Le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Rajji, lors d’une interview sur la chaîne LBCI, le 21 mai 2025. Photo fournie par son bureau de presse
Le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a déclaré mardi à la chaîne d’information Sky News Arabia que le Liban bénéficierait indirectement de la levée des sanctions contre la Syrie, selon un communiqué de son ministère relayant ses propos.
Lundi, le président Donald Trump a officiellement levé les sanctions américaines contre la Syrie, dans l’espoir de réintégrer ce pays meurtri par la guerre dans l’économie mondiale. Joe Raggi a indiqué que cette levée aiderait Damas économiquement, accélérerait son processus de reconstruction et apporterait la prospérité au pays.
« La reconstruction dépassera les frontières syriennes pour se répercuter positivement sur le Liban. Beyrouth bénéficiera indirectement de ces évolutions », a-t-il déclaré, soulignant que « l’amélioration des conditions économiques en Syrie conduira à une diminution de la contrebande à la frontière avec le Liban ».
La levée des sanctions en Syrie pourrait en théorie également débloquer le projet lancé à l’été 2021 par Washington, visant à permettre au Liban d’importer du gaz égyptien et de l’électricité produite en Jordanie, qui ne s'était pas concrétisé à cause de la mise en place de la loi César.
Délimitation des frontières
Concernant la contrebande à la frontière libano-syrienne, un autre dossier qui complique les relations entre Damas et Beyrouth, le ministre a évoqué un dossier « difficile en raison de la longueur de la frontière et du chevauchement géographique entre les deux côtés syrien et libanais, en plus du manque de ressources suffisantes ». Il a aussi insisté sur le fait que « l’armée libanaise déploie tous ses efforts et travaille sans relâche pour sécuriser la frontière et combattre la contrebande de personnes, de drogues, de carburant et de marchandises ». « Aucun pays au monde ne peut contrôler ses frontières à 100 %, mais nous essayons d’y parvenir autant que possible », a-t-il ajouté.
Le ministre a également déclaré que la relation libano-syrienne n’a pas été saine pendant des décennies, et que « tous les régimes et autorités qui se sont succédé en Syrie n’ont pas reconnu un État indépendant appelé Liban ». En décembre 2024, une offensive rebelle menée par le groupe islamiste Hay’at Tahrir al-Cham (HTC) a mis fin à des décennies de règne de Bachar el-Assad en Syrie. Le chef du HTC, Ahmad el-Chareh, est ensuite devenu président par intérim du pays avec la volonté d’afficher une transition saine du pouvoir. Cette prise de pouvoir s’est néanmoins accompagnée de tensions et d’affrontements internes qui ont provoqué la mort de membres de certaines minorités, notamment alaouites.
« La représentation diplomatique faisait défaut à l’époque entre les deux pays parce que Damas ne reconnaissait pas la souveraineté du Liban », a encore affirmé Joe Raggi. « Cela concernait le dossier de la délimitation des frontières et d’autres sujets litigieux. » « Lorsque deux États forts et capables existent, ces frontières deviennent solides (...) et c’est ce sur quoi nous travaillons », a-t-il souligné.
Le ministre a également noté que la nouvelle administration syrienne « affirme sa volonté de travailler avec Beyrouth pour délimiter et stabiliser la frontière entre les deux pays ». Fin mars, les ministres de la Défense libanais et syrien se sont accordés pour renforcer la sécurité et la coordination militaire le long de leur frontière commune, longue de 330 kilomètres et notoirement poreuse, et ont signé un accord de principe pour sa délimitation. En février et mars, des affrontements sporadiques avaient eu lieu entre des clans libanais et les autorités syriennes à la frontière.
Concernant des documents récemment remis au Liban par la France, Raggi a précisé qu’il s’agissait de « documents confidentiels incluant une détermination française de la frontière » entre les deux pays. L’ambassadeur de France au Liban, Hervé Magro, a en effet remis en mai au ministre libanais des Affaires étrangères une série de documents et de cartes issus des archives françaises, portant sur la délimitation de la frontière entre le Liban et la Syrie. Une réunion entre les deux hommes est prévue mardi soir.
« Ces documents sont des cartes datant des années 1920 et 1930, durant le mandat français dans la région (...) L’analyse de ces cartes nécessite des spécialistes et constitue un sujet technique (...). La remise de ces documents et cartes par la France au Liban et à la Syrie revêt deux significations importantes : d’une part, l’importance technique qui aide à stabiliser et délimiter la frontière, et d’autre part, l’importance politique, car la Syrie est désormais prête à coopérer avec le Liban pour la délimitation de la frontière entre les deux pays » a détaillé M. Raggi. Le chef de la diplomatie libanaise a aussi indiqué qu’il avait remis ces documents français au ministère libanais de la Défense, où une commission technique spécialisée dans la délimitation des frontières les étudie en détail.
Selon M. Raggi, le processus de délimitation est complexe et long, et nécessite une commission technique conjointe syro-libanaise. « La question de la délimitation des frontières est une priorité pour les autorités libanaises, en plus d’autres dossiers comme le retour des déplacés syriens et celui des Libanais portés disparus en Syrie », a-t-il conclu.



Est qu'a fait le gouvernement libanais jusqu'à maintenant.? Au moins les Syriens très vite surmontent leur problèmes
08 h 13, le 02 juillet 2025