Le chanteur libanais et salafiste Fadl Chaker. Photo tirée de son compte X
Son nom a encore une fois agité les médias et les réseaux sociaux ces dernières semaines. Le chanteur libanais et islamiste salafiste Fadl Chaker, en cavale depuis 2013 et condamné par contumace en 2020 à 22 ans de prison pour avoir aidé des terroristes contre l’armée libanaise, s’apprêterait à se livrer aux autorités libanaises alors qu’il se cache depuis des années à l’intérieur du camp de réfugiés palestiniens de Aïn el-Héloué, à la lisière de Saïda au Liban-Sud. C’est du moins ce qu’affirment depuis lundi plusieurs médias locaux, évoquant des pressions et des menaces qui auraient été exercées par des factions islamistes contre le chanteur qui a repris, depuis le camp, ses activités musicales, après s’en être éloigné pour des raisons religieuses.
L’ancien crooner, adulé dans le monde arabe, était le compagnon de route du cheikh salafiste jihadiste Ahmad el-Assir, détenu au Liban depuis 2015 et condamné à mort le 28 septembre dernier pour les affrontements de Abra (Saïda) en 2013 contre l’armée libanaise. Ces combats avaient coûté la vie à 18 soldats et 11 miliciens.
Fadl Chaker, de son vrai nom Fadl Chmandar, avait, lui, été condamné par contumace en décembre 2020 à un total de 22 ans de prison pour avoir fourni un soutien en armes et munitions au cheikh Assir. Dans un communiqué repris dans la presse le 10 juillet, le chanteur s’est une nouvelle fois posé en victime, clamant son innocence. Il assure que les charges retenues à son encontre « ont été fabriquées de toutes pièces », attribuant cela à des « règlements de comptes politiques ». Il va même jusqu’à évoquer « un chantage financier de la part de certains fonctionnaires ».
Son avocate, Amata Moubarak, avait affirmé le 17 juillet à l’émission people ET Bil Arabi que le tribunal militaire permanent de Beyrouth avait acquitté M. Chaker des accusations liées à son affrontement avec l’armée libanaise, assurant que ce jugement avait été rendu à « l’unanimité ». Contactée par L’Orient-Le Jour jeudi, une source au sein du tribunal militaire permanent de Beyrouth a toutefois démenti cette information.
Visite controversée de Sherine Abdel Wahab
Au lendemain du communiqué de Fadl Chaker, c’est la chanteuse de pop égyptienne Sherine Abdel Wahab qui enflamme le débat entre les fans du chanteur qui le défendent, et ses détracteurs qui réclament qu’il soit emprisonné. Le 11 juillet, Sherine Abdel Wahab se rend ainsi en personne, pour la seconde fois depuis 2023, au camp de Aïn el-Héloué pour rencontrer Fadl Chaker et enregistrer avec lui un duo intitulé Histoire, rapportait la chaîne publique saoudienne al-Arabiya. Une visite qui n’avait toutefois pas été autorisée par le tribunal militaire. Plusieurs responsables au sein du camp palestinien ont refusé de s’exprimer sur ce sujet auprès de L’Orient-Le Jour, qui n’a pas été en mesure de joindre l’avocate de Fadl Chaker.
C’est en 2011, avec le début de la révolution en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad, que le crooner libanais, qui avait laissé pousser sa barbe, met un terme à sa carrière musicale. En 2012, il affirme que chanter est interdit par l’islam et se rapproche du mouvement salafiste du cheikh Assir. Mais six ans plus tard, alors que la guerre civile en Syrie s’enlise, Fadl Chaker amorce un retour progressif sur la scène musicale depuis son refuge de Aïn el-Héloué, sans pour autant susciter un véritable engouement. Cependant depuis quelques mois, la tendance semble s’être inversée : les enregistrements depuis son studio improvisé se multiplient, alors que la diffusion de ses nouveaux titres sur YouTube, Apple Music et Anghami engrangent des millions de vues, le dernier morceau datant du 7 juillet. La plateforme Shahid a même diffusé en avril une série documentaire intitulée Ya Ghayeb (« L’absent »), un clin d’œil au titre le plus emblématique du chanteur, retraçant le parcours de Fadl Chaker, avec plusieurs scènes tournées à l’intérieur du camp.
Après la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre dernier, le chanteur avait publié une chanson dédiée à Damas, avec l’arrivée au pouvoir des islamistes du président intérimaire Ahmad el-Chareh. Fin avril, le syndicat des artistes syriens avait décerné au crooner le titre de « membre honoraire » en reconnaissance de sa « carrière artistique remarquable » et de son « engagement humanitaire en faveur de la cause du peuple syrien ».
Fadl Chaker « devrait être en prison, et non sur scène »
Mais le come-back de Fadl Chaker continue de diviser l’opinion publique. La journaliste libanaise vedette Dima Sadek avait exprimé son admiration pour le chanteur, le 10 juillet sur X, le qualifiant de « véritable artiste au talent rare ». Selon elle, « le monde arabe n’a pas connu un artiste plus marquant que Fadl Chaker » depuis 1990. « On ne se lasse vraiment pas de cette voix ! Vraiment, le roi incontesté de l’émotion », s’émeut un internaute sur X. Un autre, saoudien, va jusqu’à souhaiter « que Dieu le fasse venir en Arabie saoudite ou à Bahreïn, pour qu’on puisse enfin assister à son concert ! ».
Mais pour de nombreux autres, la pilule ne passe pas. « Un criminel qui a tué des soldats libanais lors des affrontements de Abra, à Saïda : ta place est en prison », s’emporte l’un d’eux. « Tu as une belle voix, mais pas plus belle que celle de nos jeunes soldats », écrit un autre. Une photo regroupant les portraits des 18 militaires libanais tués a largement circulé sur les réseaux sociaux récemment, accompagnée du texte suivant : « Voici les martyrs de l’armée libanaise dont Fadl Chaker est complice dans la mort. (...) Il devrait être en prison, et non sur scène ou dans les festivals. »



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Tant qu’il est à Ain Heloue tant on saura que le Hezbollah est tout puissant ! Car Fadel ,Cheikh Assir et même Khaddafi subissent des injustices et ce sont des signaux que l’Etat Libanais tremble devant le Hezbollah !Aucun espoir pour ce pays tant que les choses marcheront de cette manière !
14 h 44, le 27 juillet 2025