L’émissaire américain Tom Barrack s’exprimant au Grand Sérail de Beyrouth, le 21 juillet 2025. Mohammad Yassine/L’OLJ
La balle est dans le camp des Libanais. C’est le principal message de l’émissaire américain Tom Barrack lors de sa troisième visite à Beyrouth pour évoquer la question du désarmement du Hezbollah. Le diplomate a réaffirmé lundi que ce dossier relève des autorités libanaises, qui doivent en définir le modus operandi. Après son entretien avec le Premier ministre, Nawaf Salam, l’émissaire américain a indiqué que le désarmement du Hezbollah est « une question interne libanaise », à l’heure où les milieux du parti chiite accusent les Américains de vouloir imposer ce désarmement pour « rassurer Israël ». « Les États-Unis ne sont pas là pour contraindre Israël à quoi que ce soit. Nous sommes ici pour user de notre influence, afin de rassembler des esprits calmes autour d’une solution », a-t-il poursuivi, estimant que l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre pour mettre fin à la guerre entre le Hezbollah et l’État hébreu « n’a pas fonctionné ».
Arrivé dimanche soir à Beyrouth, l’émissaire américain avait été reçu, avant sa réunion au Grand Sérail, par le président Joseph Aoun. Selon la présidence, ce dernier lui a remis un « projet de protocole d’accord pour la mise en œuvre des engagements du Liban » depuis le cessez-le-feu, qu’il s’agisse des modalités de l’accord de trêve, du discours d’inauguration du chef de l’État ou de la déclaration ministérielle du cabinet de Nawaf Salam. Parmi ces engagements, la présidence a cité « la nécessité urgente de sauver le Liban en étendant l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire par ses seules forces, avec le monopole des armes détenu uniquement par les forces armées libanaises et en affirmant l’autorité des institutions constitutionnelles libanaises sur la décision de guerre et de paix ». Ces facteurs devront être garantis « simultanément et parallèlement au maintien de la souveraineté libanaise sur toutes ses frontières internationales, à la reconstruction et au lancement du processus de redressement économique ».
Le Hezbollah est « une organisation terroriste »
Lors de sa prise de parole, M. Barrack a indiqué que le « président américain Donald Trump accorde de l’importance à la situation au Liban et au rétablissement de la stabilité dans la région ». « Mon retour au Liban intervient alors que la Syrie et la région sont à nouveau instables, et nous devons nous concentrer aujourd’hui sur le Liban pour rétablir la stabilité », a-t-il souligné, affirmant qu’il va « poursuivre ses réunions avec les responsables libanais, qui œuvrent pour parvenir à des solutions », qu’il s’agisse de questions sécuritaires ou des réformes économiques.
Il affirme aussi ne pas avoir pris connaissance des « remarques » du Hezbollah concernant sa feuille de route, rappelant que pour l’administration américaine, le parti chiite est « une organisation terroriste » avec laquelle elle ne dialogue pas.
En somme, aucun progrès concret n’a été enregistré lors de cette tournée. L’envoyé américain insiste toujours sur la nécessité de passer à des étapes opérationnelles pour le monopole des armes aux mains de l’État, à travers une décision claire et publique du Liban officiel et avec l’aval de toutes les parties. Certes, selon nos informations, la réponse libanaise qu’il a reçue réaffirme l’attachement du Liban au monopole des armes ainsi que son engagement envers la déclaration ministérielle et le discours d’investiture présidentielle. Mais ce que Washington attend désormais, c’est un mécanisme d’exécution concret et le début de sa mise en œuvre.
Ce mécanisme reste encore à définir dans ses détails. Ceux-ci concernent la date de lancement de la mise en œuvre, sachant que ce mécanisme est censé se décliner en plusieurs étapes. La première consisterait en une décision claire du gouvernement en faveur du monopole des armes par l’État. La deuxième verrait le début de la remise des armes du Hezbollah au nord du fleuve Litani, notamment les missiles et les drones, avec une pression exercée par Washington sur Israël pour qu’il évite toute escalade, cesse ses agressions, ses violations et ses assassinats ciblés. La troisième étape devrait concerner Beyrouth et sa banlieue, en particulier la banlieue sud, en parallèle à une pression américaine sur Israël pour entamer un retrait des points qu’il occupe. La quatrième étape serait quant à elle dédiée au retrait des armes de la Békaa.
La proposition de Nabih Berry
Dans ce contexte, le Liban a exprimé clairement ses exigences, notamment l’application effective du cessez-le-feu par Israël, la nécessité d’activer le travail de la commission de suivi de cet accord ainsi que l’importance du maintien du rôle de la Force intérimaires des Nations unies au Liban (Finul). De son côté, Tom Barrack a souligné que l’État libanais devait prouver son efficacité et rester attentif aux développements régionaux.
Le Liban a également insisté sur l’obtention de garanties concernant le contrôle de la situation en Syrie, face aux inquiétudes exprimées par plusieurs forces libanaises quant aux répercussions des événements récents en Syrie, notamment après les affrontements de Soueida. Certains estiment en effet que le Hezbollah utilise l’instabilité syrienne comme prétexte pour conserver ses armes, invoquant la défense de la présence chiite et la protection des zones frontalières. Mais la logique de Barrack est claire : pour que cessent les violations et frappes israéliennes, le Liban doit commencer à reprendre en main le monopole des armes, car l’État est seul responsable de la sécurité de ses citoyens.
La réponse libanaise n’a pas reçu l’aval du Hezbollah qui ne se considère pas concerné par ce document. Vendredi, le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, avait en effet rejeté la proposition américaine, estimant que Washington œuvre à parvenir à un nouvel accord et fait pression sur l’armée libanaise pour retirer les armes de son parti au risque que cela aboutisse à une guerre civile. Dans ce contexte, l’enjeu principal reste la rencontre prévue mardi entre M. Barrack et le président du Parlement, Nabih Berry. Selon certaines informations, M. Berry devrait mettre sur la table une proposition consistant en une suspension par Israël de ses opérations militaires pendant une période de 15 jours durant laquelle il s’engagerait dans un dialogue sérieux avec le Hezbollah sur le mécanisme de restitution des armes à l’État. Les Américains n’ont pas encore réagi à cette proposition, mais selon des sources bien informées, Tom Barrack devrait se rendre en Israël pour en discuter avec les responsables.
Autres entretiens
L’émissaire a en outre été reçu par le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Élias Audi, avec qui il a discuté de la situation au Liban et dans la région, ainsi que par le leader druze Walid Joumblatt. L’Orient-Le Jour a appris que le patriarche maronite, Béchara Raï, s’entretiendra mercredi avec Tom Barrack qui devrait également rencontrer le commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal. Un dîner regroupant plusieurs députés est aussi prévu à l’ambassade des États-Unis.




L’accord de cessez le feu n’a pas fonctionné nous dit il. Mais un accord ne fonctionne pas tout seul. Il fonctionne grâce à un arbitre, un tiers de confiance fiable capable de garantir les termes, de trancher de maniere juste. Or Mr Barrack nous confirme que les US ne joueront pas ce rôle, ne garantissent rien et qu’ils sont juste là pour sermonner et mettre en garde, voire menacer. Merci de votre aide mr barrack, le message est très clair…
13 h 27, le 22 juillet 2025