Des véhicules sont bloqués dans les embouteillages à l’entrée de Saïda le 19 juin 2026, alors que des habitants des villages du sud fuient vers la capitale, Beyrouth, à la suite des frappes aériennes israéliennes menées à travers le sud du Liban. Photo Mahmoud Zayyat / AFP
Le Liban a retenu son souffle. Il a connu vendredi l'une des journées les plus meurtrières depuis l'annonce lundi d'un protocole d'accord irano-américain prévoyant une cessation des hostilités. À tel point que la peur d'un effondrement de l'accord s'est fait sentir, dans la foulée du report des négociations prévues en Suisse entre Washington et Téhéran, vraisemblablement à cause d'un désaccord au sujet du Liban. Sur le terrain, des dizaines de frappes israéliennes ont pilonné le Sud et la Békaa, faisant au moins 47 morts et 97 blessés, selon le ministère libanais de la Santé. Si Israël semble vouloir profiter du surplace dans les négociations entre les États-Unis et l'Iran, il a présenté les attaques de vendredi comme une riposte à la mort de quatre soldats dans la zone occupée au Liban-Sud à la suite d'une attaque du Hezbollah. Mais l'escalade a finalement été contenue dans l'après-midi, et un cessez-le-feu surprise a été annoncé.
Négocié par les médiateurs américains et qataris, ce cessez-le-feu a été annoncé à l'AFP dans l'après-midi par un haut responsable américain sous couvert d'anonymat. Prévu pour entrer en vigueur à 16 heures, il a été accepté par les deux parties, sous réserve qu'aucune ne soit attaquée par l'autre. Mais peu après cette annonce, l'armée israélienne a affirmé qu'elle maintiendrait sa « zone tampon » au Liban-Sud, d'une profondeur d'une dizaine de kilomètres, et a poursuivi ses frappes. Au moins trois personnes ont alors été tuées, dont un membre du mouvement Amal, Hussein Taleb Khodr, à Habbouche (caza de Nabatiyé), et deux autres à Kaouthariyet al-Sayyad (caza de Saïda). Selon le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, cité par l'agence Reuters, l'Iran aurait par ailleurs informé le parti que les discussions avec les États-Unis ne pourraient reprendre avant l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu global. « Nous respecterons le cessez-le-feu si Israël le respecte », a affirmé de son collègue Ibrahim Moussaoui à la chaîne al-Arabiya. « Nous nous réservons le droit de riposter » à des attaques israéliennes, a-t-il ajouté.
En face, un haut responsable israélien a confirmé à Reuters qu’Israël était dans une situation de « cessez-le-feu ». « Si le Hezbollah ne nous attaque pas, alors nous ne sommes plus en situation de guerre », a-t-il encore affirmé. Avant d’indiquer que l’armée israélienne « maintiendra ses forces dans le sud du Liban ». Un léger fléchissement de ton, qui intervient à l'heure où le Liban se trouve au cœur du bras de fer entre les États-Unis et l'Iran.
Après l'annonce de la mort de quatre soldats israéliens au Liban-Sud, dont le commandant du 52e bataillon, le lieutenant-colonel Dor Gedalia Ben Simhon, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé qu'Israël resterait au Liban « aussi longtemps que nécessaire » et ferait payer au Hezbollah « un prix très lourd ». Selon le quotidien israélien Haaretz, ces militaires ont été tués dans une attaque du Hezbollah contre un char. Le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a aussitôt déclaré que « tout le Liban doit brûler ». Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a, quant à lui, appelé sur X à « ouvrir les portes de l'enfer ». L'armée israélienne a aussi annoncé qu'un officier avait été grièvement blessé et trois réservistes légèrement touchés dans une attaque de drone.
150 cibles
L'escalade israélienne avait débuté dès la nuit tombée jeudi, et s'est poursuivie sans relâche jusqu'à l'après-midi de vendredi. Elle a été accompagnée dans la matinée d'une tentative de progression en direction des hauteurs stratégiques de Ali Taher, qui dominent Nabatiyé et les villages de l'Iqlim al-Touffah. Les frappes ont provoqué une nouvelle vague de déplacements depuis les localités touchées, principalement dans les régions de Nabatiyé et du Zahrani, vers Saïda et Beyrouth, selon notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah. Dès 9 heures vendredi, le bilan s'élevait déjà à 25 morts, dont de nombreux civils et enfants. À Harouf, six membres d'une même famille, les parents et leurs quatre enfants, ont été tués. À Charkiyé, Mahmoud Choueib, son épouse Batoul, leur fille Zahra âgée de six ans, ainsi que Hanadi Jaradi, 40 ans, ont été tués. À Kfarsir, les attaques israéliennes ont tué une mère et sa fille.
Jusqu'à 10 heures, plus de cinquante frappes avaient pilonné Nabatiyé et ses environs, notamment Doueir, Jibchit, Bfaroué et Harouf. Les secours ont dû dépêcher de nombreuses ambulances pour évacuer des habitants bloqués dans les zones bombardées. Dans l'après-midi, deux secouristes de l'association al-Rissala affiliée au mouvement Amal, Kassem Roumani et Ali Obeid, ont été tués à Habbouche alors qu'ils accomplissaient « leur mission humanitaire », selon notre correspondant.
La Békaa n'a pas été épargnée. Des frappes ont notamment touché Aïn Bourday, Douris, Zelaya et les hauteurs d'Abou Rached, selon notre correspondante Sarah Abdallah. L'armée israélienne a affirmé avoir ciblé une « infrastructure du Hezbollah » dans la Békaa en représailles à ce qu'elle qualifie de « violations répétées du cessez-le-feu ». En début d'après-midi, elle a indiqué avoir mené plus de 80 frappes au Liban au cours « des dernières heures » et avoir tué « des dizaines de combattants du Hezbollah ». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé pour sa part que, conformément à ses ordres, l’armée israélienne avait « frappé avec force 150 cibles du Hezbollah ».
Dans la journée, le président libanais Joseph Aoun a dénoncé « une escalade dangereuse et condamnable qui a frappé des dizaines d'innocents, dont des femmes et des enfants ». Il a cependant assuré que cette escalade n’empêchera pas le travail pour la réalisation d’un cessez-le-feu global dans les plus brefs délais, qu’il dit avoir « recommandé aux négociateurs libanais à la prochaine session à Washington ». Il n’est pas possible d’éluder la question, car « le cessez-le-feu global est la porte d’entrée pour aborder les autres sujets, le plus important étant le retrait israélien, le déploiement de l’armée et le retour des prisonniers », a-t-il dit.



