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L’urticaire des armes


Depuis que le Liban a pris le fâcheux pli des gouvernements d’unité largement représentatifs, bien peu concluants sont, quasiment à tous les coups, les débats de politique générale à l’Assemblée. Tout gouvernement étant dès lors un Parlement en modèle réduit, il serait en effet malvenu pour celui-ci de saborder sa propre réplique ; tout au plus s’autorise-t-il à montrer ses griffes, à égratigner parfois, surtout quand sont télévisées les belles harangues des élus ou leurs piquants échanges d’invectives.

Ce que les gouvernants devraient cependant retenir de la séance de mardi, c’est ce sentiment d’impatience abondamment reflété par les interventions des députés, lesquelles, une fois n’est pas coutume, traduisaient assez fidèlement une même exaspération populaire. Non point qu’en cinq mois d’existence le gouvernement Salam ait chômé en matière de ces réformes qui demeurent essentielles pour le redressement du pays, comme se sont hasardés à le lui reprocher certains orateurs ; en fait, c’est plutôt le Parlement, temple des douteux intérêts d’affaires, qui traîne paresseusement la patte sur ce terrain précis. Bien plus justifiée paraît en revanche la vaste exigence de résolution, de transparence et de célérité manifestée par les forces politiques locales quant à cette question prioritaire qu’est le désarmement du Hezbollah, ce phénomène s’ajoutant bien sûr à la recrudescence des pressions étrangères.

Passablement éculé, mais gardant apparemment toute son efficacité, se sera avéré, à ce sujet, le procédé de la douche écossaise : une glaçante mise en garde, peu après suivie d’une tiède giclée de réconfort, dans la certitude que le message a été parfaitement capté et qu’il a suscité l’émoi recherché. C’est exactement ce qu’a fait l’émissaire présidentiel américain en parlant de péril existentiel pour le Liban qui risque, si l’on comprend bien, de se retrouver dilué dans la vague région du Levant. C’est ce qu’a fait de même la Syrie en envisageant un moment de recourir à des mesures économiques et diplomatiques contre notre pays. Encore que le président intérimaire Ahmad el-Chareh ait maintenant fort à faire chez lui – honorer par exemple son engagement à protéger les minorités religieuses – pour s’offrir le luxe de manœuvrer hors frontières. En témoigne cette situation absolument irréelle où l’on voit Israël bombarder les forces syriennes assiégeant le bastion druze de Soueida, alors même que des pourparlers sont notoirement engagés entre les deux États !

Pour en revenir à l’arsenal du Hezbollah, le pouvoir pourrait se voir amené à changer son fusil d’épaule sans bien sûr renoncer à l’objectif qu’il s’est fixé. Par trop discrètes sont, par définition, les tractations avec la milice menées conjointement par le président de la République, le président de la Chambre et le Premier ministre. Peut-être un effort commun de communication pourrait-il contribuer à calmer momentanément le jeu. À la longue cependant, et compte tenu des échéances fixées par un médiateur américain qui bat tous les records d’impatience, le pouvoir exécutif sera inexorablement amené à soumettre la question au Conseil des ministres, ultime centre de décision selon la Constitution. Non moins ultime serait cette chance de renouer avec (et de tester !) des traditions démocratiques tombées dans l’oubli, telle la solidarité ministérielle. Ultime, lui aussi, ce moment de vérité pour démystifier un Hezbollah durement étrillé, qui n’était que trop heureux de souscrire à un cessez-le-feu plus que draconien, et qui joue maintenant les vierges effarouchées.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

Depuis que le Liban a pris le fâcheux pli des gouvernements d’unité largement représentatifs, bien peu concluants sont, quasiment à tous les coups, les débats de politique générale à l’Assemblée. Tout gouvernement étant dès lors un Parlement en modèle réduit, il serait en effet malvenu pour celui-ci de saborder sa propre réplique ; tout au plus s’autorise-t-il à montrer ses griffes, à égratigner parfois, surtout quand sont télévisées les belles harangues des élus ou leurs piquants échanges d’invectives.Ce que les gouvernants devraient cependant retenir de la séance de mardi, c’est ce sentiment d’impatience abondamment reflété par les interventions des députés, lesquelles, une fois n’est pas coutume, traduisaient assez fidèlement une même exaspération populaire. Non point qu’en cinq mois...