Les robes Marimekko de Jackie Kennedy exposées au musée Kennedy's de Berlin en janvier 2013. Photo DR
En janvier 2013, une exposition au musée Kennedy’s à Berlin donnait à voir une partie de la garde-robe de Jackie Kennedy sous le thème du vêtement comme message politique. Une salle entière dédiée à « L’esprit d’une robe » mettait en avant les créations de la marque finlandaise Marimekko. Il s’agissait de six robes choisies par celle qui deviendrait l’une des Premières dames les plus célèbres des États-Unis, pour la campagne présidentielle de 1960. Des modèles simples en coton, de forme trapèze, simplement ornés de motifs à rayures, qui se distinguaient par des couleurs brillantes tout en accords subtils. Jackie Kennedy était alors enceinte de son fils John Jr et recherchait ces robes de coupes larges qui lui donnaient confort et aisance. Comme la marque était encore inconnue aux États-Unis, ce choix avait en plus de sa simplicité quelque chose d’exclusif, un paradoxe qui la distinguait et intriguait les commentateurs. Jackie O sera imitée notamment par la militante, philosophe et urbaniste Jane Kacobs et la peintre moderniste Georgia O’Keefe. De quoi la positionner dans une posture intellectuelle et droit-de-l’hommiste. Marimekko deviendra dès lors le signe distinctif d’une race de femmes à la fois publiques, influentes et respectées tout en étant, d’une certaine façon, marginales.

Marimekko n’avait été fondée que moins d’une dizaine d’années plus tôt, en 1951, reprenant au pied levé un projet d’usine de toile cirée qui avait tourné court. Son propriétaire, Viljo Ratia, s’était alors associé avec son épouse, Armi, pour transformer l’initiative en usine de vêtements. Armi se tourne vers ses amis artistes pour leur commander des motifs. Ces imprimés seront la valeur ajoutée de la marque qui va privilégier des coupes simples pour ne pas s’embarrasser de sophistications. Ils serviront aussi pour des tissus d’ameublement. La mode de cette époque est au contraire aux robes et tailleurs cintrés et ceinturés, jupes crayon et vestes ajustées, ce qui fait de la démarche Marimekko une petite révolution. Deux artistes vont, en particulier, définir l’identité de la marque. Vuokko Nurmesniemi dessine un imprimé à rayures moyennement espacées, un peu tremblées, contrastées avec du blanc. Son rouge carmin singulier deviendra le rouge Marimekko. Maija Isola, pour sa part, invente l’emblématique coquelicot stylisé, Unikko. Deux motifs que Marimekko interprète encore à l’infini, tantôt amplifiés, tantôt réduits. Ils seront déclinés sur des lignes de porcelaine, de jouets et d’objets divers, notamment un papier peint qui signe à lui seul l’esthétique des années 1960-70.
Armi décède en 1979 laissant Marimekko orpheline de sa directrice artistique. La marque décline jusqu’à ce que l’entrepreneure finlandaise Kirsti Paakkanen en reprenne la direction générale en 1991. Paakkanen a le sens du marketing. Elle fait endosser les maillots et robes de la marque par le personnage de Carrie Bradshaw dans la série Sex and the City. La même Carrie Bradshaw décore aussi son appartement en Marimekko, remettant le label au cœur des tendances des années 2000. La seule fois où la marque se détournera de ses motifs stylisés, elle le fera pour la bonne cause. En 2017, la Finlande célèbre le centenaire de son indépendance. Marimekko commande pour l’occasion à l’artiste Maija Louekari des dessins inspirés de la faune et de la flore ainsi que du folklore finlandais. La série qui en résulte s’appelle Veljekset (Frères). Marimekko est si proche de l’identité de la Finlande que la compagnie aérienne Finnair arbore dans ses propres couleurs son coquelicot Unikko sur le fuselage de ses avions depuis 2012. Lors de la semaine de la mode printemps-été 2026 de Copenhague, qui s’est tenue du 4 au 8 aout, Marimekko a déployé ses rayures et des fleurs stylisées, les associant souvent. Nouvelles tonalités, volumes toujours inclusifs, la marque continue de surprendre comme si on la découvrait pour la première fois.


