Rechercher
Rechercher

Culture - Festival

Zeid Hamdan, le pape de l’underground sous les feux d’Avignon

Sur la scène magistrale du palais des Papes, le musicien, producteur et compositeur libanais a osé l’impensable : revisiter Oum Kalsoum en mode électro, invoquant la mémoire d’une icône pour en faire un manifeste musical et politique.

Zeid Hamdan, le pape de l’underground sous les feux d’Avignon

Sur la scène du palais des Papes à Avignon, l'hommage à Oum Kalthoum orchestré par Zeid Hamdan. Photo Mathieu Foucher

Au palais des Papes à Avignon, le public oscille entre hurlements enthousiastes, pluie d’applaudissements et retenue silencieuse à la fin de la soirée Oum Kalsoum orchestrée par Zeid Hamdan. On entend des « Génial ! » et des « Il a raté son coup cette fois ». Devant une assemblée mêlant fans avignonnais et nombreux professionnels de l’industrie culturelle, Zeid Hamdan s’est livré à un exercice extrêmement risqué : remixer les titres cultes de la légendaire Oum Kalsoum, Astre d'Orient, en combinant plusieurs productions, sept stars de la scène arabe, quatre musiciens orientaux et un batteur occidental. Beaucoup d’éléments éclectiques pour fédérer autour du nom d’une icône, et l’on peut dire que la communion est réussie, malgré des avis divergents sur les différentes performances.

Cette célébration des 50 ans de la disparition de la diva, en partenariat avec l’Institut du monde arabe, a été imaginée au départ par le Printemps de Bourges, qui a fait appel à Zeid Hamdan, spécialiste des remix de classiques. La production lui commande 70 minutes de concert et des stars de la scène arabe. La liste se construit à quatre mains et les noms sélectionnés proviennent de répertoires très variés : Natacha Atlas, Danyl, Camelia Jordana, Souad Massi, Abdullah Miniawy, Maryam Saleh, Rouhnaa.

"La Voix des femmes", une célébration des 50 ans de la disparition d’Oum Kalthoum, l’Astre d’Orient. Photo Mathieu Foucher
"La Voix des femmes", une célébration des 50 ans de la disparition d’Oum Kalthoum, l’Astre d’Orient. Photo Mathieu Foucher


Pour Zeid Hamdan, l’orchestration de cette entreprise inédite représente un double défi. D’abord, elle le propulse hors de l’espace underground – son véritable terrain – et lui impose des contraintes de production qu’il n’avait jamais eu à gérer jusqu’ici. « Jusque-là, dit-il à L’Orient-Le Jour, j’ai toujours été très libre. » Pionnier de la pop électro-arabe en tandem avec Yasmine Hamdan dans le groupe Soap Kills, fondé en 1997, il s’était déjà attaqué à plusieurs classiques d’Asmahan, Nour el-Houda, Abdel Wahab, Cheikh Imam, mais jamais à Oum Kalsoum. « Je ne m'étais jamais approché d'Oum Kalsoum parce qu’en fait, je n'avais jamais eu l'endurance d'explorer son répertoire et d'écouter des enregistrements souvent de mauvaise qualité, confie-t-il. Quand cette proposition est venue, je me suis dit : ah, c'est le moment ! J’ai eu l'impression que c'était le ciel qui m'envoyait ça, que je devais comprendre cette musique. »

Il a suffi de peu pour que la voix d’Oum Kalsoum l'ensorcelle. Une plongée de trois mois dans l’univers de la diva égyptienne fut une révélation. « Je suis vraiment tombé amoureux de réactualiser Oum Kalsoum », s’exclame-t-il avant de poursuivre : « Il y a une forme chez elle, elle ressemble beaucoup à la soul, à la transe, au blues. Tu prends une phrase et tu l'exprimes émotionnellement. L'orchestre répond. Et tu la réexprimes. Et l'orchestre répond avec plus d'ampleur. Et on passe d'un thème qu'on répète. Ça met la salle dans un esprit de transe. »

Dans son processus de création, Zeid Hamdan devait transcrire la musique de la diva dans son propre langage musical, avec sa guitare. Sauf que, dans la musique d’Oum Kalsoum, il n’y a pas de guitare. « Il n’y a pas d'harmonisation non plus, ajoute-t-il, on suit souvent une mélodie, et c’est du maqam. Ça ne supporte pas forcément les gammes occidentales. » Comment, alors, électroniser Oum Kalsoum ? Comment y insuffler du rythme ? « J’ai sollicité la collaboration d’un maître en la matière, l’excellent chanteur Oussama Abdel Fattah, qui a une bonne maîtrise du répertoire classique arabe, pour éviter les bêtises. » Ce dernier embauche donc l'orchestre oriental, Zeid Hamdan les musiciens d’instruments électroniques. Il demande également à Abdel Fattah de revoir les arrangements pour s’assurer que la base orientale est bien respectée.

« Quand tu suis Oum Kalsoum, explique Zeid Hamdan, mesure par mesure, elle ralentit, elle accélère, elle ralentit, elle accélère. Comment peux-tu caler une programmation là-dessus ? Tout le monde m'a dit que c'était impossible. Et en fait, après avoir suivi la durée du morceau, tu remarques qu’il s’agit de sinusoïdales. Oum Kalsoum est dans le tempo, parfaitement dans le tempo. Elle a un groove qui est unique. Mais nous, on est sur une base programmable. J'ai donc programmé uniquement des basses, et j'ai demandé à Uriel Barthélémy, un batteur d’exception, d’assumer les rythmiques pour que ça puisse respirer un peu, mais qu’on garde une base électronique. Les musiciens, dans leurs oreilles, ont le tempo autour duquel le chanteur peut évoluer. C'est un exercice un peu risqué, parce que d’habitude ils sont complètement libres, mais là, j’ai demandé rythmiquement de tenir le tempo et de laisser au chanteur – qui n’entendra pas les clics de la rythmique – l’opportunité de s’exprimer. »

Dans la cour d’honneur du palais des Papes, les sept interprètes se sont succédé. Les femmes, ainsi qu’Abdallah Miniawy interprétant la diva, ont été chaudement applaudis, tandis qu’une partie du public, surprise d’entendre du rap, s’est montrée plus hésitante à l’égard de Danyl et Rouhnaa, restés dans leur répertoire, sans chanter Kalsoum, portant plutôt la voix des périphéries arabes marginalisées des villes de France.

L’entrée en scène de Zeid Hamdan, qui arborait un T-shirt floqué « Voices for Gaza » aux couleurs du drapeau palestinien, annonçait la transgression. Le musicien a saisi l’agora du plus prestigieux festival de théâtre du monde pour rendre à la fois hommage à Oum Kalsoum et en faire un manifeste politique. Projetés sur grand écran, des mots, d’abord pris pour la traduction des paroles d’Oum Kalsoum, accusaient le silence du monde face aux crimes commis à Gaza et au Liban.

Un moment très fort avec Natacha Atlas a glacé la salle et rappelé la réalité politique. Pendant huit minutes, le public a entendu les drones et l’aviation israélienne, tandis que Natacha Atlas interprétait la berceuse Nami, pour rassurer les enfants et les aider à s’endormir dans ce monde d’extrême violence et d’injustice.

« À vrai dire, en ce moment, je ne suis pas à l’aise avec le grand public, commente Zeid Hamdan pour L’Orient-Le Jour. Il est trompé, manipulé, conditionné, il ne s’exprime pas. Nous sommes dans une grande trahison, nous, par rapport à notre civilisation, à notre histoire. Nous sommes trahis, malmenés, désorientés, tourmentés. La plupart d’entre nous vivent un mal existentiel très intense. Et dans ces moments-là, on n’a pas tellement envie d’être sur la plate-forme grand public, si ce n’est pour dénoncer tout ce qui se passe, tu vois. Maintenant – et je tiens vraiment à honorer les gens qui m’ont invité –, c’est qu’ils m’ont laissé m’exprimer. Mon morceau Nami est une dénonciation. Sous les projecteurs à l’international, je peux dire qu’il y a un génocide en cours. »

Au palais des Papes à Avignon, le public oscille entre hurlements enthousiastes, pluie d’applaudissements et retenue silencieuse à la fin de la soirée Oum Kalsoum orchestrée par Zeid Hamdan. On entend des « Génial ! » et des « Il a raté son coup cette fois ». Devant une assemblée mêlant fans avignonnais et nombreux professionnels de l’industrie culturelle, Zeid Hamdan s’est livré à un exercice extrêmement risqué : remixer les titres cultes de la légendaire Oum Kalsoum, Astre d'Orient, en combinant plusieurs productions, sept stars de la scène arabe, quatre musiciens orientaux et un batteur occidental. Beaucoup d’éléments éclectiques pour fédérer autour du nom d’une icône, et l’on peut dire que la communion est réussie, malgré des avis divergents sur les différentes performances.Cette...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut