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Culture - Nouveau Talent

De Marrakech à Montréal, El Mehdi chante la douleur d’un héritage trop lourd

L’artiste débarque avec « ENCORE », un titre hybride, un morceau viscéral, porté par un clip qui dit tout d’une génération tiraillée entre introspection et réappropriation culturelle.

De Marrakech à Montréal, El Mehdi chante la douleur d’un héritage trop lourd

Le chanteur, auteur, compositeur et multi-instrumentiste El Mehdi, figure montante de la musique marocaine contemporaine. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Artiste à la croisée de Montréal, Paris et du Maroc, El Mehdi s’impose comme une voix rare et singulière, entre héritages et renouveau artistique. Le chanteur, auteur et compositeur marocain dévoile un morceau aussi intime que puissant. Un titre viscéral, porté par un clip visuellement saisissant, réalisé par l’artiste lui-même et tourné dans un musée. «  ENCORE est née à une période particulièrement difficile de ma vie, confie-t-il à L’Orient-Le Jour. Elle a été salvatrice : une façon de mettre des mots sur l’indicible, de l’ordre dans le chaos intérieur. »

Un titre qui percute

ENCORE, c’est un mot qui revient sans cesse. Une spirale intérieure, une boucle émotionnelle. Au cœur du refrain, El Mehdi scande : « Je brûle et j’inonde encore/Je lutte et succombe encore. » Ce titre explore une dualité constante entre maîtrise et abandon. L’artiste parle de « ce sentiment de revivre encore et encore les mêmes schémas, malgré les efforts pour en sortir ». Mais loin d’un simple aveu d’impuissance, la chanson devient un hymne à la résilience. « On peut traverser la douleur et la transmuter en quelque chose de beau. »

Cette alchimie s’exprime aussi à travers la musique : initialement composée par lui-même au piano, ENCORE a ensuite pris forme grâce à une collaboration avec Wake Island, un duo libanais mêlant pop, électro et sonorités arabes. El Mehdi évoque une volonté de créer un contraste entre « la charge du texte et une forme musicale plus lumineuse, presque solaire, voire trompeuse ».

Un rituel visuel puissant

À l’image, l’intensité de la chanson trouve un second souffle. Réalisé par l’artiste lui-même, le clip prolonge visuellement le morceau. Tourné au musée Pierre Bergé des arts berbères à Marrakech, on y découvre El Mehdi, isolé au sommet d’une tour, dans un espace qui tient autant du refuge que de la prison. Le décor est riche, saturé de détails, mais l’action reste figée. « On perçoit le potentiel d’un ailleurs, sans jamais pouvoir réellement y accéder. »

On y voit l’artiste paré de bijoux amazighs traditionnels, notamment ceux de la tribu des Aït Atta, dont il est issu. Il tenait à mettre en avant des bracelets portés par sa propre grand-mère. « Ils incarnent la puissance, la beauté, la fierté… Ils sont très lourds, presque contraignants. C’est cette dualité qui est au cœur du projet : nos richesses, nos armes, nos forces peuvent parfois devenir nos chaînes. » La lenteur assumée du clip cherche à saisir un état d’abandon, un point de bascule intérieur. Tandis que la ville bouge, lui reste figé. « Comme si c’était elle qui avançait, alors que moi, je restais bloqué », dit-il, traduisant le décalage entre un monde extérieur qui continue de tourner, même lorsque le monde intérieur s’est arrêté.

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À la rencontre de ses racines

Si l’accès aux artefacts du musée – qui lui a ouvert l’entrée à des pièces rares, collectionnées notamment par Yves Saint Laurent – a été fluide, El Mehdi ne cache pas une certaine réserve face au passé colonial des lieux. Il choisit justement de s’en réapproprier les espaces pour y inscrire un nouveau regard. « Il m’a semblé important de nous réapproprier notre patrimoine, notre histoire, notre récit. Si nous ne le faisons pas, nous restons à l’écart, et ce qui nous appartient demeure dans d’autres mains, ou pire, enfermé dans des réserves. » Ce geste va bien au-delà de l’esthétique. Il porte en lui une mémoire intime, où chaque note résonne comme un lien entre passé et présent. L’artiste crée un pont entre les générations et fait de sa musique une nouvelle voix amazighe, qui refuse l’oubli.

L’artiste marocain El Mehdi paré de bijoux amazighs traditionnels, notamment ceux de la tribu des Aït Atta, dont il est issu. Avec l'aimable autorisation de l'artiste

Une œuvre en marche

Le chanteur marocain ouvre ici la voie vers un premier album attendu à l’automne, pensé comme un « manifeste d’humanité, de vivre-ensemble, d’Amour avec un grand A ». Résilience, transformation, renaissance : les thèmes abordés sont profonds et multiples. Il annonce un projet à son image, marqué par ses contrastes, ancré dans la richesse de ses origines et affranchi de toute étiquette. « Mon écriture reflète toutes ces mémoires, et mon style musical en est le fruit. »

Quant à la suite, elle s’écrira sur scène, lentement mais sûrement. Des dates sont notamment envisagées au Liban. « J’ai très hâte de venir présenter ce projet au Liban. De pouvoir me connecter avec le public libanais, que je sais d’une résilience admirable. » El Mehdi livre ici bien plus qu’un titre. C’est un fragment de vérité, une démarche sincère de réparation. Une voix singulière, qui transforme une faiblesse en force.

Artiste à la croisée de Montréal, Paris et du Maroc, El Mehdi s’impose comme une voix rare et singulière, entre héritages et renouveau artistique. Le chanteur, auteur et compositeur marocain dévoile un morceau aussi intime que puissant. Un titre viscéral, porté par un clip visuellement saisissant, réalisé par l’artiste lui-même et tourné dans un musée. «  ENCORE est née à une période particulièrement difficile de ma vie, confie-t-il à L’Orient-Le Jour. Elle a été salvatrice : une façon de mettre des mots sur l’indicible, de l’ordre dans le chaos intérieur. »Un titre qui percuteENCORE, c’est un mot qui revient sans cesse. Une spirale intérieure, une boucle émotionnelle. Au cœur du refrain, El Mehdi scande : « Je brûle et j’inonde encore/Je lutte et succombe encore. » Ce titre explore...
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