L'émissaire américain Tom Barrack lors d'une conférence de presse au Grand Sérail, le 21 juillet 2025. Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
L'émissaire américain Tom Barrack, a affirmé lundi à l'issue d'une réunion avec le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, que Washington veut assurer le retour à la stabilité dans la région, ce qui justifie son retour à Beyrouth pour la deuxième fois en deux semaines, mais qu'il ne peut pas « forcer Israël à faire quoi que ce soit », reconnaissant que l'accord de cessez-le-feu conclu fin novembre pour mettre fin à la guerre entre le Hezbollah et l'Etat hébreu « n'a pas réussi ».
Cet accord, entré en vigueur le 27 novembre, avait été parrainé par Washington et Paris. Il prévoyait un retrait total des troupes israéliennes du Liban-Sud, où elles occupent encore cinq positions en territoire libanais, continuent de mener des incursions terrestres et mènent quasiment quotidiennement des frappes. Côté libanais, il devait mener au désarmement du Hezbollah, en priorité au sud du Litani, puis dans le pays, comme le prévoit la résolution 1701 de l'ONU qui sert de cadre à l'accord de trêve, ce que rejette le parti milice. Les attaques israéliennes sur le Liban au cours des huit derniers mois ont fait plus de 270 morts.
Pas de garanties, pas de menaces, pas de sanctions
Affirmant, depuis le Grand Sérail, que l'accord de trêve « n'a pas réussi » et que les Etats-Unis veulent « résoudre » cette situation, M. Barrack, lui-même d'origine libanaise, a affirmé être là « parce que le président américain Donald Trump accorde de l'importance à la situation au Liban et au rétablissement de la stabilité dans la région ». « Mon retour au Liban intervient alors que la Syrie et la région sont à nouveau instables et nous devons nous concentrer aujourd'hui sur le Liban pour rétablir la stabilité », a-t-il souligné, affirmant qu'il va « poursuivre ses réunions avec les responsables libanais, qui œuvrent pour parvenir à des solutions », qu'il s'agisse de questions sécuritaires ou des réformes économiques. « Nous voulons discuter avec les acteurs nationaux, le gouvernement, pour voir comment on peut aider », a-t-il souligné, affirmant ne pas avoir pris connaissance de « remarques » du Hezbollah concernant la feuille de route proposée par Washington et rappelant que, pour l'administration américaine, le parti chiite est « une organisation terroriste ». « Nous essayons d'aider, d'utiliser notre influence sur toutes les parties », a-t-il ajouté, affirmant que le désarmement du Hezbollah est « une question interne libanaise ». Il a ajouté qu'il n'y avait actuellement « pas d'entraves » aux discussions, mais plutôt « une lueur d'espoir ». « Nous sommes là volontairement, pour aider, et nous n'avons aucune idée de ce que pourraient être des garanties » pour parvenir à une solution, a poursuivi M. Barrack, qui a déclaré qu'il n'était pas là pour « imposer » ces éventuelles solutions. Les Etats-Unis « ne peuvent pas forcer Israël à faire quoi que ce soit. Nous sommes là pour vous aider à parvenir à une meilleure entente avec vos voisins, et pas juste Israël, mais c'est à vous et à votre gouvernement de jouer », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que Washington « veut rétablir la stabilité dans la région et non jeter de l'huile sur le feu ».
Il a encore souligné que les Etats-Unis ne sont pas là pour « menacer » et qu'ils n'ont pas l'intention d'imposer de nouvelles sanctions sur les responsables libanais. « Imposer des sanctions est un processus compliqué, qui n'est pas actuellement en discussion », a-t-il indiqué.
Projet de mémorandum pour l'application des engagements du Liban
Arrivé dimanche à Beyrouth, l’émissaire américain avait été reçu, avant sa réunion au Grand Sérail, par le président libanais, Joseph Aoun. Selon la présidence, lors de cette rencontre, M. Aoun a remis au diplomate, « au nom de l'Etat libanais, un projet de mémorandum global pour mettre en œuvre ce à quoi le Liban s'est engagé », qu'il s'agisse des modalités de l'accord de trêve, la prestation de serment du chef de l'Etat ou la déclaration ministérielle du cabinet de Nawaf Salam. Parmi ces engagements, la présidence a cité « la nécessité urgente de sauver le Liban en étendant l'autorité de l'État sur l'ensemble de son territoire par ses seules forces, avec le monopole des armes détenu uniquement par les forces armées libanaises et en affirmant l'autorité des institutions constitutionnelles libanaises sur la décision de guerre et de paix. » Ces facteurs devront être garantis « simultanément et parallèlement au maintien de la souveraineté libanaise sur toutes ses frontières internationales, à la reconstruction et au lancement du processus de redressement économique. »
L'émissaire a en outre été reçu par le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Elias Audi, avec qui il a discuté de la situation au Liban et dans la région. L'Orient-Le Jour a appris dans ce cadre que le patriarche maronite, Béchara Raï, s'entretiendra mercredi avec Tom Barrack. Selon des médias locaux, il devrait également rencontrer le général Rodolphe Haykal, ainsi que le leader druze Walid Joumblatt. Un dîner regroupant plusieurs députés est par ailleurs prévu à l’ambassade des États-Unis.
La visite de Tom Barrack au Liban s’inscrit dans le cadre des efforts pour consolider le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Au cours de son précédent séjour, il avait reçu la réponse libanaise à une proposition américaine prévoyant notamment le désarmement du Hezbollah. Beyrouth devait recevoir quelques jours plus tard des remarques sur cette réponse, demandant notamment l'achèvement du désarmement du parti chiite d’ici à la fin de l’année, surtout en ce qui concerne les armes lourdes et moyennes. Cette nouvelle tournée se veut donc une occasion de poursuivre le dialogue et de rapprocher les points de vue. Selon nos informations, Beyrouth compte s’engager clairement pour un retour au monopole d’État sur les armes et proposera de mener ce chantier « par étapes », qui avanceraient au fur et à mesure qu’Israël complétera sa part du marché en se retirant du Liban-Sud. Une position qui tranche ouvertement avec celle du Hezbollah, dont le secrétaire général Naïm Kassem avait appelé vendredi les responsables à « ajourner la question du monopole des armes ».
Concernant la situation en Syrie, Tom Barrack, qui est également émissaire pour ce pays marqué la semaine dernière par un nouvel épisode de violences dans le Sud, dans la région de Soueida, que les Etats-Unis sont « inquiets et tristes » de la situation. Les violences à Soueida ont opposé des combattants druzes à d'autres de tribus bédouines sunnites. Elles ont été marquées par des exactions des deux côtés, ainsi que par des frappes israéliennes après un déploiement des forces gouvernementales dans la région. La situation semblait revenue au calme depuis dimanche, après des combats qui ont fait des centaines de morts.



PRIERE LIRE RECRUCIFIXION DANS MON COMMENTAIRE. MERCI.
21 h 25, le 21 juillet 2025