Ali Larijani, conseiller du Guide suprême iranien, après un entretien avec le Président du Parlement, Nabih Berry, à Beyrouth, en novembre 2024. Photo d’archives/AFP
En dépit des protestations du ministre des Affaires étrangères Joe Raggi, et de celles d’une partie de la classe politique contre « les ingérences iraniennes » dans les affaires libanaises, le secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, est attendu à Beyrouth mercredi. L’ambassade d’Iran a d’ailleurs sollicité des rendez-vous officiels avant même que la visite de ce dernier à Beyrouth ne soit officiellement annoncée.
Cette visite revêt une grande importance. D’abord parce que M. Larijani est considéré comme une des personnalités proches du guide suprême iranien Ali Khamenei. Ce qui signifie donc que les discussions seront situées à un niveau plus élevé. Ensuite, parce que cette visite intervient dans le cadre d’une tournée qui a mené Larijani en Irak puis au Liban, comme s’il s’agissait soudain de faire revivre le fameux « axe de la résistance ». De même, la visite de Larijani devrait précéder de peu celle de l’émissaire américain Tom Barrack, qui serait, cette fois, accompagné de sa prédécesseure Moragn Ortagus, ainsi que celles d’autres émissaires français et arabes. Enfin, parce que cette visite se déroule à l’heure où l’Iran tente d’obtenir une levée durable des sanctions sur son régime.
De plus, dans le contexte purement libanais, cette visite se déroule juste après la décision, qualifiée d’historique, du Conseil des ministres de prendre le contrôle des armes du Hezbollah. Depuis, ce dernier ne cesse d’affirmer que cette décision restera lettre morte et deux figures iraniennes au moins, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le conseiller de l’ayatollah Khamenei Ali Akbar Velayati, ont critiqué le gouvernement libanais.
Quelle sera, dans ce cas, la position que portera Larijani avec lui à Beyrouth ? Et cette visite ne risque-t-elle pas d’envenimer les relations libano-iraniennes et d’augmenter par ricochet les critiques d’une partie des Libanais contre le Hezbollah ?
Pour des sources proches de l’Iran à Beyrouth, la visite de M. Larijani vise essentiellement à adresser un message clair à tous ceux qui ont des doutes sur le fait que l’« axe de la résistance » existe toujours et qu’il est en train de se remettre des coups qu’il a reçus. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a commencé par se rendre en Irak, où des pressions sont actuellement exercées sur le Hachd el-Chaabi. M. Larijani aurait, selon les mêmes sources, transmis un message clair aux autorités irakiennes à ce sujet.
Au Liban, M. Larijani compterait transmettre un double message à ses interlocuteurs : le premier aux responsables en leur conseillant de ne pas trop croire aux promesses qui leur sont faites car les Israéliens prépareraient de nouvelles attaques dans la région, contre le Liban et l’Iran plus précisément. Et le second au Hezbollah pour qu’il tienne bon, malgré les pressions, et continue de se réorganiser et de se restructurer dans tous les domaines. D’ailleurs, depuis quelques jours, les médias israéliens multiplient les analyses sur le fait que le Hezbollah ne serait pas aussi affaibli que Tel-Aviv le pense.
Selon les sources précitées, après le coup terrible reçu par le Hezbollah lors de la guerre de l’automne dernier, c’est l’Iran qui a repris l’initiative au sein de cette formation, pour l’aider à se restructurer. Le Hezbollah – auquel son ancien secrétaire général, Hassan Nasrallah, avait donné une grande autonomie par rapport à son parrain iranien – serait donc désormais plus dépendant qu’auparavant de l’Iran et en particulier des gardiens de la révolution. Or ces derniers sont convaincus que l’épisode de la guerre entre Israël et l’Iran n’est pas fini et que les Israéliens se prépareraient à porter un nouveau coup fort aux autorités iraniennes, notamment au guide suprême, dans le but de renverser ce qu’ils appellent le régime des mollahs. Mais toujours selon les mêmes sources, ce coup pourrait être précédé de frappes contre le Hezbollah, et c’est pourquoi ce dernier devrait rester sur ses gardes et prêt à tous les scénarios. Selon elles, même si le Hezbollah remet ses armes à l’armée libanaise, les Israéliens pourront toujours trouver un prétexte pour le frapper.
En somme, le message iranien serait le suivant : si les prochains mois s’écoulent sans qu’il y ait de nouvelles frappes israéliennes, on pourrait croire que le danger est réellement passé. Mais d’ici là, il serait préférable de ne pas faire d’importantes concessions au sujet des armes, en dépit des pressions intensives exercées de toutes parts, surtout qu’aucune garantie n’a été fournie au Liban sur les intentions israéliennes.


Au co-lecteur Kgz, Sujet de reflexion: Question très intéressante / pertinente, qui mériterait un débat beaucoup plus poussé qu'on ne peut résumer en 600 caractères. Il serait intéressant que L'OLJ augmente cette limite. Par ailleurs s'ils pouvaient créer un forum de discussion (toujours modéré et soumis à des règles de courtoisie et bienséance) ou l'on puisse échanger par thématique, au-delà des limites d'un article donné, se serait superbe. La force et l'avenir du Liban sont dans le dialogue et la compréhension de l'autre, alors pourquoi ne pas commencer ici?
00 h 43, le 14 août 2025