Des partisans du Hezbollah portant des portraits de l'ex-chef du parti, Hassan Nasrallah, participent à une cérémonie pour l’Achoura, le 6 juillet 2025 dans la banlieue sud de Beyrouth. (ANWAR AMRO / AFP)
Israël s’est invité lors des derniers affrontements à Soueida entre les combattants druzes et les forces gouvernementales, bombardant plusieurs sites-clés à Damas. Si le Hezbollah a vite condamné ces exactions, des questions fusent sur les répercussions de ces événements sur ce parti. Vont-ils renforcer sa position ou, au contraire, le pousser à se lancer le plus vite possible dans le processus du monopole des armes par l’État ?
De prime abord, on peut croire que, malgré leur horreur, les événements de Soueida profitent d’une certaine manière au Hezbollah, dans la mesure où ils justifient ses craintes au cas où il déposerait les armes, tout en lui fournissant un véritable argument pour les garder. De même, les combats de Soueida ternissent l’image que s’est forgée au cours des derniers mois le président syrien Ahmad el-Chareh. Enfin, et surtout, les frappes israéliennes contre les forces de l’ordre en Syrie confirment la thèse du Hezbollah (et du Hamas d’ailleurs), selon laquelle les Israéliens ne veulent pas de la moindre solution, souhaitant plutôt la division de la région en entités confessionnelles en situation de guerre constante.
Dans ce contexte, le Hezbollah demande ainsi pourquoi les Israéliens ont frappé les institutions présidées par Ahmad el-Chareh, alors que ce dernier, depuis son accession au pouvoir, ne rate pas une occasion de dire qu’il ne considère pas Israël comme un ennemi. Au contraire, il a même déclaré qu’il avait « des ennemis communs avec les Israéliens » et beaucoup ont alors pensé qu’il parlait de l’Iran et du Hezbollah.
Donc, pour le parti, les frappes israéliennes, en dépit des déclarations de bonnes intentions de Chareh, sont la preuve qu’on ne peut pas faire confiance aux Israéliens et aux Américains. En réalité, le « Nouveau Moyen-Orient » annoncé par Benjamin Netanyahu consiste en une région totalement dominée par les Israéliens, avec une incapacité totale pour toutes ses autres composantes de constituer un contrepoids.
Pour toutes ces considérations, le Hezbollah a publié jeudi un communiqué dans lequel il a clairement et fermement condamné les bombardements israéliens contre les institutions publiques syriennes. À travers ce communiqué, le parti a rappelé que la boussole reste, pour lui, l’hostilité à Israël. C’est un message clair au président syrien Ahmad el-Chareh qui, depuis son accession au pouvoir, n’a pas ménagé ses critiques, directes ou non, au Hezbollah, pour son rôle en Syrie, aux côtés du précédent régime. En lui déclarant indirectement son appui, face aux agressions israéliennes, le Hezbollah indique à Ahmad el-Chareh qu’il s’est « trompé » à son égard et qu’il est prêt à se tenir à ses côtés. Par la même occasion, le Hezbollah absorbe la colère sunnite, qui se manifeste dans plusieurs fiefs de cette communauté, en particulier à Tripoli, et évite ainsi tout risque de discorde interne, qui fait certainement partie des plans israéliens pour le Liban et la région.
Mais dans cette approche qui peut sembler logique, dans le cadre d’une analyse objective de la situation, il y a aussi le revers de la médaille. Si l’on peut légitimement considérer que le nouveau pouvoir en Syrie a été affaibli par les événements de Soueida, ce qui pourrait être considéré comme étant en faveur du Hezbollah, cela n’empêche pas le fait de reconnaître que dans tout ce qui se passe, il y a un seul vainqueur. Et ce vainqueur, c’est bien Israël qui, par son intervention à Soueida et contre les forces officielles syriennes, a montré qu’il a la latitude d’agir là où il veut et quand il le veut, sans avoir de comptes à rendre à aucune force ou institution. Si donc, demain, après Soueida, les Israéliens décident de lancer une attaque contre le Hezbollah, sous prétexte qu’il tarde à remettre ses armes à l’État, ou encore, même s’il s’exécute, qu’il continue d’en garder certaines, nul ne pourra les empêcher de le faire. D’une certaine manière, les événements de Soueida ont consacré les Israéliens comme la principale force de la région, au-dessus de tout contrôle et de tout questionnement.
D’ailleurs, les récents bombardements israéliens dans la Békaa, qui ont fait 12 morts, dont cinq membres du Hezbollah, sont un message clair adressé à la formation chiite sur la nécessité de répondre à la demande américaine de concentrer les armes entre les mains de l’État, sinon les Israéliens se considèrent autorisés à frapper là où ils le jugent utile. C’est aussi un message adressé aux autorités libanaises pour les pousser à agir vite en rappelant que les Israéliens ne se sentent pas liés par le moindre accord et qu’ils estiment ne pas avoir de comptes à rendre et ne pas être freinés par la moindre contrainte. Les derniers événements de Soueida et l’affaiblissement du pouvoir en place, qui avait pourtant fait preuve de bonne volonté dans le dossier des relations syro-israéliennes, ne devraient donc, aux yeux des Israéliens, rien changer à ce qu’ils considèrent être une réalité.
C’est pourquoi, malgré l’avis de ceux qui croient que les derniers développements en Syrie sont en faveur du Hezbollah et lui permettent d’atermoyer dans le dossier de remise de ses armes à l’État, on peut au contraire estimer que les choix de la formation deviennent de plus en plus réduits, face aux Israéliens qui croient avoir le vent en poupe et une occasion rare de pouvoir en finir avec tous ceux qui pourraient les menacer.




Vous me publierez demain ? Pas de prob . Faites passer les commentaires désobligeants avant comme à l’accoutumée
12 h 50, le 18 juillet 2025