Le « couple » Charles et Camilla vus de dos, admirant la mer d’une île des Galápagos signée Richard Foster. Photo Royal Collection Trust
Les salles d'apparat du palais de Buckingham ouvrent leurs portes au public chaque début d’été. Une coutume accompagnée cette saison d’un événement particulier qui permet de découvrir une exposition de peinture intitulée The King’s Tour Artists, (Les artistes des tournées du roi). Inaugurée le 10 juillet, elle se poursuivra jusqu’au 28 septembre. Cet accrochage révèle la continuité d’une passion pour les pinceaux et les couleurs, vécue dans les années 70 comme un hobby par le prince Charles de Galles, qui toutefois a voulu la sous-tendre par un véritable engagement envers l’art. Ainsi, en 1985 il lance un mécénat d’un genre nouveau en invitant un peintre nommé John Ward à joindre, en tant qu’artiste officiel, la tournée qu’il devait effecteur en Italie. Ward avait pour mission de dessiner ou de peindre tout ce qui l'inspirait. À ce sujet, le Royal Collection Trust a tenu à souligner sur son site que cette mission se faisait aux frais du prince lui-même.
Des voyages officiels et un « Guest artist »
Cette initiative toujours au programme des voyages de Charles d’Angleterre a été renouvelée durant les quatre dernières décennies avec chaque fois un nouveau « Guest artist ». Elle a ainsi totalisé plus de cent œuvres de factures différentes : des paysages, des études de personnages et des natures mortes. Kate Heard, la curatrice de l’événement le présente ainsi : « Ces impressions de voyage commandités (avec une large plage de liberté) témoignent de l'engagement profond du futur roi envers l’art. Il considérait le rôle d'artiste de tournée officielle comme une occasion précieuse pour les créateurs, confirmés ou émergents, de créer un corpus de visions unique. »
Environ 70 spécimens de cette collection ont été sélectionnés par le roi lui-même pour l’exposition The King’s Tour Artists. Ils offrent des aperçus d'une tournée royale, capturant le ton, les couleurs et l'atmosphère autrement qu’avec le simple déclic d’un appareil photographique.
Ces images-souvenirs dégagent l’essence des contrées visitées. Que ce soit une très belle toile traitée dans des tons bleutés et signée Richard Foster, qui montre le roi Charles III et son épouse la reine Camilla de dos face à la mer d'une île des Galápagos. Ou encore celle de l’artiste Phillip Butah fortement impressionné par un sanctuaire d’éléphant à Nairobi, restituant ainsi le climat des lieux et l’interaction des animaux. En embarquant à bord du yacht royal HMY Britannia dans un port Italien, John Ward avait croqué sur le vif et en tons pastel un moment de calme rare sur le pont toujours en plein mouvement. Alors que Susannah Fiennes, sur le même yacht mais à Hong Kong, exprimait en aquarelle la vie à bord avec deux marins effectuant la routine quotidienne de la descente et de hissage du pavillon. À Petra, Paul Reid enfin traçait le portait d’un homme vêtu d'une tenue locale élégante, avec en background le portique du monument d'al-Khazné.
Récits de périples princiers
L’ensemble des œuvres a cette particularité de donner la priorité et la liberté à l’inspiration personnelle de divers artistes afin que soit conté à travers leurs regards le récit pictural de voyages princiers.
L'exposition est accompagnée d’un ouvrage-catalogue intitulé The Art of Royal Travel : Journeys with The King (L'Art du voyage royal : Périple avec le roi). Il comporte plus de 100 illustrations et détaille les coulisses des œuvres. « En invitant un artiste à participer à une tournée royale en 1985, le roi Charles a inauguré une tradition qui perdure encore aujourd'hui », déclare le comte de Rosslyn, éditeur de l'ouvrage. Il ajoute : « Les artistes savaient qu'ils travaillaient pour un homme sensible à l'art, un mécène et un fervent défenseur de la vie culturelle. »
Dès l’adolescence, le fils aîné de la défunte reine Elizabeth II et futur roi était un passionné des pinceaux et des couleurs. Il a gardé la main, se qualifiant « d’amateur enthousiaste » qui n’a cessé de travailler la matière de son choix, l’aquarelle. Dès 1977, ses créations, particulièrement des paysages de l’Écosse, ont fait l'objet de plusieurs expositions.
Dans un documentaire filmé en 2013 et intitulé Royal Paint-Box, le prince Charles expliquait que la peinture le transporte « dans une autre dimension qui rafraîchit des parties de l’âme que d’autres activités ne peuvent atteindre ». Un état d’esprit et un talent qui lui ont permis, à travers la vente de copies de ses aquarelles, de recueillir environ 6 millions de livres sterling (environ 8,7 millions de dollars), dédiés à sa fondation caritative. À ce jour, il ne s’est jamais séparé d’une œuvre originale. D’autres membres de la famille royale britannique s’étaient aventurés par le passé dans les voies artistiques. La reine Victoria, arrière-arrière-grand-mère de Charles, était également une aquarelliste de renom. Son époux, le prince Albert, aimait également peindre. Tous deux avaient constitué une collection relatant leur vie publique et privée en aquarelles qu’ils avaient complétées en s’adressant à des professionnels du genre.


