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Persiste et signe


C’est à une réédition puissamment étoffée de son serment constitutionnel qu’a procédé jeudi le président de la République, dans son allocution pour la fête de l’Armée. Rien là d’une quelconque version revue et corrigée de son engagement à restituer à l’État le monopole de la détention d’armes. Au contraire, et loin de toutes généralités, paraphrases et euphémismes chers au jargon officiel, Joseph Aoun a marqué deux significatives premières.

Le président a nommément cité le Hezbollah – mieux encore, le seul Hezbollah – en évoquant les groupes armés appelés à renoncer à leurs arsenaux. Par la bouche du premier personnage de l’État, la milice pro-iranienne vient de perdre à jamais le statut d’organe-clé de la résistance qu’elle s’était arrogé durant plus de quatre décennies. Même si elle demeure représentée au sein des deux pouvoirs législatif et exécutif, elle rejoint en somme le peloton des nombreuses autres formations paramilitaires illégalement, anormalement présentes sur le sol libanais. On le constate, rien que de se décider à appeler un chat un chat achève de briser un vieux mythe déjà gravement lézardé, il est vrai, par la désastreuse guerre de soutien à Gaza.

En invitant tous les Libanais à choisir s’en remettre exclusivement désormais à l’État pour leur bien-être et leur sécurité, le président a par ailleurs innové en s’adressant tout particulièrement au public du Hezbollah, autrement dit à la communauté chiite. Il l’a fait avec tact et sentiment sans jamais verser dans le paternalisme, en appréciation et respect des sacrifices que cette composante essentielle du tissu national a consentis bon gré mal gré et qui ne doivent pas avoir été vains. Il est cependant évident que pour amener les chiites du Liban à parier désormais sur l’État, l’ancien commandant de la troupe n’a d’autre choix que de miser à fond, à son tour, sur la coopération du président de l’Assemblée qui en escompte, bien entendu, des bénéfices politiques. Allié du Hezbollah, Nabih Berry est certes lui-même à la tête d’un mouvement Amal bien plus proche d’une milice armée que d’une association de bienfaisance ; en revanche et entre autres titres de gloire, il se trouve être aussi l’interlocuteur privilégié des Américains, même s’ils lui agitent périodiquement la menace de sanctions économiques pour le porter à mettre du cœur à l’ouvrage…

C’est mardi prochain que cette sinueuse et néanmoins indispensable coopération connaîtra un test décisif quand, à l’initiative de son chef, Nawaf Salam, le gouvernement se réunira afin de débattre pour la première fois du désarmement du Hezbollah. Mais peut-on vraiment s’attendre à une solution strictement domestique de ce rébus d’ampleur aussi ostensiblement régionale, l’obédience iranienne du Hezbollah n’en étant que l’élément le plus flagrant ? En chassant la milice du Liban-sud, l’ennemi israélien ne s’est pas seulement garanti le calme à sa frontière nord ; il a enfermé le Hezbollah dans un périmètre considérablement réduit, augmentant d’autant les éventualités de frictions interlibanaises. C’est en ce sens que l’État hébreu est parvenu à faire du problème une affaire interne relevant exclusivement de notre pays ; il aura même réussi à en convaincre l’administration Trump, comme nous le signifiait tout récemment l’émissaire de la Maison-Blanche Tom Barrack.

C’est vrai qu’à moins de quelque prodige diplomatique survenant dans notre partie du monde, il est bien peu probable qu’un dialogue national puisse suffire pour classer entièrement l’extravagant dossier. C’est également vrai que les miracles n’arrivent qu’à ceux qui y croient : et qui s’activent pour forcer le destin. Nul ne pourra reprocher au pouvoir de n’avoir pas essayé. Compte tenu des inhibitions du passé, c’est déjà énorme.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

C’est à une réédition puissamment étoffée de son serment constitutionnel qu’a procédé jeudi le président de la République, dans son allocution pour la fête de l’Armée. Rien là d’une quelconque version revue et corrigée de son engagement à restituer à l’État le monopole de la détention d’armes. Au contraire, et loin de toutes généralités, paraphrases et euphémismes chers au jargon officiel, Joseph Aoun a marqué deux significatives premières.Le président a nommément cité le Hezbollah – mieux encore, le seul Hezbollah – en évoquant les groupes armés appelés à renoncer à leurs arsenaux. Par la bouche du premier personnage de l’État, la milice pro-iranienne vient de perdre à jamais le statut d’organe-clé de la résistance qu’elle s’était arrogé durant plus de quatre décennies. Même...