L’émissaire américain Tom Barrack à son arrivée à Aïn el-Tiné, le 22 juillet 2025. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Le Liban n’a pas pu constituer une vision claire concernant les résultats de la visite de l’émissaire américain Tom Barrack à Beyrouth. De nombreuses fuites contradictoires ont dominé la scène, entre les ambiances positives et les données négatives sur la réalité de la situation. Lors du premier jour de son séjour, Barrack a déclaré que personne ne pouvait contraindre Israël à quoi que ce soit, qu’il n’y avait aucune garantie et que l’État libanais devait prendre en charge la question des armes du Hezbollah pour en assurer le monopole.
Le lendemain, après une réunion d’une heure et demie avec le président du Parlement Nabih Berry, il a affirmé que « le problème ne réside pas dans les garanties », évoquant une atmosphère positive qui contrastait, du moins dans la forme, avec l’ambiance de la veille. « La rencontre avec le président du Parlement a été excellente et constructive, nous travaillons activement pour parvenir à la stabilité, et vous devez garder espoir, a-t-il affirmé. Nous parviendrons à la stabilité. » Et de rappeler parallèlement que « nous n’avons plus beaucoup de temps », soulignant l’importance d’accélérer le traitement des dossiers en suspens pour parvenir à des résultats concrets. À son arrivée à Aïn el-Tiné, il avait déclaré : « Je suis optimiste quant à ma visite… Les États-Unis ne renonceront pas au Liban. »
Selon les informations obtenues auprès d’une source qui suit le dossier de près, Nabih Berry a réitéré auprès de l’émissaire américain que le Liban est engagé à respecter l’accord de cessez-le-feu et à monopoliser les armes entre les mains de l’État, soulignant toutefois qu’il fallait laisser une marge de manœuvre aux Libanais pour œuvrer à cet objectif. Il a également insisté sur l’importance de gestes concrets de la part d’Israël, notamment l’arrêt de ses frappes et de ses agressions, afin que le gouvernement et l’État libanais puissent œuvrer au désarmement effectif.
Une source proche de Aïn el-Tiné indique que Nabih Berry est très optimiste et qu’il existe « une opportunité à saisir et une fenêtre ouverte » pour poursuivre le travail, notamment pour consolider le cessez-le-feu et éviter l’escalade. La source explique que le président du Parlement a exposé toutes les préoccupations libanaises et que sa position « est en totale conformité avec celle de l’État libanais ». En principe, Tom Barrack devrait quitter Beyrouth mercredi pour se rendre à Tel-Aviv, où il discutera de sa feuille de route avec les responsables israéliens. « Il faut attendre les résultats de ses contacts là-bas », dit la source proche de Nabih Berry.
Divergences
En somme, la trajectoire suivie par M. Barrack est claire : il s’agit de parvenir à un monopole des armes par l’État libanais et d’entrer dans une phase d’application concrète, quels que soient les détails. En revanche, c’est le Liban qui semble en proie à des contradictions, tantôt relayant une ambiance positive, tantôt soulignant les difficultés. Les points positifs résident dans la poursuite des négociations avec les Américains et dans l’engagement pris par le Liban pour le monopole de la violence et l’application de l’accord de cessez-le-feu.
Les aspects négatifs apparaissent dès que l’on entre dans les discussions détaillées et les mécanismes de mise en œuvre. Washington exige un calendrier précis et une position claire et publique concernant le retrait des armes et les modalités de sa mise en œuvre. L’un des points de friction réside aussi dans le refus du Liban de conclure un nouvel accord, alors que Barrack estime que l’accord de novembre 2024 a échoué. Le Hezbollah – qui persiste dans son refus de remettre ses armes ou de fixer un calendrier à cet effet – est le plus catégorique dans son rejet d’un nouvel accord, insistant sur la nécessité d’obliger Israël à appliquer celui déjà conclu.
En résumé, toutes les discussions autour du document américain et de la réponse libanaise deviennent secondaires par rapport aux mécanismes d’exécution. C’est à ce niveau que les divergences apparaissent : le Liban exige d’Israël l’arrêt des violations, des agressions et des assassinats afin de pouvoir s’adresser au Hezbollah et le convaincre d’accepter un calendrier pour la remise de ses armes. Mais l’idée que ce soit Israël qui fasse le premier pas pour que le Liban engage ce processus ne semble pas avoir porté ses fruits. L’attention est désormais portée sur un accord global, incluant le retrait des armes et le démantèlement des positions militaires, en échange d’un arrêt des frappes israéliennes, puis d’une pression pour qu’Israël se retire, une formule à laquelle le Hezbollah ne souscrit pas pour le moment.
Ce qui est remarquable dans cette visite de Tom Barrack, c’est qu’il a délibérément élargi la portée de ses rencontres politiques, en incluant des responsables religieux, des hommes politiques, des ministres, des députés et des représentants de blocs parlementaires. Il entendait ainsi exposer ses propositions à toutes les parties prenantes et les placer face à leurs responsabilités : faire pression sur le Hezbollah, le gouvernement et la présidence pour aboutir au monopole des armes par l’État. Cette dynamique s’est traduite rapidement par la position du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, et d’autres députés qui ont appelé à une décision officielle du Conseil des ministres en faveur de ce monopole. Concrètement, les rencontres élargies de M. Barrack rappellent celles menées l’année dernière par l’émissaire américain Amos Hochstein, qui avait averti les responsables libanais qu’en l’absence d’un cessez-le-feu et d’un retrait du Hezbollah du front de soutien à Gaza, Israël lancerait une guerre de grande ampleur. Tout le monde connaît la suite...




UN AU MOINS FRANC ENVOYE.
11 h 33, le 23 juillet 2025