer le poisson. Parions que l’ordre de créer des troubles à l’interne sera donné pour que cette décision prenne l’eau et reste lettre morte. Il y va aussi de la réputation de toutes les banques étrangères qui ont servi de receleurs en acceptant un argent qui sent le blanchiment à des km alors qu’ils avaient signé une charte de transparence. Wait and see.

    Sissi zayyat

    10 h 00, le 15 août 2025

  • ceci dit, faudra absolument poursuivre les banquiers , partenaires et directeurs qui avaient FACILITE ces operations..... sinon cette mesure ne serait ni comlete ni efficace

    L’acidulé

    09 h 24, le 15 août 2025

  • va t on voir des magistrats faire appel pour la juste cause des mafieux de tous genres, comme on en avait temoigne contre les juges vs 4 out 2020,l'explosion du port de beyrouth?

    L’acidulé

    09 h 22, le 15 août 2025

  • Il y a cela, et il y a aussi les gros, gros vols de tous ceux qui étaient endettés, et qui possèdent aujourd’hui des biens qui ne leur appartiennent pas — pendant que les gens honnêtes, eux, sont dépouillés, et que l’argent qu’ils ont gagné à la sueur de leur front est pillé.

    Rhéa m

    08 h 58, le 15 août 2025

  • c'est des broutilles les transferes a l'etranger...il doit un avoir une 50aine de personnes a identifier....les gros gros vols c'est ceux qui etaient endettes et on rendu avec de la monnaie de singe et tout le da3m qui a ete effectue, le petrole vendu moins cher que l'eau des egouts....

    Karim Ghantous

    08 h 29, le 15 août 2025

  • LMAO... QUELLE BLAGUE...

    Emile

    07 h 52, le 15 août 2025

  • Excellente nouvelle: il etait temps. Cela va aider a elucider beaucoup de secrets et decouvrir les manigances des politiciens et une grande partie des corrompus......

    Cadmos

    07 h 36, le 15 août 2025

  • Bien sûr historique la décision. Qui a réussi à transférer “son” argent ? Ni vous ni moi. Toute transaction d’importance est traçable et les pistonnés et leurs banquiers voleurs doivent faire dans leur froc maintenant. Sans la complicité flagrante de la banque centrale et des ministres des finances successifs, rien de tout celà n’aurait été possible. Les voleurs récompensés et les honnêtes gens réduits à mendier leur propre (dans tous les sens) argent. Pas de pitié pour les corrompus et bravo pour la justice. Comparé à l’autre, le duo Aoun-Salam était finalement le bon !

    Goraieb Nada

    06 h 06, le 15 août 2025

  • Eh bien, il était temps que quelqu’un bouge: mais entre ordonner le rapatriement des fonds transférés illégalement et se donner les moyens judiciaires pour les identifier et les ramener au bercail, il y a toute une barrière locale qu’il faudrait démanteler: le cartel mafieux de politiciens et banquiers véreux qui feront de tout pour se dérober, bloquer les procédures judiciaires et se couvrir mutuellement…attendons et voir ce qui va se passer…Chiche que dans quelques semaines le sujet sera aux oubliettes! Mais on espère toujours se tromper.

    Saliba Nouhad

    01 h 46, le 15 août 2025

  • Enfin quelque chose d'intelligent mais, cela aura-t-il des effets ?

    TrucMuche

    00 h 22, le 15 août 2025

Retour en haut