Le groupe Adonis sur la scène du Beirut Waterfront dans le cadre du festival Beirut Holidays. Rayanne Tawil/ L’Orient-Le Jour
Il est 20h30. La lumière dorée du soir glisse sur les visages, les food trucks clignotent comme des décors de fête foraine, et la foule s’épaissit à mesure que l’impatience devient palpable. L’air vibre d’un mélange de parfums sucrés, de conversations floues et d’électricité contenue. Des paillettes brillent sur les manches, comme des confettis d’attente silencieuse. Les portiques de sécurité cliquettent doucement, rythmant l’entrée de centaines de silhouettes qui avancent, lentement, comme attirées par un magnétisme invisible. Les regards se croisent, les sourires se répondent. Tout le monde sait que quelque chose va se passer. Adonis est attendu comme une apparition – un retour sur scène qui, pour beaucoup, relève du nécessaire. Le Liban retient son souffle.
Le concert devait commencer à 21h, mais le groupe ne monte sur scène qu’à 21h50. Qu’importe. Chaque minute d’attente trouve sa récompense. Les lumières s’éteignent, une vague visuelle déferle sur l’écran, les premières notes de Ma’rafha résonnent. Une chanson qu’Anthony Khoury, chanteur et auteur du groupe, confiait comme étant celle qui le faisait le plus douter, la veille auprès de L’Orient-Le Jour. « C’est une chanson pleine de rancune, un sentiment que je chante rarement. En studio, il m’a fallu de nombreuses prises pour la rendre juste. J’étais curieux de voir comment elle résonnerait sur scène », avait-il dit.
Sur scène, elle résonne parfaitement. Dès les premières notes, la foule explose. Et Wedyan emporte tout sur son passage : un univers de mouvement, de désir et d’émotions à vif.
« Ici, ça ne sonne pas pareil »
Adonis avait déjà défendu l’album Wedyan à travers l’Europe et le monde arabe. Mais cette soirée libanaise a témoigné d’une intensité particulière. « C’est très fort, confiait le groupe. On a joué ces morceaux ailleurs, mais ici, c’est différent. L’album est né au Liban, il lui appartient. »
Ce soir-là, il ne s’agissait pas d’un simple concert, mais d’un retour aux sources.
Adonis a fait vibrer ses nouvelles chansons, tout en réveillant les plus anciennes : Daw el-Baladiyeh, Stouh Adonis… Chaque mélodie familière déclenche une vague d’enthousiasme, comme si l’on croisait un vieil ami dans la rue.
Et ce n’était pas seulement le public qui festoyait. Parmi la foule, quelques célébrités libanaises, venues sans protocole ni rangées VIP, partageaient l’instant au coude à coude avec les fans de la première heure. Il y avait dans l’air quelque chose de profondément collectif, presque démocratique.
« On a toujours eu un lien particulier avec notre public, observe le groupe. C’est dû aux paroles. Les gens s’y reconnaissent, surtout ici – parce que c’est notre réalité à tous. »

Une soirée pleine de surprises
Mais le concert n’était pas uniquement nourri de nostalgie. Une jeune fan a été invitée à monter sur scène pour interpréter Tariq el-Sari’. Sa voix, d’abord tremblante, s’est affirmée au fil des notes, portée par l’énergie du groupe.
Un peu plus tard, nouvelle surprise : les écrans changent, et Maritta Hallani fait son entrée. Ovation. Elle interprète son single Solo, avant de rejoindre le groupe pour chanter Aghanni, leur collaboration de 2024. Le public chante chaque mot, comme un seul chœur.
« On veut offrir aux gens un moment de déconnexion, affirmait Adonis à L’OLJ. Deux heures pour se laisser porter. Il y a un peu de peine, un peu de fête, un peu de nostalgie… On veut que toutes ces émotions se rencontrent. »
Promesse tenue. Du lyrisme de Wedyan à l’euphorie des tubes plus anciens, le concert a dessiné un arc émotionnel d’une rare justesse. Et alors que la fin approchait, les premiers accords d’el-Khafif ont retenti, comme un ultime cadeau.
Des larmes ont coulé chez plus d’un spectateur.
Ce concert était une lettre d’amour. À la musique. Au Liban. À la langue. À ce public fidèle, complice depuis plus d’une décennie. Ce soir-là, Adonis a tout donné. Et le public, en chœur, a tout chanté en retour.
À signaler que le chanteur compositeur et la voix du groupe, Anthony Adonis, sera en concert en tandem avec le chanteur libano-jordanien Aziz Maraka le 22 août dans le cadre du festival de Bkerzay.


