Le député de Baalbeck-Hermal, Ghazi Zeaiter. Photo ANI
Le député et ancien ministre des Travaux publics Ghazi Zeaiter a rejeté mercredi toutes les accusations portées contre lui dans l’affaire de la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, estimant qu'elles étaient « avant tout politiques et médiatiques, non judiciaires », selon des propos tenus lors d’un entretien et rapportés par l’Agence nationale d’information (ANI, officielle).
Membre du mouvement chiite Amal du président du Parlement Nabih Berry, M. Zeaiter a affirmé notamment qu’« Israël a fait exploser le port » et qu’« une lourde responsabilité incombe à l’armée libanaise », évoquant son rôle dans l’autorisation de l’entrée de matières dangereuses au port, notamment le nitrate d’ammonium, qui allait provoquer l’explosion.
Lors de l'entretien, M. Zeaiter a maintenu qu’il restait convaincu qu’Israël était derrière l’explosion du port. « Israël a bombardé le port », a-t-il insisté, affirmant que « certains ont vu des avions israéliens dans le ciel et les destructions rappellent celles d’opérations militaires israéliennes récentes ».
Des habitants avaient signalé avoir entendu des bruits d’avions quelques secondes avant la déflagration, d'autres décrivant un sifflement semblable à celui d’un réacteur, mais le directeur de Bellingcat, groupe de journalistes d’investigation basé au Pays-Bas, a récemment déclaré à L’Orient-Le Jour que si la chose est possible, aucune preuve ne vient étayer cette théorie, d’autres experts soulignant que l’incendie ayant précédé l’explosion pourrait avoir produit des sons similaires à ceux de chasseurs.
« Une autorisation du renseignement militaire »
Tout en refusant de désigner des responsables, « par respect pour le sang des martyrs du port et les larmes de leurs familles », M. Zeaiter a affirmé : « Une grande responsabilité incombe à l’armée libanaise », expliquant que « l’entrée de nitrate d’ammonium ou de toute matière dangereuse nécessite une autorisation du renseignement militaire ». «Même le ministre des Travaux publics a besoin de la permission du renseignement militaire et des agences de sécurité pour visiter et inspecter le port», a-t-il ajouté.
M. Zeaiter a, à plusieurs reprises, refusé de comparaître devant le juge d’instruction Tarek Bitar, qui l’avait convoqué en tant que suspect dans l’enquête sur la double explosion. Le magistrat avait été contraint de suspendre ses investigations en janvier 2023, face à l’hostilité d’une grande partie de la classe politique, notamment du Hezbollah, et à une série de plaintes déposées contre lui. Il a repris son enquête début 2025, interrogeant plusieurs anciens responsables, dont l’ex-Premier ministre Hassane Diab et l’ancien ministre de l’Intérieur Nohad Machnouk.
Ce drame, l’une des plus puissantes explosions non nucléaires jamais recensées, a dévasté une grande partie de la capitale libanaise, faisant 235 morts et 7 500 blessés. L’explosion a été précédée par un incendie dans un entrepôt du port, où étaient stockées des tonnes de nitrate d’ammonium de manière inappropriée, et ce malgré de nombreux avertissements adressés aux plus hautes autorités, aujourd’hui accusées de négligence. M. Zeaiter occupait le poste de ministre des Travaux publics et des Transports en 2014, au moment où le nitrate d’ammonium a été déchargé, apparemment acheminé par un navire battant pavillon russe.
Pour la première fois, il a dévoilé des documents reçus durant son mandat, dont « une lettre de l’ambassade de Russie sur les mauvaises conditions des marins russes à bord du navire », ainsi qu’une autre lettre de l’ambassade d’Ukraine s’interrogeant sur la non-exécution d’une décision judiciaire du juge Jad Maalouf ordonnant la remise à flot du navire. Dans les deux cas, il a assuré que « les mesures nécessaires avaient été prises ».
« J’ai exercé mon droit légitime à me défendre »
« Le juge Sawan avait évoqué des soupçons concernant douze ministres et quatre Premiers ministres, mais il n’a adressé une lettre au président de la Chambre que pour signaler des soupçons à l’encontre de M. Diab, des députés Zeaiter et Ali Hassan Khalil, ainsi que de l’ancien ministre Youssef Fenianos », a déclaré M. Zeaiter. « C’est à ce moment-là que des doutes ont émergé sur la politisation de l’affaire. J’ai exercé mon droit légitime à me défendre ».
M. Zeaiter a également indiqué que « le juge Tarek Bitar avait donné des garanties à Abbas Ibrahim (ancien directeur de la Sûreté générale), Nohad Machnouk et Hassane Diab leur assurant qu’ils ne seraient pas placés en détention s’ils comparaissaient devant lui. Une offre similaire m’a été transmise par l’intermédiaire d’un avocat : comparaître et présenter toutes les preuves et documents en ma possession, sans être arrêté ». Ghazi Zeaiter a affirmé avoir « refusé la proposition de Bitar, car elle contredit les procédures légales », notant qu’il avait déjà déposé une demande de récusation contre ce juge et que sa poursuite devait relever de la compétence parlementaire.
Il a également affirmé qu’après la mise en examen décidée par le juge Sawan, il avait rendu visite à Nabih Berry, qui lui a déclaré: « Si je savais que toi et le député Ali Hassan Khalil étiez responsables, j'aurais été premier à vous tenir pour responsables. Je protège la Constitution, pas les individus ».
Ghazi Zeaiter a précisé que M. Berry avait demandé la tenue d’une session parlementaire consacrée à la question de la levée de l’immunité des députés en exercice, à la suite d’une pétition signée par 26 députés. Cependant, le quorum n’a pas été atteint, la plupart des blocs parlementaires étant absents. Interrogé sur ce qu’il ferait en cas de condamnation officielle, il a répondu : « On verra le moment venu ».


On c’est l’Iran qui a fait exploser le nitrate d’ammonium stocké par le Hezbollah en face des quartiers chrétiens de Beyrouth!
13 h 50, le 08 août 2025