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Société - Témoignages

« Je travaille deux fois plus pour envoyer de l'argent à la famille au Liban » : depuis l'étranger, une diaspora sous pression financière

Six ans après son déclenchement, la crise économique est toujours là et nombreux sont les Libanais de l'étranger à venir en aide à leurs proches restés au pays.

« Je travaille deux fois plus pour envoyer de l'argent à la famille au Liban » : depuis l'étranger, une diaspora sous pression financière

Une vue d'ensemble de Beyrouth. Photo d'illustration Guillaume Boudisseau

« La diaspora a toujours été le soutien et l’espoir du Liban », a déclaré le président Joseph Aoun vendredi à l’occasion du 4e forum économique de la diaspora tenu à Beyrouth. « Lorsque toutes les sources de revenus se sont taries, vous seuls avez continué », a-t-il ainsi remercié le public présent, en référence à la crise économique déclenchée fin 2019. Selon un rapport de février de la Banque mondiale, le Liban a reçu 5,8 milliards de dollars de la part de sa diaspora en 2024, soit 17,7 % du PIB. Au plus fort de la crise, en 2021, les remises migratoires en constituaient 32,1 %. 

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Ces transferts ont permis à de nombreuses familles restées au Liban de subsister dans des périodes d’hyperinflation et de dépréciation de la monnaie nationale, 44 % de la population libanaise étant passée sous le seuil de pauvreté. L’application par les banques de mesures restrictives et aléatoires sur les dépôts ainsi que les suppressions d’emplois ont participé à cet appauvrissement généralisé. Partis à l’étranger, dans le but parfois de permettre à leur famille restée au pays de vivre décemment, certains expatriés témoignent pour L'Orient-Le Jour du poids d’une responsabilité qu’ils ne pensaient pas avoir à porter aussi tôt dans leur vie.

Responsabilité et culpabilité

« Je veux qu’ils vivent comme avant la crise. Je considère que c’est ma responsabilité, alors je me mets la pression », confie Julien*, 32 ans. Installé à Doha, au Qatar, depuis la fin 2021, celui qui travaille dans les médias aide cinq membres de sa famille en fonction de leurs besoins : ses parents, son frère et ses deux cousins. Parfois par transferts de fonds, sinon en liquide lorsqu’il vient au Liban, Julien travaille « deux fois plus » pour toujours donner, notamment à son frère et à ses parents, tous trois sans emploi et dont l’argent est bloqué dans les banques. « Quand ils disent ne plus pouvoir se permettre quelque chose, j’alourdis ma charge de travail pour qu’ils le puissent toujours », explique celui qui admet avoir quitté le pays en partie pour permettre une stabilité financière à lui et ses proches. « Je m’empêche actuellement d’avoir de grands projets personnels pour toujours davantage économiser et que personne ne manque jamais de rien », admet Julien, qui se dit « traumatisé » par les banques libanaises.

Pour mémoire

Face à la crise libanaise, les enfants au secours des parents

À des milliers de kilomètres de là, au Canada, Nour*, 37 ans, constate que l’aide financière qu’elle envoie à sa famille au Liban, représentant 15 % de ses revenus annuels, grimpe d’année en année, « le coût de la vie y ayant beaucoup augmenté ». Ses proches n’ont pas d'argent de côté, « vivent au mois, de paie en paie ». Nour leur permet alors de faire face aux imprévus, comme les réparations de la voiture, les frais de scolarité ou un déménagement. Admettant se priver de certains achats, cette mère de famille se dit frappée par « le mode de vie au Liban qui reste haut de gamme » malgré la crise : « Cette pression sociale, l’importance donnée à l’apparence et au regard des autres empêchent les gens de réduire leur niveau de vie alors qu’ils n’en ont plus les moyens », déplore-t-elle.

À Dubaï, où il est installé depuis fin 2018, Élie pensait y rester « deux ou trois années ». La crise économique change ses plans, lui intime l’ordre de rester pour pouvoir assurer les besoins de ses parents restés au Liban. Alors que les années 2019 ou 2020 consistaient à les soutenir lors des imprévus ou des urgences, il verse désormais un montant fixe mensuel à ses proches dont l’argent est bloqué dans les banques. « C’est devenu normal », décrit le trentenaire, qui admet s’être privé au plus fort de la crise, de 2019 à 2021, et avoir dû quitter un travail qui lui plaisait pour un autre avec un meilleur salaire, « le côté financier étant devenu la priorité ». Se sentant malgré tout coupable de ne pas être présent au Liban avec sa famille, Élie estime que le pays a décidé pour lui : « Je savais que j’aiderais un jour mes parents. Avec la crise, c’est arrivé plus tôt que prévu. »

*Les prénoms ont été changés.

« La diaspora a toujours été le soutien et l’espoir du Liban », a déclaré le président Joseph Aoun vendredi à l’occasion du 4e forum économique de la diaspora tenu à Beyrouth. « Lorsque toutes les sources de revenus se sont taries, vous seuls avez continué », a-t-il ainsi remercié le public présent, en référence à la crise économique déclenchée fin 2019. Selon un rapport de février de la Banque mondiale, le Liban a reçu 5,8 milliards de dollars de la part de sa diaspora en 2024, soit 17,7 % du PIB. Au plus fort de la crise, en 2021, les remises migratoires en constituaient 32,1 %.  Lire aussi Le président Aoun invite la diaspora à un « véritable partenariat » pour créer des opportunités d’emplois au Liban Ces transferts ont permis à de nombreuses familles restées au Liban de...
commentaires (1)

Et pendant ce temps....Ceux qui ont pillé le pays, volé les caisses, prennent les décisions pour la suite..

LeRougeEtLeNoir

19 h 07, le 10 août 2025

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Commentaires (1)

  • Et pendant ce temps....Ceux qui ont pillé le pays, volé les caisses, prennent les décisions pour la suite..

    LeRougeEtLeNoir

    19 h 07, le 10 août 2025

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