Le Premier ministre Nawaf Salam à son arrivée à Baabda pour la réunion du gouvernement présidée par le chef de l'Etat libanais, Joseph Aoun, le 7 août 2025. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine
Après avoir fixé mardi un délai pour que l’État libanais exerce pleinement le monopole des armes d’ici la fin de l’année, le Conseil des ministres a adopté jeudi les objectifs de la feuille de route proposée par l’émissaire américain Tom Barrack. Cette double décision a provoqué des réactions partagées au Liban, où certains y voient un pas vers la souveraineté, tandis que d’autres la dénoncent comme étant un alignement sur les intérêts israéliens. À l’international, Paris et Washington saluent une initiative « courageuse » et « historique ». Retour sur les principales prises de position.
Une « décision courageuse »
Le premier à réagir Tom Barrack a félicité les autorités libanaises pour avoir pris « une décision historique, courageuse et juste ». « Les résolutions adoptées cette semaine en Conseil des ministres lancent enfin la mise en œuvre du principe ‘Une nation, une armée’ pour le Liban. Nous soutenons le peuple libanais », a-t-il écrit sur X.
Le porte-parole du département d'État américain, Tommy Pigott, a affirmé pour sa part jeudi que « les États-Unis saluent la décision prise mardi par le gouvernement libanais de charger les forces armées libanaises de mettre en œuvre un plan visant à placer toutes les armes sous le contrôle de l'État d'ici la fin de l'année ». « Il s'agit d'une étape importante vers la souveraineté du Liban. Nous continuons à suivre de très près les évolutions au Liban », a-t-il ajouté. Il a également indiqué que « l’émissaire Tom Barrack a clairement exprimé ce que le président américain Donald Trump attendait ». « Tant que le Hezbollah conservera des armes, les paroles ne suffiront pas », a-t-il assuré. « Les forces armées libanaises doivent s’engager pleinement et dès maintenant à mettre en œuvre la décision du gouvernement. » « La crédibilité du gouvernement libanais repose sur sa capacité à faire correspondre les principes aux actes », a-t-il conclu.
Dans un message publié sur le réseau X, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a affirmé de son côté que la France saluait « la décision courageuse et historique du gouvernement libanais d’aller vers une pleine souveraineté ». Il a indiqué que cette décision est « celle d’un État fort, disposant du monopole de la force légitime, capable d’assurer la protection de toutes les communautés, de reconstruire un pays dévasté par la guerre et la crise économique, et de garantir son intégrité territoriale au sein de frontières agréées avec ses voisins ».
Pour sa part, le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jassem Mohammad el-Boudaïwi, a salué «une étape importante vers le renforcement de la souveraineté de l'État libanais ». Cette décision, « associée aux réformes nécessaires, contribuera grandement à renforcer la confiance de la communauté internationale et des partenaires multilatéraux et ouvrira la voie à un environnement plus attractif pour les investissements, y compris dans le secteur privé », a indiqué le responsable.
« Pas de retour en arrière »
Le chef du parti Kataëb et député Samy Gemayel a, lui, salué les mesures prises par le gouvernement lors d'une visite au palais de Baabda. Après avoir rencontré le président Joseph Aoun en présence des députés du parti, il a déclaré que les Kataëb sont fiers du « courage dont ont fait preuve le président Aoun et le gouvernement pour bâtir un État pour tous les Libanais ». « La nouvelle page que le président Aoun tente d'ouvrir vise à libérer le Liban de toute tutelle pour la première fois de son histoire et à le construire grâce à un partenariat entre tous les Libanais », a noté M. Gemayel. « La décision prise hier (jeudi) est dans l'intérêt de tous les Libanais, quelle que soit leur confession (...) Il est de notre devoir de rassurer tous ceux qui pensent que cette décision leur est défavorable et de leur garantir que personne n'est exclu », a-t-il ajouté.
« Félicitations au Liban pour ce gouvernement qui incarne la souveraineté et la prise de décision nationale, et qui ne permet pas aux opportunistes, aux communautaristes et aux milices de perturber la voie de l’édification de l’État », a écrit sur X le député de la contestation Mark Daou. « La décision est définitive, il n’y a pas de retour en arrière. Retournez à l’État et abandonnez la logique des milices. Nous avons un gouvernement et nous construisons un État fondé sur la Constitution », a-t-il ajouté. Fouad Makhzoumi, député sunnite de Beyrouth, a salué la décision, qu’il a qualifiée d’ « historique » . Sur son compte X, il a félicité le président Joseph Aoun et le Conseil des ministres pour « cette importante réalisation nationale qui constitue une étape courageuse et nécessaire sur la voie de la consolidation de la souveraineté de l’État et du renforcement de ses institutions légitimes ». « Tout mon soutien à cette voie réformiste qui sert l’intérêt du Liban et de son peuple, et pave la voie à une avenir meilleur pour notre pays », a-t-il conclu.
De son côté, le député des Forces libanaises Razi el-Hage a estimé « étrange le rejet du tandem chiite Hezbollah-Amal, alors que la feuille de route de Tom Barrack contient toutes ses revendications, à savoir le retrait israélien, le tracé des frontières, le soutien à la reconstruction et à l’économie ». « Ils veulent que l’agression israélienne du Liban se poursuive, ils veulent que le Liban soit un État voyou sous leur commandement ! » a-t-il déploré.
« Les objectifs d'Israël »
La ministre de l’Environnement, Tamara el-Zein, qui est sortie de la réunion du gouvernement jeudi a affirmé à al-Jadeed que la décision du Conseil des ministres n’a pas bénéficié d’un consensus et que ses clauses « touchent à la souveraineté du Liban » et nécessitent une discussion à un niveau politique plus élevé. « Notre objection n’a jamais été dirigée contre la mission de l’armée libanaise », a-t-elle déclaré. « Je ne suis pas porte-parole du Hezbollah, mais de mon point de vue, lorsque je vois un accord de ce genre, je préfère dire ce que je pense et mettre en garde contre les points dangereux ». Elle a précisé qu’elle ne considère pas la démission comme une option plus efficace que de faire entendre sa voix, affirmant : « Jusqu’à présent, la démission n’est pas envisagée ».
Pour sa part, l'uléma jaafarite Ahmad Kabalan, religieux chiite proche du Hezbollah, a vivement critiqué le gouvernement, estimant qu'il « abandonne délibérément les intérêts du Liban, ainsi que ceux du Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth, et porte atteinte à la souveraineté nationale ». « Le gouvernement soutenu par les États-Unis veut exposer le Liban aux projets les plus dangereux de Washington et de Tel-Aviv », a-t-il accusé, selon l'Agence nationale d’information (ANI, officielle). « Nous ne voulons pas que la reconstruction et le déblaiement des décombres soient effectués par un gouvernement qui traite avec hostilité le Sud, la Békaa, la banlieue et les intérêts nationaux », a-t-il ajouté. M. Kabalan a encore mis en garde contre une décision qui risque de « mettre le pays en grand danger et de compromettre la paix civile ».
Premier membre du Hezbollah à commenter la décision du gouvernement, le député Amine Cherri a indiqué que son parti avait « rejeté la feuille de route américaine, car elle reflète les objectifs d’Israël ». Il a estimé que « les mesures prises par le gouvernement ne renforcent ni la souveraineté ni ne permettent de libérer les territoires », appelant à « un débat sérieux sur la stratégie de défense », tout en précisant que « le dialogue reste ouvert avec le gouvernement de Nawaf Salam ».
Le vice-président du Conseil supérieur chiite, le cheikh Ali el-Khatib, a quant à lui fait savoir dans un communiqué, que « l’émissaire américain Tom Barrack a atteint son objectif en transformant un conflit libano-israélien en affrontement politique à l'intérieur du gouvernement libanais, dégageant ainsi Israël du cercle des accusations de l’opinion publique internationale, comme étant celui qui ne respecte pas l’accord et empêche le déploiement de l’armée libanaise sur l’ensemble du territoire au sud du Litani, comme le stipule la résolution internationale ».
« Un spectacle d’humiliation »
Le chef du Courant patriotique libre (CPL), le député Gebran Bassil, a pour sa part déclaré au cours d’une rencontre avec les jeunes du parti : « Nous sommes parmi ceux qui veulent que les armes soient exclusivement aux mains de l’État, et que seule l’armée soit chargée de défendre la patrie. Nous voulons que la décision appartienne à l’État, à ses institutions constitutionnelles, mais nous ne voulons pas que cette décision vienne d’ailleurs ». Il a ajouté : « Que le gouvernement vienne nous dire qu’il a adopté une stratégie de défense nationale, ou qu’il a présenté un document libanais approuvé, et non pas qu’il se réunisse pour adopter un document américain ». « Nous sommes pour l’exclusivité des armes aux mains de l’État et de la politique aux mains de l’État, mais nous sommes contre la soumission à Israël, à la Syrie ou à tout autre pays. Nous revivons aujourd’hui un spectacle d’humiliation qui nous rappelle les jours de la tutelle », a-t-il encore martelé. « Qu'ils préservent au moins les apparences ! Et qu’ils adoptent une feuille de route libanaise, ni américaine, ni syrienne, ni iranienne, ni dictée par aucune autre nation ! Quelle honte ! », avait-il déjà écrit sur X peu après l'annonce du gouvernement.
De son côté, le leader des Marada, Sleiman Frangié, ancien candidat du Hezbollah à la présidentielle, a mis en garde contre la sédition et le « risque d’être attiré par des promesses vaines qui pourraient être destructrices », un jour après que le gouvernement libanais a approuvé les objectifs fixés par une proposition américaine visant à instaurer un monopole des armes. « Le monopole de l’État sur les armes est une demande nationale, et tout le monde est d’accord là-dessus, mais la précipitation et l’empressement cachent un certain danger », a-t-il écrit sur X.
« Même si les intentions de certains sont positives, d’autres, parmi lesquels certains ambassadeurs en tête, œuvrent selon un agenda précis où les intérêts de leurs pays croisent ceux d’Israël, qui assure sa survie en fragmentant les pays de la région », a-t-il ajouté.




…quand à Amine Cherri, qui estime que „les mesures prises par le gouvernement ne renforcent ni la souveraineté ni ne permettent de libérer les territoires“, a-t-il seulement lu la proposition Barrack? Les buts sont clairement de renforcer la souveraineté et libérer les territoires! A moins qu‘il ne pense à d‘autres territoires? Tel Aviv? Jérusalem? Bassil et Frangieh, n‘en parlons même pas. Tout ce beau monde a peur que le gouvernement réussisse là ou ils ont tout fait pour échouer. S‘il y a „law and order“ au Liban, leur magouilles ne seront plus possibles. Et ça, ça fera mal au portefeuille!
00 h 58, le 09 août 2025